INTRODUCTION. IX
main la cause de lous lours frères de race, et non contents de travaillera leur relèvement personnel, ils accueillent encore avec enthousiasme tout ce qui t»nd à ressusciter d'autres nalionalités sœurs. rraL;ue est comme le laboratoire des peujdes slaves : Ils s'y analysent, s'y dépouillent de leu:s rivalités liéréditaires, ycombinent leur action et s'y fondinl dans une commune entente.
El de fait, aucun pays n'est en meilleure situation (|ue la Bohême pour servir de 'rail d'union aux dill'érents peuples slaves, aucune ville n'est plus apte i|ue Prai;iie à rallirr toutes les énerves, toutes les prissions, toutes les volontés de ces peuples, la Bohème possède une université, celle de Pia.iîue, qui n'est point, à vrai dire, une université nationale, mais où, cependant, glace à un article de la constitution de 1867, les Tehè(|ues ont pu oht' nir l'aunirme de qiiel((ues leçons en langue slave "'. C'est là un élément suUisaiil pour entretenir un fo>er intellectuel où la jeunesse slave peut se donner rendez-vous, où les hommes de l'avenir, ceux qui, par li-ur éduc<!tio:i et leurs lumières, sont appi'lés à jouir d'une part d'iniluence quelconque dans les destinées de leur patrie, peuvent puiser dms la fraternité des études, les sentiments de sympathie, l'esprit de concorde nécessaires pour rapprocher les Slaves les uns des autres. Il y a plus : placée au cœur même de l'Europe, à une égale distance de toutes les mers navigables de notre continent, la Bohème forme un tout bien complet, .sans manquer pour cela des facilités de communication avec les pays voi^ins. Elle s'avance comme un coin vers l'occident ; elle y pénètre et le pénètre ; car par la configuration naturelle de ses frontières, c'est comme une vaste corbeille d'où s'échappe, par maintes issues, le parfum tout nouveau des littératures slaves. Ainsi, c'est elle qui nous initie aux my>ièies de ce nouveau monde, c'est elle qui nous en fait connaître l'espiit, qui nous en marque les progrès; et Prague, également éloignée de Paris, de Home et de Londres, est bien le porte-voix naturel des Slaves en Occident.
On le voit, par lous ces points de vue qui constituent l'essence même des questions slaves, l'étude de la Bohême promet de n'être
(I) Voici le tableau ci»mparô dos leçons professées en allcnnanâ et en slave : fatulic de tlieolc.<;ic. 7 en allemand, a en slave; — faculté de droit, 32 en allciiidud, 7 eu slave; — facullc de philosophie, h') eu alleniand, 8 en slave.
pas st(^rile. Elle se recommande encore par d'autres considérations. L'histoire <le la Boliême maïqiie une grande étape dans la marche de riiiimanité : Elle a , par l'organe d'un de ses enfants, Jean lliîs, proclamé la première la liberté de conscience; pendant deux siècles, elle a lutté pour ce ()rincipeel failli même en |)érir. C'est un beau s|>eclacle flans l'histoire (jue celui de ce petit [>euple, s'atlachant avec une énergie farouche à celle cause sainte, et couîbatlant pour la vérité, seul conlre tous, Afl'aiblie par ses lutles liéroïiiues, mais non épuisée, la Bohême se révolte à nouveau au xvii'" siècle, au nom de la liberté religieuse : elle ébranle l'Europe et la précipite dans celle guerre de trente ans d'où sortit ré.|uilil)re européen. Elle s'affaissa au seuil même de la guerre, mais (|uoi(|ue vaincue, il lui reste l'honneur de l'avoir entreprise. C'est ainsi (|u'il y a dans l'histoire de la Bohème des pages dont la France serait fièie, et comme aux grands événements se mêlent toujours de grands hommes, elle possède aussi des noms qui ne déjiareraient pas nos gloires. En un mot, par les principes qu'elle a proclamés et défendus, par les philosophes et les penseurs (ju'elle a produits, la Bohême peut être à bon droit appelée l'immortelle devancière de notre Révolution. A défaut d'autre intérêt, ce serait un titre sulfisant pour éveiller notre curiosité, exciter nos symi)alliies, et mériter de notre part une élude sérieuse et réfléchie.