‹ Tartuffe; ou, L'imposteur; comédie en cinq actes. Ed. nouv. à l'usage des classesChapitre 81 sur 122 · ACTE lY, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCENE III

M A R I A N E, aux genoux d'Orgon.

Mon père, au nom du Ciel, qui connaît ma douleur,

Et par tout ce qui peut émouvoir votre cœur,

Relàchoz-vous un peu des droits de la naissance ^,

Et dispensez mes vœux - de cette obéissance!

Ne me réduisez point, par cette dure loi,

Jusqu a me plaindre au Ciel de ce que je vous doi;

Et cette vie, hélas 1 que vous m'avez donnée,

Ne me la rendez pas. mon père, infortunée.

Si contre un doux espoir que j'avais pu former,

Vous nie défendez d'être à ce que j'ose aimer,

Au moins, par vos bontés, qu'à vos genoux j'implore,

Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre,

Et ne me portez point à quelque désespoir

En vous servant sur moi de tout votre pouvoir.

ORGON, se sentant attendrir.

Allons, ferme % mon cœur, point de faiblesse humaine!

«ARIANE

Vos lendresses pour lui ne me font point de peine;

Faites-les éclater, donnez-lui'' votre bien,

Et, si ce n'est assez, joignez-y tout le mien ;

J'y consens de bon cœur, et je vous l'abandonne :

Mais au moins n'allez pas jusques à ma personne ;

Et souffrez qu'un couvent, dans les austérités.

Use les tristes jours que le Ciel m'a comptés.

Ah! voilà justement de mes religieuses.

Lorsqu'un père combat leurs flammes amoureuses ^! Debout. Plus votre cœur répugne à l'accepter. Plus ce sera pour vous matière à mériter.

1. Droits di; la iiaiss'inee. Les droits que vous avez sur moi, parce que je suis née (le vous.

i. Vœux. Les vœux que j'ai faits de vous être toujours soumise.

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