LA BILE
Marche systématique dans l'analyse d'un calcul biliaire.
La bile renferme un pigment, des savons dissous, des sels d'acides spéciaux (les acides biliaires), de la cholestérine.
Pour séparer l'un de l'autre ces divers corps, on suit la marche suivante :
(Schéma de la niarche a suivre.
Bile -t- charbon animal : dessiccation. Extrait par alcool absolu. On filtre :
Résidu insoluble,
mucine,
majorité du pigment
Solution alcoolique d'acides biliaires, cholestérine, pigment -(- éther sulfurique en excès
Sels des
\J/ Acides biliaires,
Acide glycoeholiqui' — taurocholique.
Cholestérine.
On évapore au bain-marie 100 c. c. environ de bile de bœuf, additionnée de charbon animal. On fait ensuite bouillir le résidu avec de l'alcool absolu et l'on filtre. Le filtre retient la
mucine et laisse passer la liqueur alcoolique renfermant les acides biliaires et la cholestérine.
On ajoute au filtratum limpide de l'éther sulfurique, jusqu'au moment où le précipité produit ne se dissout plus. (Acides biliaires.)
On filtre; la cholestérine passe dans le filtratum; on abandonne cette solution à cristallisation.
Mucine. \. Mucine. — Elle est identique à la mucine de la salive,
c'est-à-dire qu'elle précipite par l'acide acétique concentré et qu'elle se décompose en présence d'acide chlorhydrique ou d'acide sulfurique en deux corps, dont l'un réduit les liqueurs cupro-alcalines.
2. Acides biliaires. — Pour les séparer de la cholestérine dissoute, on ajoute un excès d'éther, on couvre, on laisse sédimenter, on filtre. Le filtre retient les acides biliaires : bile cristallisée de Plattner.
Les acides biliaires sont l'acide glycocholique et l'acide taurocholique, c'est-à-dire la combinaison du glycocolle et de la taurine avec l'acide cholalique, le véritable acide de la bile.
Acide 1. Acide glycocholique. — Cristallise en aiguilles soyeuses,
glycocholique. ^ soiubles dans l'eau froide, plus solubles dans l'eau chaude, solubles dans l'alcool fort, insolubles dans l'éther. C'est un acide assez énergique; il décompose les carbonates alcalins et forme des glycocholates alcalins. En présence d'acétate de plomb, il forme un sel plombique insoluble.
L'ébullition prolongée avec l'acide chlorhydrique faible, avec l'acide sulfurique dilué, avec les alcalis caustiques,
DK CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. 79
l'hydrate de baryum le décompose en ses constituants, le glycocolle, C*H*NO* (acide amido-acétique), et l'acide cholalique, C»H4008.
2. Avide tauvocholique. — Cristallise en fins cristaux soyeux A<-i<ie
taurocliolique.
très instables, déliquescents a l'air, solubles dans l'eau, dans l'alcool, insolubles dans l'éther.
En présence de sels de plomb, il ne précipite qu'en milieu alcalin. Cet acide se décompose facilement en ses constituants : la taurine, C^PNS03, et l'acide cholalique, C«*H«0$.
3. Acide cholalique. — Extraction de l'acide cholalique. — Acide
«holalique.
C'est à Mylius que l'on doit la meilleure méthode d'extraction de l'acide cholalique.
Méthode de Mylius. — On fait agir sur la bile de bœuf une Préparation
de l'acide
solution concentrée de soude caustique à 30 % (le tiers du cholalique. volume) et l'on chauffe à l'ébullition pendant vingt-quatre heures, en ayant soin d'ajouter de temps a autre de petites quantités d'eau distillée pour compenser les pertes de l'évaporation. On sature la liqueur fortement alcaline à l'aide d'un courant d'acide carbonique et l'on évapore presque à siccité, puis on reprend le résidu par l'alcool fort. Ce dernier dissout le cholate de soude ainsi que des stéarates et choleinates de soude. Ceux-ci se précipitent si l'on dilue l'extrait alcoolique. On filtre s'il y a lieu, puis on précipite par le chlorure de baryum, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité; on filtre; on reprend par l'acide chlorhydrique qui précipite l'acide cholalique, on laisse reposer pendant quelques heures jusqu'à cristallisation. On reprend la masse cristallisée par l'alcool et on fait recristalliser lentement.
L'acide cholalique cristallise en tétraèdres ou en octaèdres incolores qui perdent leur eau de cristallisation à l'air et par la chaleur (130°). Cet acide est peu soluble dans l'eau froide (1 pour 4000), un peu plus soluble dans l'eau chaude (1 p. 750).
