LAMBÈSE
LAMBESE
• 'antioue Lambœsis est célèbre par le séjour qu'y fit la IIP légion Auguste précédemment casernée à Théveste, ainsi <ô/^vi^ que nous l'avons dit.
Tout d'abord il n'existait à Lambèse qu'un petit poste militaire, un de ceux que le gouvernement Romain avait échelonnés le long del'Aurès pour garder les passages du désert.
Au commencement du ii*- siècle de notre ère, en 125 environ, ce premier établissement militaire reçut un grand développement lorsque l'empereur Hadrien résolut d'en faire le quartier général des troupes d'Afrique (i).
Comme Théveste, c'est sous Septime Sévère que Lambèse atteignit son plus haut degré de splendeur. Les monuments se multiplièrent dans le camp établi par la Légion et dans la cité qui s'était élevée autour d'elle. Mais après les Antonins, les légionnaires furent licenciés par le petit fils de Gordien qui voulut les punir d'avoir embrassé la cause de Maximin. Pendant 25 ans Lambèse fut ainsi
(i) Voir le guide de Lambèse, par M. René Gagnât, professeur au Collège de France.
privée de la plus <;r.uulc partie de sa population, et, la légion était à peine reccMistituée, qu'un tremblement déterre bouleversa tout le pavs et détruisit ou endommaij;ea tous les monuments de la ville (268). C'est de cette époque que datent le camp et le pr;etorium tels qu'ils existent aujourd'hui.
Le camp dont le périmètre existe encore en partie mesurait 420 mètres de largeur sur 500 mètres de longueur. L'angle sud-ouest malheureusement a été détruit lors de la construction du pénitencier deLambèse. L'enceinte était })ercée de quatre portes dont celles du Nord et de l'Iist subsistent encore : elles donnaient passage à deux grandes voies dont l'intersection était occupée par le Pi\rtoritiiii, désignation donnée au quartier général du commandant en chef parce que le magistrat suprême de Rome, en temps de guerre, était à l'origine le préteur.
Le Prxtorium de Lambèse (lîg. XI\') esc un monument quadrangulaire de 23 m. 30 sur 30m. 60 de longueur et de 15 mètres de hauteur actuelle. La façade principale est orientée au Nord; l'intérieur, dont la couverture a disparu, a été converti en musée et renferme des fragments et des statues trouvés à Lambèse, à Timgad et dans les environs (fîg. XV). Au sud du Prx'torium se trouvent les ruines des thermes de la IIP légion, touillées en 1862 et aujourd'hui presque entièrement disparues.
Hn quittant le camp pour se diriger vers la cité de Lambèse, on aperçoit tout d'abord les restes d'une porte monumentale dont la construction remonte à l'époque de l'empereur Commode (176-192 après J.-C.) (fig. XVI). Elle était percée d'une seule arcade et décorée de pilastres; puis on arrive à ce qui tut l'amphithéâtre dont toutes les pierres ont servi, hélas, à la construction de la maison centrale. Il pouvait contenir de dix à douze mille spectateurs.
Dans la direction du S.-E. on rencontre un petit fort bysantin également exploité par les entrepreneurs de démolitions, puis un bel arc de triomphe du temps de Septime Sévère (tîg. XVIII). Cette
porte monumentale, qui marquait le commencement de la cité, était reliée au camp par une longue voie appelée (.(.voie scpliinicnne «. Une inscription, aujourd'hui perdue, nous a appris que sa construction avait été confiée à la main d'œuvre légionnaire.
Près de l'arc se trouvent un établissement de propreté publique et les restes de ce qu'on a cru alors être le palais du légat : à la suite de fouilles, on a trouvé là en 1850 de belles mosaïques.
