‹ Tébessa, Lambèse, TimgadChapitre 2 sur 6 · DE L'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DE L'ALGÉRIE

CONFÉRENCE DU ii DÉCEMBRE i&c)^

Monsieur le Directeur des Beaux-Arts, Mesdames, Messieurs,

Sa conférence que jevais avoir Thonneur de faire aujourd'hui ne sera qu'une description bien sommaire de trois des plus belles ruines de l'antique Afrique Romaine, Tébessa, Timgad et Lambèse : je ne dirai que quelques mots de cette dernière, bien que les restes en soient des plus importants, mais il faut se limiter et d'ailleurs c'est principalement sur les deux premiers points que nous avons dû diriger nos recherches et nos études.

Avant tout, jedois rendre hommage àla mémoire de mon regretté prédécesseur Duthoit à qui est échu, sous la haute direction de M. Bœswillwald, inspecteur général, la tâche ingrate et aride du

commencement et dont les beaux relevés remplissent les cartons du Ministère : la mort Ta enlevé au moment où il allait recueillir le fruit de ses peines et de son incomparable labeur; il me faut aussi taire mention des services que nous a rendus M. Bauer, récemment décédé, comme inspecteur correspondant des monuments historiques de l'Algérie ; enfm je n'aurai garde d'omettre de rendre justice au xèle déployé par M. Sara/.in, inspecteur des travaux du département de Constantine, dans l'exercice des délicates et pénibles fonctions qu'il remplit avec dévouement et intelligence.

TÉBESSA

TÉBESSA

'HÉVESTE (aujourd'hui Tébessa) et Lambœsis, de nos jours Lambèse, étaient autrefois reliées par une voie Romaine qui traversait Mascula (actuellement Krenchela) et Thamugadi, le nom antique de Timgad, la perle de nos ruines Africaines, notre Pompéi Algérienne. Un coup d'œil sur cette partie de la carte du département de Constantine permet de reconstituer la route qui mettait en communication les points destinés à contenir les belliqueuses et turbulentes populations de TAurès. Le territoire militaire commandé par le légat partait un peu à gauche de Philippeville,, comprenait la Tunisie actuelle et redescendait au sudouest que les postes dont nous parlons protégaient contre les excursions des Barbares.

Philippeville, l'antique Rusicada, possède encore de vastes citernes romaines utilisées par la ville moderne, de belles mosaïques, et surtout des restes de son théâtre dans lequel on a réuni un assez srand nombre de statues fort intéressantes. Les gradins ont malheureusement disparu mais une grande partie des voûtes subsistent. Ce théâtre, suivant la coutume des anciens, était adossé à une col-

linc, de telle sorte que la déclivité du terrain fût utilisée pour rétablissement des dei^rés.

Sans nous arrêter à Consiantine, l'ancienne Cirta dont on connaît les silhouettes pittoresques et la position hardie au-dessus des gorges du Roumel, nous arrivons à Tébessa. Théveste, fondée sous Vespasien à la fin du i" siècle, fut la résidence primitive de la IIP légion Auguste, à laquelle l'histoire de l'Afrique antique est siintimement liée.

Dès la première moitié du ii^ siècle, Théveste, alors point de jonction de neuf voies différentes, fut le rempart de Rome contre les agressions constantes des Berbères en même temps qu'elle était la cité la plus riche de l'Afrique après Carthage à cette époque relevée de ses ruines. Sous Septime Sévère (193-21 1), parvenue à son apogée, elle servait d'entrepôt pour le commerce actif que les Romains entretenaient avec le centre du pays; ses environs étaient d'une fertilité prodigieuse.

Il ne reste pas à Tébessa de nombreux vestiges de cette époque primitive impériale, toutefois le règne de Caracalla nous a laissé un magnifique arc de triomphe quadrifons (fig. I) (c'est-à-dire de quatre faces d'égales dimensions) qui date de l'an 212 après J.-C. Ce monument presque intact avec ses colonnes détachées supportant un attique orné d'inscriptions possède encore les restes de l'un des deux édiculcs qui contenaient les statues de Caracalla ef de Géta, toutes ses sculptures et l'amorce d'une coupole qui le couronnait. Il est dédié à Septime Sévère, àjulia Domna, sa femme, et à Caracalla, leur fils. Avec l'arc de Janus à Rome, c'est le seul exemple d'arc antique encore debout possédant cette disposition des quatre faces égales, mais celui de Théveste est infiniment plus riche et plus intéressant.

On ne saurait douter que cet édifice ait été l'ornement d'une des places de la ville ; ce fut seulement au vi'^ siècle, lorsque l'eunuque Solomon (et non Salomon, comme beaucoup d'auteurs l'écri-

TEBESSA

FiG. I

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