Par oxydation, il donne naissance à son anhydride : la dislysine.
On peut en outre caractériser cet acide par les réactions suivantes :
a) Réaction de Mylius. — On dissout 2 centigrammes environ d'acide dans 50 c. c. d'alcool. On ajoute 1 c. c. d'une solution d'iode au dixième normal, puis on dilue avec de l'eau distillée. Le liquide brunâtre se prend en une masse sombre, formée de cristaux microscopiques, jaunes à la lumière réfléchie, bleus à la lumière transmise.
b) Réaction de Peltenkofer. — On ajoute lentement à une solution d'acide biliaire, de l'acide sulfurique, de façon à ne pas trop échauffer le récipient; on laisse alors tomber cinq à six gouttes d'une solution concentrée de sucre de canne, et l'on agite; le mélange prend une coloration rouge pourpre qui passe bientôt au violet. Cette réaction est due à la transformation du sucre en furfurol.
NH2 Taurine. 5. Taurine C8H*<oÂ3i, — Préparation de la taurine. — On
mélange de la bile de bœuf avec un excès d'acide chlorhydrique concentré; on filtre; on chauffe le mélange jusque près de l'ébullition en l'évaporant.
On sépare par décantation les parties claires de la solution fortement acide, d'un résidu résinoïde formé par l'acide cho-
DE CHIMIE PHTS10L0GIQI E. 81
loïdinique, et l'on continue l'ovaporation jusqu'au moment où commence la cristallisation du chlorure de sodium. On laisse alors refroidir et Ton traite les eaux mères par de l'alcool fort <|ui précipite la taurine et le glycocolle, ainsi qu'un peu de chlorure de sodium.
On lave le précipité à l'alcool, on le sèche, on le redissout dans une très faible quantité d'eau bouillante et on laisse cristalliser.
Propriétés de la taurine. — La taurine cristallise en gros prismes quadrangulaires ou hexagonaux, terminés en pyramides a quatre ou six pans. Elle se dissout difficilement dans l'eau froide, plus facilement dans l'eau chaude, dans les solutions alcalines; elle se dissout peu dans l'alcool dilué, pas du tout dans l'alcool absolu ni dans l'éther.
La présence de soufre peut servir à caractériser la taurine.
On mélange dans un mortier de la taurine avec du carbonate de soude (une quantité environ dix fois plus grande) et du nitrate de soude (une quantité cinq fois plus grande).
On porte le mélange dans un creuset en platine et on le fond jusqu'au moment où il prend une teinte claire et ne renferme plus de charbon.
On laisse refroidir, on reprend la masse dans l'eau acidulée d'acide chlorhydrique, puis on filtre et l'on ajoute quelques gouttes d'une solution à 10 % de chlorure de baryum.
En présence de soufre, il se forme dans la liqueur un précipité de sulfate de baryum, insoluble dans l'eau.
CH"Mlâ 4. Glycocolle (acide amido-acélique) [rt)i\u — Se présente Gijcocoiie.
sous l'aspect de gros prismes rhomboédriques, incolores, de
saveur douceâtre. Ils sont solubles dans l'eau, insolubles dans l'alcool et dans l'éther. .
Ce corps possède les propriétés d'un acide, c'est-à-dire qu'il se combine aux sels alcalins et aux oxydes métalliques; il possède aussi par son côté amidé les propriétés d'une base; il se combine aux acides minéraux en donnant des combinaisons cristallines.
Il brunit à 228° et fond à 232°-236° en se décomposant.
Le perchlorure de fer colore ses solutions on rouge. L'hydrate cuivrique se dissout dans des solutions chaudes de glycocolle, qui par refroidissement laisse cristalliser de fines aiguilles de glycocolate de cuivre.
ciioicstéiinc. 5. Cliolcslcrine C2fiHT3OH. — Préparation. — Après avoir séparé le précipité que donne l'addition d'éther dans la solution alcoolique de bile, on évapore le filtratum clair. Le résidu de cette évaporation est de la cholestérine brute : on la reprend dans une solution alcoolique de potasse caustique, on abandonne à Pévaporation, on lave le résidu cristallin à l'alcool froid, puis à l'eau et l'on dessèche sur l'acide sulfurique.
La nature du dissolvant exerce une influence sur la forme cristalline: par évaporation des solutions éthérées, la cholestérine cristallise en fines aiguilles; la solution dans l'alcool bouillant la donne sous une forme cristalline différente : grandes tables rhomboédriques s'imbriquant et renfermant de l'eau de cristallisation. C'est sous cette dernière forme qu'on l'obtient ordinairement.