Viennent ensuite les grands édifices jadis groupés autour des forums. Le temple d'Esculape et d'Hygie (fig. XIX) frappe tout d'abord les regards; au fond d'une cour disposée en hémicycle on distingue le sanctuaire proprement dit et les restes de deux colonnades circulaires qui le reliaient de chaque côté à deux chapelles (i). En avant une longue avenue est bordée d'oratoires secondaires se composant d'une salle carrée dont la face postérieure est décorée d'une niche. Le temple principal date de 162; les chapelles secondaires, bâties successivement sous les empereurs Marc-Aurèle, Commode et Septime Sévère, furent terminées en 211 après J.-C. Non loin de là, nous arrivons aux deux forums dont le plus grand mesure 60 mètres sur 55 mètres, l'autre, qui lui est juxtaposé, 75 mètres sur 35 mètres. Sur le premier s'élevait un temple (fig. XX) possédant deux cqWx avec un grand piédestal, supportant une statue, disposé à la partie postérieure de chacun de ces sanctuaires; une troisième logette était ménagée au milieu du temple, que les inscriptions nous disent avoir été dédié a Jupiter, Junon et Minerve. On le désigne sous le nom de capitole : sa construction remonte à la fin du 11* siècle ou au commencement du IH^ Il était, suivant l'usage, entouré par une colonnade.
Le second forum, en contre-bas d'un mètre environ du premier, en était séparé par un mur et possédait également un portique abritant des statues : on y accédait par un arc triomphal à trois portes
(i) Les statues d'Esculape et d'Hygie sont déposées au PraL'torium.
dont il n'existe plus que les assises infcrieiircs : on y voit aussi les restes d'un temple consacré à une divinité inconnue ou peut-être d'une curie ou salle de conseil municipal.
Au nord-est des forums, on peut voir les ruines des bains « dits des chasseurs » (fig. XXI). Ces thermes, qui possèdent encore les traces visibles de leurs piscines et des différentes salles nécessaires aux baigneurs, ont été construits avec des briques portant l'estampille de la légion IIP Auguste.
Nous citerons aussi les deux portes monumentales qui marquaient la sortie de Lambèse du côté oriental, les ruines du temple de Neptune, les aqueducs, enfin les tombeaux parmi lesquels on distingue de beaux restes de mausolées (fig. XVII).
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ARC DE TRAJAN Face Est.
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FiG. XXIII
ARC DE TRAJAN Face Ouest.
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27 kilomètres est des ruines de Lambcse, on voit les res- /AV^/. tes d'une ville construite au i'^'' siècle de notre ère et qui,
ii dévastée par les Maures autochtones au vi° siècle, puis bouleversée par des tremblements de terre, est cependant parvenue jusqu'à nous dans un état merveilleux de conservation. On l'a, avons- nous dit, surnommée la Toinpéi algérienne; son nom antique est Thamugadi, Procope la désigne par le mot Ta^aoûyaoïv ; les Arabes l'ont appelée Jimgad.
Elle était traversée par deux grandes voies principales, dont l'une tirée du sud au nord se nomme le Cardo maxinius; l'autre, de l'est à l'ouest, prend le noin àedecumanus maximus. C'est cette dernière qui reliait la ville à Théveste et àLambèse, et sur laquelle s'élevaient plusieurs arcs de triomphe dont l'un, bâti par Trajan en l'an 100 de notre ère (fig. XXII et XXIII), était percé de trois portes, décoré de colonnes de marbres, de niches et de statues. Il est encore presque entièrement debout; et l'un des frontons circulaires des côtés existe encore. Malheureusement ce beau monument a eu beaucoup à souffrir des tremblements de terre; en maints endroits les colonnes se sont disjointes et il a fallu établir des arcs intérieurs en
maçonnerie afin de neutraliser les poussées qui s'étaient produites. Les deux faces sont à peu prés identiques : sous la grande arcade centrale deux ornières uiUiÉÉ^ittliAiàÉJÉittâtti dans la dalle facilitaient la circulation des chars en les maintenant liéàiM distance ^jly^ly^ de chacun des pieds droits. /jN
Les deux arcades basses étaient réservées aux piétons.
En suivant la grande voie (fig. XXIV), nous apercevons à notre droite des portiques supportés par des colonnes abritant de nombreuses boutiques à un ou deux étages avec arriére-boutiques encore bien conservées (fig. XXV) : partout les traces de fermetures des portes sont visibles dans l'épaisseur des murs : quelques-unes de ces portes ont même gardé leurs linteaux de pierre.
La voie possède son dallage intact avec les sillons creusés par les roues des chars comme à Pompéi : les égouts n'ont pas été touchés et fonctionnent même encore. Nous ferons aussi remarquer le tracé en biais des joints des dalles, afin d'éviter aux roues la simultanéité des cahots que des pierres saillantes pouvaient occasionner. Des fontaines publiques bordaient la voie principale ; elles étaient alimentées par les eaux de la colline dont l'adduction s'opérait au moyen de canalisations en pierre (fig. XXVI).
