ANESTHÉSIE LOCALE
Anesthésie locale
Pour les opérations où l’anesthésie locale est suffisante, nous employons soit la cocaïne, soit le chlorure d’éthyle ou le coryl (mélange de chlorure d’éthyle et de méthyle), et, à leur défaut, un mélange de glace pilée et de sel.
Les vapeurs de chlorure d’éthyle s’enflamment au contact du thermocautère. Si l’on fait usage de cet instrument après avoir fait l’anesthésie au chlorure d’éthyle, il faut donc avoir soin de passer auparavant sur la région congelée une compresse de gaze hydrophile, qui absorbe les dernières traces de substance inflammable.
La cocaïne, sur les muqueuses, est appliquée en surface. On imbibe, à cet effet, d’une solution de chlorhydrate de cocaïne à 1/10® ou 1/20®, de petits tampons plats de coton, et on les maintient O minutes environ au contact du point qui doit être incisé ou cautérisé.
Nous employons pour la peau les injections interstitielles de cocaïne à 1/20® ou 1/50®. Nous les pratiquons avec la seringue de verre de Luer.
Ces injections doivent être faites, d’abord superficiellement, dans le réseau lymphatique du derme, puis dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Pour l’extraction des dents, nous injectons 1/5® à 1/5 de seringue d’une solution de cocaïne au 1/20®, d’abord en dehors, puis en dedans de chacune des dents qui doivent être arrachées.
On voit au niveau du palais, le réseau lymphatique du chorion s’injecter et devenir incolore. Si la gencive est trop mince, on fait l’injection dans le pli gingivo-buccal ou gingivo-labial et on y détermine la formation, au voisinage de la dent cariée, d’une petite boule d’œdème, qui diffuse en 2 ou o minutes.
Au niveau des extrémités digitales, pour l’opération de l’ongle
112 TECHNIQUE CHIRURGICALE GÉNÉIULE.
incarné par exemple, un excellent adjuvant des injections interstitielles de cocaïne est l’application préalable d’un lien de caoutchouc, d’un simple drain, fixé entre les mors d’une pince hémostatique. Cette constriction élastique permet de réaliser une anesthésie locale parfaite. On épargne même au patient le désagrément minime de l’injection hypodermique en prenant le soin d’insensibiliser préalablement la peau au chlorure d’éthyle.
Au bras ou à la cuisse, il est également utile, si l’on veut obtenir une anesthésie parfaite à l’aide de la cocaïne, de circonscrire la région à opérer entre les spires d’une bande élastique. On fait alors plusieurs injections de cocaïne à 1/30® ou 1/50®. L’arrêt de la circulation prolonge l’action locale de cet anesthésique sur les extrémités nerveuses.
Nous ne conseillons pas les injections interstitielles de cocaïne dans la muqueuse nasale, où l’application en surface d’un tampon cocaïné suffit.
Cette muqueuse est douée, en effet, d’une circulation sanguine et lymphatique tellement active que l’injection, au niveau de la cloison ou des cornets, d’une certaine quantité de cocaïne, expose à des accidents d’intoxication subits et parfois très akrmants.
Anesthésie générale.
Pour les opérations graves, l’anesthésie générale est préférable à l’anesthésie locale.
Nous préférons le chloroforme à l’éther.
Le chloroforme bout, en effet, à 60®, et l’éther à 33®. Il résulte de ces particularités que le chloroforme ne refroidit pas autant l’arbre respiratoire, et que, de l’aveu même des plus ardents partisans de l’éther, il expose beaucoup moins que ce dernier anesthésique les patients sujets aux bronchites à des complications pulmonaires post-opératoires.
CHLOROFORMISATION. 115
Les vapeurs de chloroforme présentent, en outre, Favantage de n’être pas inflammables.
Nous employons depuis dix ans le chloroforme Yvon, que MM. Yvon et Berlioz nous fournissent par flacons de 100 grammes.
