PREFACE. V
consommera-t-elle? n'y a-t-il pas lieu, cette fois encore, de compter sur un retour de fortune? l'unité, que les peuples germaniques convoitent si ardemment depuis plus d'un demi-siècle, ne pourra-t-elle être acquise qu'au prix de la liberté? la situation n'est-elle pas déjà modifiée profondément depuis la paix de Nikolsbourg? les prétentions arrogantes de la Prusse n'ont-elles pas provoqué au centre et au midi, c'est-à-dire au cœur de la vieille Germanie, des résistances légitimes? Enfin, est-ce la Prusse qui achèvera d'absorber l'Allemagne, ou bien est-ce l'Allemagne, la vraie Allemagne, qui, réveillée de son engourdissement par la secousse de 186G, absorbera les conquérants du Nord? Ce sont les secrets de l'avenir. Mais quelles que soient pour l'Autriche les chances de cet avenir, elle a bien fait de se tracer un programme libéral, elle fera mieux encore de l'agrandir, de le compléter, et d'y persévérer avec résolution.
Le hardi publiciste de 1806 conseillait à l'empereur d'Autriche d'établir sa résidence en Hongrie et de créer une monarchie nouvelle; l'œuvre est commenc espérons que l'Autriche ne s'arrêtera pas à moi lié chemin.
Quels devaient être 1rs éléments de cette nouvelle monarchie? des rapports tout nouveaux entre lu Hongrie^ lu Bohême, lu Gallicie et les possessions allemam Je ne sais si M. de Gentz se rendait bien compte (\cco
VI l'Ii! : \
que renfcrmenl ces paroles ; employées par qous aujourd'hui, elles ut1 signifieraient pas autre chose qu'une monarchie fédérative où Tchèques de Bohême, Magyars Bongrii . Polonais de Gallicie, Allemands de l'archiduché, séparés el unis, indépendants el associés, formeraient un libre faisceau sous le sceptre Lutélaire des Habsbourg. Certes, la lâche est difficile; ce n'est pas toutefois ni! problème insoluble, et si l'Autriche parvient à triompher des obstacles, elle pourra recueillir, même en Allemagne, les bénéfices de code rénovation. Il \ a une Suisse républicaine au sud-ouest des contrées allemandes : pourquoi n'y aurait-il pas une Suisse monarchique au sud-est? Il y a des cantons allemands, des cantons français, dos cantons italiens dans la Suisse répnblicaine; pourquoi ny aurait-il pas des royaumes allemands, des royaumes slaves et magyars dans cette Suisse monarchique dont le nom même [OEslreich, Empire de l'Est) semble indiquer les destinées futures? Des questions si étroitement liées aux intérêts de l'Orient traverseront bien des phases, et, s'il est permis de poser les principes, on ne sauraïl prévoir le moment où se Luiront les résultais: c'est du moins une chose hors de doute que la régénération libérale de l'Autriche est la condition première de ses succès à venir. Quoi qu'il puisse an iver dans les contrées allemandes où le maintien du traité de Prague semble de jour en jour plus
PRÉFACE. vu
difficile, on n'y reverra plus l'Autriche de l'ancien régime, l'Autriche écrasant le Nord de l'Italie, paralysant l'Allemagne du Sud, armant les Slaves contre les Hongrois et les Hongrois contre les Slaves; cette Autriche qui restait au centre de l'Europe comme un défi à la civilisation du dix-neuvième siècle, elle a disparu pour toujours à Sadowa. C'est l'Autriche nouvelle, l'Autriche régénérée qui jouera un rôle, si elle doit en jouer un, dans l'organisation encore si incertaine de la future Allemagne. Qu'elle se hâte donc de donner satisfaction à ses peuples ! Qu'elle se hâte de mettre efficacement en pratique la fédération dont le dualisme austro-hongrois n'est que la promesse et l'ébauche !
Un des principaux obstacles à l'établissement de ce système plus libéral et plus humain a été jusqu'ici, assure-t-on, l'hostilité de la Bohème et de la Hongrie. Est-il bien vrai que cette hostilité dure encore? Est-il vrai que la Hongrie, toute fièrc d'avoir obligé les Habsbourg à capituler, écoute avec dédain les réclamations de la Bohème, s'oppose môme à toute modification du dualisme, donnant un démenti odieux aux principes qui ont fait sa victoire? Il est certain que des haines de races et les souvenirs des luttes séculaires ont divisé longtemps ces deux peuples ; heureusement les souvenirs douloureux s'éloignent, les haines s'effacent de jour en jour, et, la nécessité aidant, il faudra bien que les deux rivaux
mm PRÉFACE.
se réconcilient dans l'esprit de notre civilisation. C'est .m dix-neu> ième siècle à écarter une fois pour toutes les ssions du quinzième.
quinzième siècle et le dix-neuvième, le) est le double cadre où nous avons réuni ces tableaux de la Bobéme el de la Hongrie. Un épisode presque entièrement inconnu jusqu'ici, l'épisode extraordinaire du roi
irge de Podiebrad, nous montre une lutte effroyable entre les Tchèques el les Magyars; que de sang! que de crimes! mais aussi que de vertus et d'héroïsme! comme l.i grandeur du roi George l'ait honte à la barbarie de Malhias Corvin ! quels ressentiments une telle guerre a dû laisser dans le cœur des Tchèques, et quels remords dans la conscience des Magyars ! ne semble-t-il pas que (1rs souvenirs comme ceux-là doivent éternellement parer les races ennemies? Traversez quatre cents ans; Tchèques et Magyars, longtemps soumis au môme joug,
réveillent ensemble et se préparent à de nouvelles >tinées; les vieilles haines sont toujours là, haines de
e, haines de tradition, inquiètes, frémissantes, toutes prêtes ù éclater, et trop souvent une politique machiavélique exploite ces fureurs aveugles. Peu à peu, cependant, d'heureux symptômes apparaissent; obligés de
amer leur indépendance au nom du droit national, les Hongrois, malgré leur génie aristocratique, en dépit
leurs instincts dominateurs, sont bien obligés de