Plus loin on remarque un établissement de la catégorie de ceux qu'au dire de Suétone, Vespasien avait frappés d'un impôt et qui ont gardé son nom. Nous sommes en présence des « latrina publica » avec système diviseur et « tout à l'égout » parfaitement organisés : une eau courante partant d'une fontaine-réservoir munie d'un trop plein circulant dans toute la salle en assurait le nettoyage (fig. XXVII).
Au-dessus de l'égout, aujourd'hui béant qui longeait les murs de la salle, étaient autrefois disposées des stalles de pierre de o™, 80
(i) Voir le discours de M. A. Milvoy à la société des antiquaires de Picardie.
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FiG. XXV ET XXVI
BOUTiaUE ET RUE PARALLELE AU CARDO
AVEC CAXALISATION
on
de hauteur formant séparations : les traces en sont visibles encore sur le dallage. Une pièce annexe faisait communiquer les Latrines avec le dehors : la porte d'entrée ne s'ouvrait pas en face de celle de la salle afin de cacher aux regards des passants un spectacle qu'on n'a pas l'habitude de montrer (i).
Tout près de là se trouve une maison récemment fouillée par nous et dont l'atrium, garni d'une série de cuves demi-circulaires destinées à contenir, selon toute probabihté, des fleurs ou des plantes, renferme un puits de 9 mètres de profondeur en bon état de conservation (fig. XXVIII). C'est la première maison (et la seule jusqu'ici) découverte à Timgad.
Sur le côté sud de la grande voie se dressait une porte monumentale par laquelle on accédait au forum en gravissant plusieurs marches; deux autres entrées secondaires, dont l'une a été ultérieurement supprimée, conduisaient également à la place publique, l'un des exemples les mieux conservés des forum provinciaux antiques.
De nombreux monuments (fig. XXIX) étaient disposés autour d'une colonnade entourant la grande place : à l'est, une Basilique dont la particularité était de ne posséder qu'une seule nef sans bascôtés à étage ; de petites pièces annexes flanquaient toutefois le mur latéral oriental; en face le prétoire, élevé d'un mètre environ au-dessus du sol de la basilique, trois grandes niches dont une demi-circulaire, contenaient des statues dont les soubassements ont laissé sur le dallage des traces encore visibles. Les dimensions de la basihque sont de 38 mètres de long sur 20 mètres de large : la grande nef était décorée de deux ordres superposés dont l'inférieur était de style ionique avec feuilles, d'une sculpture toute particulière (Nous en avons retrouvé plusieurs chapiteaux tant sur place qu'au prastorium de Lambèse). Au sud du forum on voit une série de bouti-
(i) Consulter le savant ouvrage de MM. E, Bœswilhvald et R. Gagnât sur Timgad (E. Leroux, éditeur).
qiics dont cliaciinc est scparcc de sa voisine par un massif en terreplein de même largeur et de même profondeur que les boutiques elles-mêmes. On a prétendu que ces massifs arasés au niveau de la voie parallèle au decumanus, niveau plus élevé que celui du forum, formaient contreforts et étaient destinés à maintenir la poussée des terres. C'est là une erreur manifeste; lesdits terre-pleins recevaient des boutiques disposées sur la rue supérieure et alternées avec celles donnant sur la place.
Sur le côté ouest, on aperçoit d'abord un ensemble de constructions dont la destination est diflîcile à déterminer : on a voulu y voir des thermes ou plutôt un établissement analogue : cette opinion ne nous semble pas admissible.
Puis nous arrivons à la Curie (on conseil tnnnicipnï). C'est l'un des monuments les plus importants du forum; il se compose de deux parties distinctes : un vestibule dans lequel on pénétrait par une large porte, et une grande salle rectangulaire au fond de laquelle se dresse une estrade élevée de deux marches et portant les empreintes de balustrades de métal dont quelques fragments se retrouvent dans les trous de scellement.
Quatre piédestaux surmontés de statues ornaient la curie dont les murs construits en petits matériaux étaient recouverts de placages de marbre.
Vient ensuite un édicule autrefois décoré d'une statue de la Fortune, et dont le soubassement seul existe aujourd'hui ; une inscription des plus intéressantes y est gravée; puis un temple qui paraît avoir été dédié à la Victoire; il était précédé d'une tribune aux harangues (fig. XXX) à laquelle on parvenait par un escalier, encore en place et latéralement disposé.
