‹ Tébessa, Lambèse, TimgadChapitre 3 sur 6 · ARC DE CARACALLA · texte numérisé non relu

ARC DE CARACALLA

— lèvent), lieutenant et successeur de Belisaire en Afrique, releva les murs de Théveste alors ruinée, que l'arc de Caracalla fut utilisé comme tour de flanquement et comme porte de ville ; la fiiçadc sud prolongée donna le tracé de l'un des côtés de la citadelle bysantine, les faces Est et Ouest furent murées et la face Nord fermée dans sa partie supérieure. Toutes ces maçonneries de remplissage ont disparu depuis l'occupation française.

En faisant abstraction des édicules qui surmontaient l'arc de triomphe, sa hauteur depuis le sol jusqu'à la corniche est de 1 1 mètres; c'est également la distance qui sépare deux faces opposées, non compris les saillies des colonnes. On voit donc que le noyau du monument est un cube parfait.

Près de l'arc de Caracalla, dans l'intérieur de la citadelle de Solomon limitant actuellement la ville de Tébessa, on voit un temple corinthien dit « de Minerve » (fig. II), dont la date n'est pas exactement connue, mais qui paraît être du iii^ siècle. Il est tétrastyle, c'està-dire que sa flice principale possède quatre colonnes : il est aussi de l'espèce prostyle ou n'ayant de colonnes qu'à sa partie antérieure et pseudopériptère, ordonnance consistant dans une rangée de colonnes engagées dans les murs latéraux de la cella ou sanctuaire au lieu d'être isolées comme dans le périptère. Ici toutefois il y a un cas particulier : des pilastres remplacent les demi-colonnes du pseudopériptère ordinaire, comme au temple d'Hercule à Cora et au temple d'Ostie. Le sol de la cella était autrefois à 4 mètres au-dessus du sol extérieur, on gravissait 20 marches; actuellement le sol a été exhaussé et nous ne voyons plus que 1 1, n.iarches.

Le temple était autrefois enfermé dans une enceinte laissant de chaque côté du sanctuaire un espace découvert de 16 mètres : En avant, cet espace était de 24 mètres. Le mur antérieur, encore en partie debout, était décoré de pilastres sur ses deux faces et percé de trois portes ; la corniche était seulement à i m. 30 au-dessus de la base des colonnes du temple qui, conséquemment, dominait

assez le niiir pour être bien vu de l.i place publique sur laquelle il était situé. La largeur du temple est de 9 mètres sur 14, 80 de lont^ueur; la hauteur, non compris le soubassement, est de 8 m. 90, mais il manque le bandeau de couronnement de l'attiquc qui recevait, selon toute probabilité, un toit à quatre versants au lieu du fronton traditionnel. La hauteur des colonnes est de 6 m. 40 et leur diamètre de o m. 68. Ces proportions se rapprochent de celles prescrites par Vitruvc et adoptées en général par les Romains qui ont donné de 9 1/2 à 10 diamètres de hauteur à leurs colonnes corinthiennes, La frise qui surmonte les colonnes est d'une ornementation très riche et elle est divisée en compartiments inégaux; ceux de moindre dimension, plus saillants que les autres, sont placés dans le prolongement des colonnes et des pilastres et décorés de tètes de béliers ou de taureaux des sacrifices avec bandelettes; ceux de plus grande dimension contiennent les attributs de Minerve tels que la chouette aux ailes déployées accompagnée de deux serpents entrelacés de rameaux d'oliviers. La corniche est ornée de canaux, de perles, d'oves et de denticules; elle est dépourvue de larmier.

L'attiquc possède les mêmes divisions que la trise : les parties disposées au haut des tètes de bélier sont de dessins différents ; dans les unes on a figuré des guerriers armés, dans d'autres des trophées d'armes composés de boucliers, de haches, de casques, de cuirasses à écailles. Les divisions intermédiaires aussi sont diversement décorées: celles placées au-dessus des intervalles des colonnes des taces latérales ont des cornes d'abondance croisées ; celles qui ornent le haut de la cella renferment des guirlandes entrecroisées et suspendues à des rosaces : dans la façade postérieure ces guirlandes sont séparées ; quant à l'attique de l'élévation principale, il a été refait et ne possède plus de sculptures.

