‹ Tartuffe; ou, L'imposteur; comédie en cinq actes. Ed. nouv. à l'usage des classesChapitre 7 sur 122 · VI MOLIERE · texte numérisé non relu

VI MOLIERE

los traits ilu paladin Roger, donnait la comc^die aux dames ; ce spectacle fut composé de la Princesse d'Éli /r, œuvre improvisée, dont le premier acte seul est eu vers : « la comédie, suivant un mot d'un contemporain, n'eut le temps, cette fois, que de chausser un brodequin. » Mais, au milieu de toutes les mciviMlles de ces fêtes royales, rien ne fut plus inattendu que la reprosentation donni;e le sixième jour par la troupe de Molière : c'étaient les trois premiers actes du Tartuffe. Loret affirme que les spectateurs trouvèrent cette comédie fort à leur gré ; on peut tenir pour certain qu'elle n'emporta l'approbation que par surprise, et à la faveur de lentrainemont de ces rejouissances prolongées. On ne tarda guère à se raviser en effet : le roi interdit la représentation publique de la pièce nouvelle, et l'on verra Ji la notice par quelles vicissitudes elle dut passer jusqu'au jour de la a grande résurrection », qui ne vint que cinq ans plus tard.

C'est que Molière, détournant les yeux des travers domestiques, osait les lever sur des vices sociaux. Malgré l'interdiction du Tartuffe, il ne renonça pas d'ailleurs à cette audacieuse entreprise. Après avoir peint la fausse dévotion triomphante, après avoir montré les dangers du zèle religieux dans la famille, il signalait l'impiété des grands seigneurs comme un fléau pour cette société où l'impunité était assurée par le piivilège à leurs vices et à leurs crimes, tel est le sens que M. Moland altribuejustenient à Don Juan (26 février 1605); mais les contemporains ne comprirent pas la portée de celte œuvie; on se scandalisa des hardis propos du héros; un sieur de Rochemont écrivit contre Molière un violent pamphlet, où il dénonçait sa comédie comme une école d'athéisme, et après quinze représentations e'ie dut disparaître de l'affiche'.

Aussi bien, il faut remarquer que les chefs d'œuvre du poète ne se sont pas imposés tout d'abord à l'admiration. Le Misanthrope (4 juin 1660) eut à vrai dire vingt et une représentations, ce qui est fort honorable pour l'époque; mais si des connaisseurs, comme Subligny ou de Visé, lui rendaient hommage, il n'obtenait point de vogue populaire. L'Avare (9 septembre 16681, reçu très froidement, ne put tenir l'affiche que neuf jours; Les Fomies savantes (11 mars 1672) n'emportèrent qu'un succès d'estime.

C'est dans l'intervalle laissé entre ces grandes comédies que Molière, comme pour se délasser, composait ses farces immortelles. Notre temps, moins dédaigneux que les critiques du dix-seplième siècle, Boileau, Fénelon, La Biuyère, a rendu justice à toute cette partie de l'œuvre du grand poète, si pleine de mouvement, de variété, de fantaisie, où le comique jaillit avec tant d'imprévu et sous tant de formes, où le rire se renouvelle sans cesse, provoqué tantôt par les

l. Ces attaques n'avaient pas indisposé le roi contre Molière. Car au mois d'août 1665 il pria Monsieur de lui céder ses comédiens, leur assura une pension de sept mille livres, et la troupe de Monsieur devint dès lors la troupe du roi.

IsTUDE BIOGnAPniQUE ET LITTÉRAIRE. VU

fines plaisanteries à'Amphitryoyi f1CC8), par los saillies bourgeoises du Médecin mal f/té lui (1666), de Georges Dandin (1668), de Monsieur de Pourceaugnac (1669>, delà Comtesse d'Escarbagnas (I66O1. par la verve picaresque do Scapin (1671'i, par la burlesque folie du Bourgeois geyiiHhoin/ne 1670), enfin parla parodie presque fantastique du Malade imaginaire (1673), où, comme on l'a dit. « l'ironie et la dérision sont montées au diapason le plus aigu. » Si nous ajoutons que le Sicilien (1667) donne un modèle accompli d'opéra-comique, que Psyché (1671^ est une des meilleures pièpes à machines du dixseptiome siècle, on aura quelque idée des ressources de ce génie, qui, loin de s'épuiser, prenait des forces nouvelles dans la production et le mouvement.

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