Le temple (i) se composait d'une cella de 4"')0 de longueur et
(i) La disposition générale du forum de Timgad se retrouve presque exactement dans une ville de Ligurie, à Velleja : la basilique, le petit temple, les boutiques sont orientés d'une façon analogue.
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de 7 mètres de largeur. On a retrouve les bases, chapiteaux et fûts des 4 colonnes corinthiennes qui composaient le pronaos et dont le diamètre est de o"'75 : Deux beaux piédestaux hexagonaux supportant autrefois des statues de la Victoire occupaient les angles de la tribune dépourvue, à l'origine, de balustrade.
A cet endroit le portique qui environnait la place était interrompu ; il eût été, en effet, impossible de cacher les orateurs à la foule occupant le forum. Immédiatement après la tribune, et disposé le long du mur nord du temple nous trouvons un petit édifice analogue à la curie, mais de dimensions plus restreintes : les colonnes qui en constituent l'entrée sont cannelées en spirales se terminant dans le bas par une série de pointes de flèches. La salle était close et des placages en marbres ornaient l'intérieur. Etablie plus tard que le temple, dont elle masquait les pilastres de la face latérale nord, cette construction a aussi interrompu la communication qui existait de ce côté entre le forum et la grande voie par une des petites entrées dont nous avons parlé. Pour achever la description des bâtiments qui entouraient la place publique, il nous reste à parler de salles de réunion dont le sol dallé était posé au-dessus des arrière-boutiques voûtées de la grande voie : l'une de ces salles, établie sur toute la profondeur de deux boutiques, atteignait le portique donnant sur le decumanus ; leur façade complètement ouverte sur le forum se composait de colonnes dont les intervalles étaient occupés par des grilles de bronze.
Nous mentionnerons enfin les différents jeux de marelle, de billes, etc., que les fouilles ont découverts intacts, et surtout les nombreux monuments, piédestaux, bases honorifiques supportant autrefois les quadriges, les statues équestres des empereurs : Nous citerons notamment les grandes bases qui portent les noms d'Antonin le Pieux et de Caracalla : d'autres étaient faites pour des statues ordinaires (légats de Numidie, patrons du municipe, magistrats de la cité) : « l'une d'elles, de forme hexagonale, portait l'image de
— 3-1 — Marsyas, que toutes les colonies latines avaient coutume de placer au milieu de leur forum en souvenir de ce qui se pratiquait à Rome » (i).
La plupart de ces piédestaux subsistent encore avec leurs inscriptions que M. René Ca^tiat, le savant professeur au Collège de France, a étudiées et commentées.
On sort du forum par un passage conduisant directement au théâtre (fîg. XXXI et XXXII), appuyé comme celui de Philippeville à un mamelon élevé. Trois portes donnaient accès au monument. L'une située dans le milieu, en haut de la colline, accédait aux places supérieures ; les deux autres aboutissaient latéralement à rorchestra (ou parterre). Trois marches basses sur lesquelles étaient installés les magistrats et personnages de distinction se trouvaient en contrebas du podium (ou balustrade) .inférieur. Cinq escaliers pris aux dépens des gradins menaient à un passage horizontal couronnant la première précinction marquée par un second podium. De là, cinq autres escaliers se chevauchant avec ceux des huit rangs de gradins inférieurs conduisaient à une double galerie dont le niveau correspondait avec le haut de la colline; du podium supérieur à cette galerie on comptait douze rangs de gradins : au-dessus étaient disposés d'autres rangs supérieurs limités par des colonnes supportant une terrasse à laquelle on parvenait au moyen de l'escalier pratiqué dans la tour établie au-dessus de l'entrée latérale nord. Comme dans tous les théâtres antiques la salle était couverte par un velarium qu'on tendait au moyen de cordes et de poulies fixées à un certain nombre de mâts (mali) plantés tout autour du mur d'enceinte et maintenus par une double rangée de corbeaux de pierre entaillés pour les recevoir.
Sur les degrés on pouvait installer 3400 spectateurs et dans les
(1) Les fouilles de Timgad, par M. René Gagnât (extrait des comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres).
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FiG. XXXIII ET XXXIV