Ce monument est donc intéressant à plus d'un titre : la composition de ses parties supérieures, la suppression de l'architrave, la présence de l'attique et la presque certitude de la non existence an-

térieure du fronton, ainsi que le caractère de ses sculptures donnent à cet édifice une originalité remarquable.

Nous arrivons ensuite à l'enceinte de Solomon qui existe à peu près telle qu'elle fut établie à l'époque bysantine par ce général après la destruction de la ville par les Maures, en 535, lors de la grande révolte qui suivit le premier départ de Bélisaire; cette citadelle fut construite à la hâte avec tous les matériaux qui se trouvaient à la portée des soldats bysantins ; aussi voyons-nous des pierres portant des inscriptions ou des moulures, des chapiteaux, des corniches, des fûts de colonnes même utilisés, comme par exemple ceux du théâtre antique de Théveste, sans qu'on ait pris la peine de les tailler (fig. III).

Quatorze tours flanquent les murs dont le développement est de 1200 mètres environ, l'épaisseur de 2 m. et la hauteur de 7 m.; (cette hauteur était jadis de 9 mètres). Trois portes donnent accès aux faces Est, Sud et Nord. A l'Est, la porte Solomon était puissamment défendue par deux tours carrées à deux étages; elle débouche de nos jours sur le marché arabe installé le long des murailles en dehors de la citadelle.

La porte Sud s'appelle porte du Cirque à cause de la proximité des restes d'un amphithéâtre dont l'arène circulaire mesurait 50 mètres de diamètre et pouvait contenir 7000 spectateurs environ. Enfin la porte Nord n'est autre que l'arc de Caracalla précédemment décrit.

A 1000 mètres de cette porte, dans la direction du Nord-Est, on aperçoit un monument hexagonal qui présente l'aspect d'un grand piédestal surmonté d'une coupole. Il mesure 5 m. 70 de diamètre et 2 m. 50 de hauteur. Nous sommes certainement là en présence d'un mausolée antique que les Arabes ont couvert d'une Koubba blanchie à la chaux en l'honneur d'un marabout du pays, Sidi Djaballah, à qui il sert de sépulture.

Nous décrirons maintenant les splendides ruines dites « de la

Basilique » qui appartiennent à un monastère datant des premiers siècles du cliristianisme.

Ce monastère, situé à .\6o mètres en dehors des murs de la ville, était entouré d'une enceinte spéciale en forme de quadrilatère irrégulier dont la surface ne dépassait pas 20,000 mètres carrés (100 m. sur 200 m. environ). Il comprenait plusieurs séries de bâtiments dont Tensemble avait été érigé sur l'emplacement et avec les débris de basiliques ou de temples païens, ainsi qu'il en résulte de la découverte de fragments trouvés dans les fouilles et enchâssés dans les murs encore debout.

Le monastère de Théveste, dont on doit faire remonter l'origine à la tin du iV ou au commencement du v* siècle, nous donne des renseignements tort précieux sur les dispositions des premiers « nionasteria clcriconim » dont il est le plus ancien exemple connu dans un état de conservation aussi complet. Il renfermait une basilique cathédrale et la demeure de l'évéque située au milieu des cellules réservées au clergé, selon les usages des premiers temps chrétiens : des inscriptions tumulaires (en mosaïques de marbres) des v° et vi*= siècles, découvertes en 1870, nous prouvent que le monastère subsista pendantle règne des Vandales (439-534)- Mais Théveste ayant été, comme nous l'avons vu, détruite en 535, le couvent épiscopal subit le même sort et sa réédification eut lieu quatre années après, lorsque Solomon releva la ville de ses cendres. Après la mort de ce général (543) et les triomphes du stratège Jean Troglita sur les Maures refoulés au loin, l'Afrique respira et jouit de la paix pendant près d'un siècle. Dès lors, la citadelle de Solomon n'étant plus suihsante à contenir les populations attirées par un retour de la prospérité passée, il fallut construire une nouvelle enceinte (574-579). Cette muraille, dont on retrouve de nombreux restes, s'étendait au Nord, à l'Est et au Sud de la citadelle et était encore distante de 125 mètres du couvent que Solomon avait déjà entouré, comme celui de Carthage, d'une muraille continue afin qu'à l'occasion cet

TEBHSSA

FlG. IV

MONASTERE Porte d'honneur.

TEEESSA

FiG. VI ET VII

MONASTÈRE Ecuries. — Ensemble et détail des Auges.