Elle est insoluble dans l'eau, les acides, les alcalis concentrés et l'alcool froid. Soluble clans l'alcool bouillant, l'éther,
le chloroforme, le benzol, toutes les huiles grasses et les huiles essentielles. Moins soluhle dans les solutions d'acides biliaires. Elle dévie la lumière polarisée vers la gauche, fond à 148" e1 distille dans le vide à 3G0°. Elle est très stable; l'ébullition avec des alcalis caustiques ne la modifie pas. L'acide sulfurique donne naissanee a une masse rouge qui
Cristaux de cholestérine.
verdit et puis jaunit par l'eau. Il se forme ainsi des isomères (cholestériline). L'acide phosphorique vitreux agit à peu près de même (cholestérone). Le chromate de potassium et l'acide sulfurique donnent un acide qui ne cristallise pas et qui répond à la formule C**H-*o()C.
La cholestérine se caractérise par de nombreuses réactions.
Réactions. — 1° En présence d'acide sulfurique et d'iode, la cholestérine prend successivement les couleurs violet, bleu, vert, rouge. Cette réaction est très sensible; elle est très bien applicable sous le microscope.
2° On dissout de la cholestérine dans du chloroforme; on y ajoute une quantité équivalente d'acide sulfurique; le chloroforme se colore en rose; celte coloration se fonce et donne
une teinte rouge. Si l'on verse alors dans une capsule en porcelaine, le chloroforme devient bleu, vert, jaune, l'acide gagne le fond du récipient et prend un aspect dichroïque.
3° Réaction de Liebermann. — Si l'on place quelques cristaux de cholestérine dans un tube bien sec, qu'on y ajoute deux ou trois gouttes d'anhydride acétique et quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, on voit apparaître successivement les couleurs rose, bleue, puis verte. Si la quantité de cholestérine est très faible, la couleur verte seule se montreur0 On évapore prudemment sur une lamelle de porcelaine de la cholestérine et de l'acide nitrique concentré; le résidu forme une tache jaune; si, sans laisser refroidir, on y ajoute de l'ammoniaque, la coloration devient rouge.
o° Si l'on chauffe à feu rouge, sur une lame de porcelaine, de la cholestérine et de l'acide chlorhydrique renfermant du pcrchlorure de fer, l'on voit apparaître une coloration rougeâtre, puis violette, virant vers le bleu. La présence d'impuretés dans la cholestérine entrave la réaction.
11 existe dans le règne végétal et animal des isomères de la cholestérine. Ce sont : Visocholeslérine de Schultz, extraite de la lanoline. Elle fond à 138°-138°.5; elle est dextrogyre. On a isolé aussi trois isomères végétaux dont le point de fusion et le pouvoir rotatoire sont différents de ceux de la cholestérine vraie.
Pigment 6. Pigment biliaire. — Le pigment biliaire se rencontre prin-
cipalement sous la forme de bilirubine et de biliverdine.
Préparation du pigment biliaire. — On dissout le calcul qui renferme de la bilirubine dans l'éther, jusqu'à ce que l'éther
ne dissolve plus rien. Si l'on agit sur de la bile, on épuise le résidu par de l'éther jusqu'à ce que ce véhicule n'entraîne plus de pigment.
On reprend par l'eau, puis par l'acide chlorhydrique dilué le résidu insoluble; on le dissout alors dans le chloroforme chaud; on chasse le chloroforme par évapora tion, la bilirubine cristallise.
La majeure partie de ces corps est retenue sur le filtre lors de la décoloration par le noir animal; une faible partie se dissout dans l'alcool à la faveur de la dissolution de la cholestériuc et des acides biliaires. On reprend le magma de noir animal, on l'épuisé à plusieurs reprises à l'aide de chloroforme, on filtre, on évapore la solution chloroformique. On lave à l'alcool et l'éther, puis on redissout dans le chloroforme et l'on précipite le pigment par l'alcool.
La bilirubine (C32H36N4O6) est une poudre amorphe, jaune, rougeûtre, insoluble dans l'eau, dans l'alcool, dans l'éther; soluble dans le chloroforme, dans le sulfure de carbone. L'évaporation lente de ces solutions la livre sous la forme de cristaux prismatiques. Elle se dissout bien dans des solutions étendues de soude caustique.
Elle présente les réactions suivantes :
ln Réaction de Tiedemann et Gtnelin. — On laisse écouler prudemment quelques gouttes de la solution alcaline de bilirubine le long des parois d'un tube à essai contenant de l'acide nitrique chargé de vapeurs nitreuses, de façon que lc> liquides se superposent sans se mélanger; on voit apparaître^