‹ TchéquesChapitre 3 sur 61 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

talion travaille les deux empires de Turquie et d'Aulriche, c'est la main des Slaves de Bulième qui a tout préparé, loul conduit pr«>S(|ue. Par sos lilléniteurs et ses savants, la Bohème n'a p.is seulement retrouvé sa |)roj»re langue, elle a encore établi l'étroite parenté de cette lansjue avec les dialectes des populations sujettes des Hongrois et des Turcs. Au nom de cette fraternité littéraire, c'est elle (|ui a provoqué des bords de la Vltava (Moldau) aux bouches du Danube, cet irrésistible mouvement national, dont plusieurs explosions successives ont déjà réussi à distendre le lieu de l'asservissement des Slaves; — c'est d'elle qu'est |):irti le courant magnéti(|ue qui a galvanisé tout à coup trente millions d'àmes endormies ' ; — c'est à la voix de ses poètes qu'elle a un moment rallié tous ses frères de race autour de l'idée d'une grande Confédération Slave du Danube, à l'appel de ses hommes d'Elat qu'elle a rassemblé tous les Slaves dans la commune pensée de briser les lourdes chaînes qui pèsent sur eux depuis tant de siècles ; — c'est elle enfin qui a rattaché les unes aux autres dans un faisceau imposant tontes les revendications nationales des peuples slaves, elle qui a combiné leuraclion commune, qui leur a donné le mot d'ordre, et par la discipline qu'elle a su maintenir dans cette révolution, parle mouvement d'ensemble qu'elle lui a imprimé, c'est bien elle qui en a préparé le triomphe. La Bohème est aujourd'hui le chef de la grande famille slave; ses patriotes sont comme les patriarches de sa race: Elle est, sans contredit, la plus vivante personnification du mouvement slaviste en Orient; elle en contient peut-être la solution !

I*our qiiiconcjuea étudié le monde slave, il est un trait caractéristique de celte race, dont l'esprit est vivement frappé : c'est la conscience de ses droits historiques, inhérente à chaque groupe

(1 ■ Les Slavt's Occidentaux (Polonais, Bohèmes, Slovaques^ 17,000,000; les Slaves du Sud iBulfiares. Serb^-s, Croates, Slawèncs, elc.,) 1:^.000,0 i(}.— Voici au surplus le relevé, cerlainemeol iiiférieui à la vérité, des statistiques officielles de l'empire d'Autriche (année 1% i) :

BohC-nics, Moraves. Slovaques: 6 000 000 Polonais 2 -ioO 000

Ruthènes ± 800 000

Slawcncs 1 200 000

Croates 1 3G0 OOO

Serbes 1 i70 000

slave, ol la revendication, an nom de ces droils nièine^i, de l'indéfiendance nationale. Le droit nalirel n'entre que |ioui' une faillie pari dans les raisons invorpiées par les Slaves puni' |(''i;ilinier leurs prétentions: C'est an nom dn passé (|n'ils les l'ont valoir; c'est dans la contemplation de leur histoire qn'ils pnisent le texte de leurs récl.iniations présentes. D'antres révointions procèdent de l'idée; celles des Slaves procèdent du droit: Hien ne s'y appuie sur la raison; tout s'y hase sur nne thèse jnridii|ne. Cg>1, on peut dire, le côté vraiment original, des (|nestions slaves. Eh bien ! de tous les pays slaves, c'est encore la Bohême qui soutient cette thèse avec le plus d'éclat et le plus d'énergie. Après avoir laborieusement reconstruit son histoire, elle s'est retrempée aux sources vives de son indépendance nationale, et trouvant dans le passé, un gagé suffisant de liberté pour le présent, elle re(|niert moins la proclamation, que la reconnaissance de ses droits. Rien de plus curieux que ce peuple (jui exhume en qnel(|ne sorte son indépendance d'un amas de vi.MJX parchemins; rien de |)lus sérieux en même temps, et l'on jn'iit dire, (|nc si la Bohême venait à triompher sur le terrain du droit histori(|ue, tons les autres peuples slaves ne seraient pas loin de se reconstituer dans leur pleine indépendance sur la même hase'*'.

Ce n'est point tout encore : Dans l'agitation régénératrice qui anime le n)onde slave de|tuis un demi-siècle environ, il fallait un centre d'attraction , un point de ralliement commun, et c'est la capitale même de la Bohême, c'est Prague (|ue l'on a choisie, qui s'est imposée à tons, devrior.s-nous plutôt dire. ()im de plus naturel d'ailleurs, (|ue le mouvement, parti de là, y revint, une fois multiplié, pour s'y discipliner, s'y concentrer, y édore? L'antique Praha, si longtemps déshéritée de tonte vie intellectuelle, est devenue en quelques années l'Athènes des Slaves, le centre d'activité de leur dévelopi)ement national. C'est là que, de tous les pays slaves, liitérateurs, savants, |)oëtes, historiens. tous les in>tigateurs de la renaissance slave sont venus prendre leur inspiration, puiser la conscience de leur mission et la force pour r.iccomidir : C'est là (|ue n'ont point cessé de converger tous les travaux des patriotes de Ions les coins de la Slavie ; car, sans ahili(|iier leur imlividualité propre, les Tchèques ont pris en

(1^ Voir sur cette idée le cbap. des droits historiques de la Bohême.

Page 1