. Nous administrons le chloroforme nous-même, soit avec Fappareil compte-gouttes de Créquy (fîg. 56), soit avec une simple compresse épinglée en forme de cornet (fig. 58), dans le
Fig. 56. — Appareil compte-gouttes de Créquy.
fond duquel nous versons Fanesthésique en quantité suffisante. M. Yvon livre, avec ses flacons de chloroforme, des bouchons compte-gouttes.
Chloroformisation.
Nous obtenons Fanesthésie complète très rapidement.
Nous versons tout d’abord dans le fond de la compresse 2 ou 5 grammes de chloroforme, et nous approchons le cornet à quelques centimètres de la bouche. Dès que le premier mouvement de répulsion est passé, nous l’appliquons sur le visage : certains malades cessent aussitôt de respirer. Cet arrêt de la
respiration n’est autre chose qu’une défense instinctive de l’organisme contre le chloroforme.
Il faut aussitôt soulever le cornet et ne l’appliquer de nouveau qu’ après avoir obtenu 4 ou 5 inspirations profondes et régulières.
S’il survient de la cyanose au moment de la période d’excitation, ou si le patient présente une contracture tonique intense, comme on l’observe chez les alcooliques, nous soulevons également le cornet et nous attendons le retour des mouvements inspiratoires.
Dès que la période de résolution a commencé, nous faisons continuer la narcose par un aide.
Le chloroforme ne nous semble pas dangereux entre des mains expérimentées.
Jamais, chez l’adulte, il ne faut tenter l’anesthésie à doses massives et par suffocation, comme on le pratique souvent chez les jeunes enfants.
Il est inutile de pincer les narines.
Si l’on prend soin de n’approcher que doucement le chloroforme de la bouche du malade, en l’encourageant et sans le violenter, la respiration se régularise et, au bout d’un instant, on peut verser d’un seul coup dans le cornet 4 ou 5 grammes de chloroforme. On obtient ainsi la résolution en quelques minutes.
Au cours de l’opération, nous faisons donner très peu de
CHLOROFORMISATION.
chloroforme. Chez les sujets faibles, on introduit dans le nez pendant l’opération, d’après la pratique excellente du D"" J. Championnière, le tube d’un ballon d’oxygène.
Nous conseillons dans toutes les opérations graves et d’une: certaine durée l’emploi de la pince à langue (fig. 57).
Fig. 58. — Bulles de sérum et seringue stérilisuble de 100 grammes,, cornet à chloroforme, bouteille de chloroforme avec bouchon compte-gouttes, et récipient en étain pour la stérilisation du catgut dans les vapeurs d’alcool phéniqué.
Lorsque, pendant l’opération, le patient semble se réveiller et commence à remuer, nous faisons administrer immédiatement le chloroforme à dose massive.
La résolution est obtenue en quelques instants et l’opération continue.
Les accidents du chloroforme proviennent d’habitude de ce que le chloroformisateur donne l’anesthésique machinalement et se préoccupe trop des détails de l’opération. Celui auquel incombe
la grave mission de la narcose ne doit jamais avoir d’autre souci. Plus l’intervention est longue, plus le malade est faible, et plus la moindre inadvertance de la part du chloroformisateur est dangereuse. Outre le ballon d’oxygène, le chloroformisateur doit avoir à sa disposition une seringue de iOO grammes et du sérum artificiel.
Toute narcose peut présenter quelque péripétie.
Si le patient se cyanose, il faut tirer la langue au dehors et
Fig. 39.
relever la mâchoire inférieure, après avoir pris soin de débarrasser, avec une compresse, le pharynx des mucosités qui l’obstruent. Nous avons toujours à notre disposition, dans le cas de contracture des mâchoires, l’ouvre-bouche ,de Heister, qui est d’une puissance extrême (fig. 39).
Lorsque la respiration est faible, le chloroformisateur doit tenir l’oreille très près de la bouche du patient, afin d’en percevoir le souffle.
Il est absolument inutile de faire tenir le pouls, le chloroformisateur ou toute autre personne se trouvant toujours à même d’en vérifier l’état, si le besoin s’en fait sentir. Lorsque le pouls se montre petit et dépressible, il est prudent de pratiquer