‹ Tébessa, Lambèse, TimgadChapitre 6 sur 6 · CAPITULE · texte numérisé non relu

CAPITULE

Vue d'ensemble et détail d'un Chapiteau.

galeries de pourtour du haut, 800 environ : soit au total et en chiffre rond 4000 personnes.

M. Duthoit a retrouvé les placages de marbres et les petites colonnes qui décoraient le mur du pulpitum séparant le proscenium de l'orchestra. Dans l'épaisseur de ce pulpitum (la rampe de nos théâtres modernes) étaient ménagés deux escaliers établissant la communication entre la salle et la scène. Cette dernière n'existe plus, mais il est facile d'en reconstituer la place exacte. La colonnade du portique de la façade postérieure, au contraire, est restée debout et l'on a retrouvé tous les éléments de ses chapiteaux d'ordre ionique, des architraves, frises, corniches, etc. Les fouilles de cet intéressant édifice entreprises par M, A. Milvoy sous la direction de M. Duthoit ont été particulièrement difficiles car à certains endroits les remblais atteignaient une profondeur de 7 mètres.

Pour terminer la description du théâtre, nous dirons que sa plus grande largeur est de 63 m. 60. Celui de Pompéi a 6om., d'Hérode Atticus à Athènes 77 m., de Terente 54m., deCatane 98 m., d'Aspendus 100 m., de Taormine 108 m., d'Herculanum 55 m.,d'0range92 m.,deMarcellus àRome 127m., de Philippeville 82m. 40. Du théâtre, si nous nous dirigeons vers le sud-ouest, nous arrivons au monument le plus élevé de la ville, au Capitole (fig. XXXIII). L'ensemble se compose de portiques encadrant un vaste quadrilatère dont l'un des côtés est formé en partie par la face postérieure d'un temple dédié à Jupiter, Junon et Minerve. Au centre du quadrilatère les substructions d'un autel précèdent le temple. Cet in:;portant édifice, fouillé par nous l'année dernière, mesure 23 m. 30 sur 35 m. 30 non compris l'escalier monumental de 38 marches disposé à 20 m. en avant de l'entrée et les terrasses ou promenoirs découverts adjacents. Il est de style corinthien avec de beaux chapiteaux (fig. XXXIV) en deux assises d'une sculpture largement comprise et d'une bonne époque. Nous avons retrouvé tous les éléments de restauration du monument : les balustrades, bases, fûts, chapiteaux ;

morceaux d'arcliitravc fiiK-nicnt travailles, de la frise ornée de t;uirlandes, des corniches, frontons, etc.; des frai^nients de statues colossales dont la hauteur ne devait pas être inférieure à 8 mètres: enfin les débris des marbres les plus riches et les plus variés. Parmi les décombres se trouvaient des restes calcinés des charpentes attestant que ce temple a été en partie détruit par le feu. Le nombre des colonnes était de 22 et leur hauteur atteignait 14 mètres. Elles entouraient la colla sauf dans la partie postérieure.

En étudiant les proportions de l'ordre de ce monument, nous avons constaté de grandes similitudes avec les divers éléments de plusieurs temples de Rome, ainsi qu'en témoigne le tableau comparatif ci-joint.

Le temple était périptère, hexastyle (ayant six colonnes sur la foçade principale) et de l'ordonnance systvle (i).

Si nous revenons vers l'arc de Trajan, nous rencontrons un édifice des plus curieux fondé au in'^ siècle par une dame Romaine dont la statue nous a été conservée, avec l'inscription relative à la fondation du monument qui n'est autre qu'un marché ou « maccUum » (fig. XXXV). Il était précédé d'un portique à huit colonnes dont les bases seules existent encore : l'entrée bordée de statues et flanquée de boutiques ayant conservé leurs tables de pierre nous conduit dans une cour rectangulaire entourée de galeries soutenues par des colonnes. Au centre, une fontaine, actuellement presque intacte,

(i) D'après Vitruve, l'ordre systyle exige un entre-colomiemcnt d'axe en axe de trois fois le diamètre, et les dés des bases égaux à l'espace libre entre ces bases. Notre diamètre étant de i '",44 (3 fois 1,41= 4"i, Si), nous devrions avoir un espacement de 4"", 32 au lieu des 4"°, 14 que nous avons trouvés.

.Mais l'ordonnance pycnostyle (2 diamètres 1/2) nous donnerait 3™, 60.

