ACTE III, SCIC.NE VI
Je n'ai garde d'avoir l'orgueil de m'en défendre. Croyez ce qu'on vous dit, armez votre courroux, Kt comme un criminel chassez-moi de chez vous Je ne saurais avoir tant de honte en partage Que je n'en aie encor mérité davantage.
on G ON, à son fils.
Ah! traître, oses-lu bien par cette fausseté Vouloir de sa vertu ternir la pureté?
DAMIS
Quoi ! la feinte douceur de cette âme hypocrite Vous fera démentir!...
Tais-toi, peste maudite !
Ah ! laissez-le parler ; vous l'accusez à tort,
Et vous ferez bien mieux de croire à son rapport.
Pourquoi sur un tel fait m'ctre aussi favorable?
Savez- vous, après tout, de quoi je suis capable?
Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur ?
Et, pour tout ce qu'on voit ^ me croyez-vous meilleur !
Non, non ; vous vous laissez tromper à l'apparence ;
Et je ne suis rien moins ^, hélas ! que ce qu'on pense.
Tout le monde me prend pour un homme de bien ;
Mais la vérité pure est que je ne vaux rien.
{S'adressant à Dcwds.) Oui, mon cher fils, parlez; traitez-moi de perfide, D'infâme, de perdu ^, de voleur, d'homicide; Accablez moi de noms encor plus détestés: Je n'y contredis point, je les ai mérités ; Et j'en veux à genoux souffrir l'ignominie, Comme une honte due aux crimes de ma vie.
G(^nin qui, non sans raison, trouve la location quelque. ,. qw dure et illogique, Idiie Molière d'avoir maintenu au dii-septièine siècle la tournuie quel... que. Mais on voit par le vers du Tartuffe qu'il n'en fait |jas un emploi constant. D'alileurs l:i première de ces expressions se trouve seule mcutionnée dans la grammaire de Palsgrave(lS30).
1. Ponr tout ce qu'on voit. Pour a le sens du latin pro, eu égard à...
2. Je )ie suis rien moins. ■ Je suis tout, plutôtque ce qu'on pense que je suis.i Jiifn moins a toujours ce sens dai:s Molière. Cf. « Ma comédie n'est rien moins que ce (ju'on veut qu'elle suit. » {Premier i litcet.)
3. Perdu. Absolument pour perdu d'honneur. « C... n'aime que ses plaisir* et n'est cslimé que d'une jeunesse perdue. « lU"* de MAl^TEKON, à Ninon de l'Enclos, mars i666.j
V \ L IMPOSTEUR. -.i
ORGON. -j
(A Tartuffe.) (A son fils.) ' "
Mon frère, c'en est trop. Ton cœur ne se rend point,
Traitre ! ";
DAMIS
Quoi ! ses discours vous séduiront au point... ]
ORGON. j
[Relevant Tartufe.)
Tais-toi, pcndard ! Mon frère, eh ! levez-vous, de grâce ! ■
A son }ils.) ]
Infâme ! ■
11 peut...
ORGON
Tais-lui. ,'
DAMIS. :-
J'enrage. Quoi ! je passe... ■;
ORGON. j
Si lu dis un seul mot, je te romprai les bras. i
Mon frère, au nom de Dieu, ne vous emportez pas! ;
Jaimerais mieux soulîiirla peine la plus dure J
Qu'il eût reçu pour moi la moindre égratignure. j
OR G ON, à son fils. ]
Ingrat! -]
Laissez-le' en paix. S'il faut, à deux genoux, \
Vous demander sa grâce... j
ORGON, se jelant aussi à genoux et embrassant Tartuffe.
Hélas ! vous moquez-vous * ? ;
(A son fils.) j
Coquin, vois sa bonté ! i
DAMIS. ï
Donc... ;
Paix. ;