édifice pût servir de forteresse avancée et résister aux attaques éventuelles de la cavalerie berbère. La nouvelle ville et le monastère ne furent détruits définitivement que lors de l'invasion des Arabes qui, sous la conduite de Sidi Okba, s'emparèrent de Théveste en 683.

Parmi les évéques qui illustrèrent le siège épiscopal de l'antique cité, nous mentionnerons Lucius(25 5), qui assista au concile de Cartilage convoqué et présidé par saint Cyprien. A cette époque ce siège épiscopal ne faisait pas encore partie du monastère, puisque l'édit de Constantin, rendant la paix à l'Eglise et autorisant les fondations de couvents chrétiens, ne date que de l'an 307. En 295, l'Eglise d'Afrique compte parmi ses martyrs saint Maximilien mis à mort à Théveste sous le consulat de Tucus et d'Anullinus. Nous citerons également les noms des évéques thévestins : Romulus(349), Urbicus (411), Félix convoqué au concile de Carthage de 484, etc.

Les ruines du monastère ont été entièrement mises à jour par le service des Beaux-Arts de 1888 à 189 1 ; elles comprennent d'abord une cour d'entrée flanquée de deux bâtiments de gardiens. Une seule porte située vers la ville donnait accès au couvent; à gauche on pénétrait le long de l'enceinte sud à un bâtiment d'écuries ; à droite on accédait à la porte d'honneur (fig. IV).

Cette porte, aujourd'hui en partie debout, menait à une grande avenue dallée qui partageait l'ensemble des constructions en deux portions inégales et dont l'extrémité aboutissait à un autre passage semblable au précédent. Sur le côté Nord de l'avenue se dresse un beau perron conduisant à l'église précédée de son pronaos et de son atrium; sur le côté sud, nous voyons les restes d'un cloître (fig. V) dont la face du fond seule était protégée par un portique : les deux autres étaient bordées de balustrades et servaient de promenoirs découverts, donnant sur le cimetière que deux allées entrecroisées divisaient en quatre parties égales.

A l'extrémité de la voie s'élève un vaste bâtiment d'écuries (fig. VI) avec salles annexes à deux étages destinées à l'emmagasinage des

fourrai^cs : les gr.uiJs corbeaux Je pierre supportaient une galerie en bois de circulation intérieure; les mangeoires, égalcnient en pierre, sont dans un parfait état de conservation, ainsi que les séparations verticales munies de trous destinés à recevoir les liens des chevaux dont le nombre pouvait être de 80 (tîg. \'II). Deux autres petites écuries situées de l'autre côté de la voie étaient réservées à des coursiers spéciaux (i).

Le grand perron dont nous avons parlé était flanqué de deux grosses colonnes de marbre surmontées de statues ainsi que les fiices intérieures des deux passages Sud et Ouest. Des promenoirs ou abris pour les religieux étaient disposés de chaque côté de l'escalier, que dominaient deux tours élevées, véritables précurseurs des clochers futurs de la chrétienté ; à l'intérieur de ces tours nous avons retrouvé les traces d'escaliers qui aboutissaient au premier étage de l'atrium et de la basilique.

Cet atrium précédé d'un pronaos ou portique d'entrée était orné d'une fontaine aux ablutions {fioù^ri) servant à la purification des fidèles, usage adopté plus tard par les Musulmans : de nos jours on se contente du simulacre de ces ablutions antiques en trempant ses doigts dans le bénitier de nos églises. Sur le flanc droit de l'atrium une porte conduit au baptistère, salle dont le peu d'importance étonne, mais qui a conservé sa cuve baptismale avec les degrés qu'on descendait pour subir l'immersion.

Nous entrons enfin dans l'église (fîg. VIII) dont la forme est celle des basiliques antiques avec deux bas côtés, son abside demi-circulaire au fond de laquelle se dressait le trône épiscopai ou Cathedra, son autel (dont les substructions existent encore), entouré par les chancels ou clôtures de pierre et de marbre qui l'isolaient du commun des fidèles. Cette basilique, de 46 m. de longueur sur 22 m.

(1) Il existe à notre connaissance six autres exemples d'oeuvres analogues à Haydra en Tunisie, dans la baie de Centorbi en .Sicile, à Deir-Scta, Kokanaya, Kalat-ScMian et à Anirah en Asie Mineure.

In ,j

TEBESSA

FlG. IX ET X

Page 1