Pour ces ordonnances systyle et pycnostyle, Perrault dans ses notes sur Vitruve (Liv. m, chap. H) a compris que l'entre-colonnement du milieu était égal aux autres, comme cela a lieu en Grèce. Or nos entre-colonnements sont uniformes tant sur la face que sur les côtés. Entre 4™, 32 (systyle) et 3'n,ôo (pycnostyle), la movenne étant de 3"', ()'"), nous sommes donc plus près de 4'", 32, c'est-a-dire du s\stylc, bien que l'espacement entre les dés des bases soit de 2"',7o.

axv N3 axv^a

Tt-

XNawaMNO^o^ayiNa

cr\

XMawanaviNa^T aa

GO

■anaxnvH

ri\

oj

aHDiMHOO VT aa

ri

VD

■anaxnvH

asiHJ VT aa

co

anaxnvH

aAvyxiHDHv^i aa

GO

ynaxnvH

ir^

tT

S3NN0T03 saa

GO

■anaxnvH

Tj-

Tl-

nvaxidVHD na

GO

GO

VO

VD

ynaxnvH

asva VT au

ri

rf\

aHHvo aa

LTN

Tf

ynaiHadAS anxaKvia

rl^

saNNO'ioo saa

co

GO

Tf-

■anaiyajMi ayxaiwia

bC

UJ

Cl,

os IL»

fournissait l'eau nécessaire i\ rétablissement dont le fond se termine en hémicycle. Cette partie demi-circulaire contenant sept boutiques (iîg. XXX\'I) très bien aménagées était couverte par une charpente que soutenaient quatorze consoles d'un très beau style bysantin trouvées dans les fouilles par M. Duthoit, On voit encore les boutiques rayonnantes du fond avec les tables sous lesquelles on était obligé de passer pour s'installer et opérer la vente des denrées. Le service des monuments historiques vient d'achever les déblais du marché et d'une annexe assez importante dont l'élévation principale donnant sur la grande voie en avant de l'arc de triomphe, était décorée de quatre colonnes. Mais les fouilles à venir nous réservent encore bien des surprises et nous sommes loin d'avoir pénétré tous les secrets de Thamugadi dont la renommée nous a valu, au mois de mai de l'année dernière, l'honneur de la visite de M. Léon Bourgeois, alors ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts, visite dont le pays conservera longtemps le souvenir.

Déjà, depuis cette époque, à la reprise des travaux interrompus par l'épidémie qui sévissait cet été en Algérie, nos terrassiers ont mis à découvert (et cela tout récemment) les bâtiments des thermes de la ville avec leurs mosaïques de dallages parEiitement conservées, des statues, vases sculptés, inscriptions établissant la date de l'érection du monument sous le règne de Septime Sévère (198 après J.-C).

Ici se termine l'énumération des édifices méthodiquement déblayés jusqu'à ce jour par les soins du Ministère des Beaux Arts ; toutefois nous ne quitterons pas Timgad sans mentionner les cinq basiliques chrétiennes dont on voit les restes, et notamment celle édifiée, sous le patriciat de Grégoire, au vii'^ siècle, dans la direction sud du Capitole. Nous citerons aussi le fort bysantin, œuvre immense, dont les murs renferment, comme toutes les constructions analogues de l'Afrique, un grand nombre de fragments intéressants enlevés aux ruines les plus voisines. Il mesure 80 mètres sur 120 ; une

y. on

tour carrée protège chaque angle ainsi que le milieu des courtines. Après la basilique de Grégoire, c'est l'édifice le plus récent de Timgad : il fut élevé par Solomon après la destruction précipitée de la ville antique par les Maures au début du vi' siècle et, jusqu'à la fin du viii% resta l'un des derniers refuges de la civilisation chrétienne contre les armées envahissantes de l'Islam.

C'est à notre pays qu'il appartenait de faire revivre cette civilisation et de dicter des lois à ces Kabyles dont les ancêtres n'avaient, avant nous, subi aucun joug, pas même celui de Rome qui les vainquit, les refoula, mais ne les dompta jamais.

Parmi les devoirs que comporte la tâche grandiose qui nous incombe, nous avons celui de garder précieusement et de transmettre intacts aux âges futurs les trésors archéologiques qui nous sont confiés et qui sont répandus avec une si merveilleuse profusion sur le sol de l'antique Numidie.

Page 1