‹ Tartuffe; ou, L'imposteur; comédie en cinq actes. Ed. nouv. à l'usage des classesChapitre 83 sur 122 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Et l'éclat là-dessus ne me plaît nullement.

J'aime qu'avec douceur nous nous montri.ns sages,

Et ne suis point du tout pour ces prudes sauvages

Dont l'honneur est armé de grilles el de dents

Et veut au moindre niot dévisager les gens.

Me préserve le ciel d'une telle sagesse!

Je veux une vertu qui ne soit point diablesse,

Et crois que d'un refus la discrète froideur

N'en est pas moins puissante à rebuter un cœur *.

ORGON

Enfin, je sais l'affaire et ne prends point le change.

ELMIRE

J'admire, encore un coup, cette faiblesse étrange, .Mais que me répondrait votre incrédulité Si je vous faisais voir qu'on vous dit vérité?

Voir!

ELMIRE

Oui.

ORGON

Chansons!

ELMIRE

Mais, quoi! si je trouvais maniéro De vous le faire voir avec pleine lumière?...

ORGON

Contes en l'air!

ELMIRE

Quel homme! Au moins répondez-moi; Je ne vous parle pas de nous ajouter foi; Mais supposons ici, que d'un lieu qu'on peut prendre On vous fît clairement tout voir et tout entendre, Que diriez-vous alors de votre homme de bien?

ORGON

En ce cas, je dirais que... Je ne dirais rien, Car cela ne se peut.

ELMIRE

L'erreur trop longtemps dure,

\. liilmter uncaw. Tout ce lôlc ULIniire est extrêmement délicat. Les actrices chargées de le jouer peuvent aist^niont faire fausse route et nous représenter uno foniine coquette ou même une femme galante. Elmire n'est rieu de cela (Cf. supra, III, IV. iiole 3). Elle explique ici ellemême sa conduite et juge son caractcrp. Il y a là comme une précaution prise par Molière, pour éviter les erreurs d'inlerprétalioa.

Et c'est trop condamner ma bouche d'imposture. 11 faut que par plaisir, et sans aller plus loin ', De tout ce qu'on vous ditje vous fasse témoin.

Soit. Je vous prends au mot. Nous verrons votre adresse, Et comment vous pourrez remplir cette promesse.

ELMIRE, à Dorine.

Faites-le-moi venir.

D0I\IM:, à Elmire

Son esprit est rusé ; El peutôlre à surprendre il sera malaisé.

ELMIRE, à Dorine.

Non : on est aisément dupé par ce qu'on aime, Et l'amour-propre engage à se tromper soi-même.

(A Cléante et à Mariane.) Faites-le-moi descendre. Et vous, retirez-vous.

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