‹ Technique de chimie physiologique et pathologiqueChapitre 15 sur 44 · DIGESTION PANCRÉATIQUE · texte numérisé non relu

DIGESTION PANCRÉATIQUE

Le suc pancréatique exerce sur le bol alimentaire une triple action : il transforme les substances protéiques en peptones et même en leurs sous-produits, tels que la leucine et la tyrosine; il émulsionne et saponifie les graisses; il transforme les féculents et les flextrines en sucre.

dette triple action n'est pas le fait d'un ferment unique; le suc pancréatique renferme trois principes actifs distincts l'un de l'autre : la trypsine, ferment qui transforme les substances albuminoïdes en peptones; Yamylopsine, qui saccharifie l'amidon; la stéapsine, qui émulsionne et saponifie les graisses.

Ces différents ferments peuvent être extraits et préparés soit isolément par des méthodes spéciales, soit globalement par la seule action de l'eau.

Préparation simultanée des trois ferments. Cette préparation livre en quelque sorte du suc pancréatique Extrait aqueux

ne p3ncrcds.

artificiel et, en étudiant les propriétés de ce liquide, on se place dans des conditions expérimentales analogues à celles que réalise la fistule pancréatique.

On débarrasse un pancréas frais de la graisse et du tissu conjonctif qui l'entourent; on le coupe en petits morceaux que l'on fait macérer dans de l'eau distillée froide. On empêche

très facilement la putréfaction soit par l'addition de 1 % de fluorure de sodium, soit par l'addition d'acide salicylique, ou de sublimé corrosif en poudre fine. Cette macération possède la triple fonction du suc pancréatique.

§ 1. — Ferment digestif. — La trypsine. Préparation de la trypsine; méthode de Kûhne.

Préparation On broie avec du verre et de l'alcool absolu un pancréas

de la Irvpsine. . . . , ^ . .

trais finement divise. Un dissout dans 1 eau a 0° le précipite formé et on le précipite de nouveau par l'alcool. On renouvelle cette opération à plusieurs reprises. Le ferment est alors encore assez impur; il renferme une substance particulière dont on le débarrasse en acidifiant la solution aqueuse de 1 % d'acide acétique. Après cette purification, on précipite de nouveau le ferment par l'alcool.

Le même auteur a préconisé un autre mode de préparation du ferment. On fait agir sur 100 grammes de pancréas bien divisé, de l'alcool et de l'éther, puis on fait macérer cette masse, après décantation de l'alcool, avec 500 c. c. d'une solution à 0.1 °/0 d'acide salicylique pendant douze heures à 40°. On filtre à travers un linge et l'on fait macérer le résidu de cette séparation avec 500 c. c. d'une solution de soude à 0.25 % pendant douze heures, en ayant soin de thymoliser la solution. Après filtration, on mélange les deux solutions.

Produits de la digestion par la trypsine.

Digestion Pour étudier en détail l'action de la trypsine sur les sub-

par la trypsine. , ,, .. , .. , . ,. , , ,,

stances albuminoides, il est indispensable d avoir recours au

ferment isolé plutôt qu'aux macérations de la glande dans

l'eau. En effet, pendant la macération, le ferment agit déjà sur

DK CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. <>7

le tissu même de la glande et en transforme la substance en peptone: on trouve donc déjà dans cette macération de l'organe les principaux produits que l'on doit rechercher pour caractériser l'action du ferment.

La trypsine agit sur les substances albuminoïdes qu'elle dissout rapidement et qu'elle transforme de la façon la plus rapide lorsque le milieu est légèrement alcalin. La température de choix est de 37° à 40°.

Ce ferment transforme la fibrine en une globuline, en albumoses, puis en peptone, puis en acides amidés (leucine et tyrosine). Il agit d'une façon analogue sur la gélatine qu'il dissout rapidement et qu'il transforme en glutose, en gélatine peptone et en acides amidés (glycocolle).

Nous nous bornerons à étudier l'action du ferment sur les substances albuminoïdes.

Schéma de la Méparation des produit* de la protéolyse.

Fibrine + trypsine ■+■ V2 °/o de C03Na!, température 40°.

On neutralise exactement par l'acide acétique + sulfate de

magnésie à saturation

\J/ Globuline Solution d'albumoses,

peptones

Précipitation du sulfate de magnésie.

S0*(NH*)* à saturation

V Albumoses Peptones et acides amidés

Évaporation

Cristaux d'acides Solut. d'antinept.

amidés + alcool

\]/ Peptones. Sol. alcool.

On soumet pendant quelques heures (deux à trois), à une température de 40°, de la fibrine bien lavée et finement hachée à l'action de la trypsine. On ajoute au mélange une faible quantité de carbonate de soude pour favoriser l'action du ferment (1/2 %) et l'on empêche la pullulation de microorganismes par la présence d'un cristal de thymol. La fibrine se dissout rapidement et subit les transformations énoncées ci-dessus. On arrête l'action du ferment en acidulant légère-, ment à l'aide d'acide acétique et l'on sature la liqueur au moyen de sulfate de magnésie en cristaux. La globuline qui a pris naissance se précipite; on filtre, on lave le précipité sur le filtre à l'aide d'une solution saturée de sulfate de magnésie et l'on exprime à la main ou à la presse. Les autres produits de transformation passent dans le filtratum.

Globuline. Préparation «le la globuline. — On reprend le précipité, on le divise dans l'eau et l'on élimine le sulfate de magnésie par dialyse. On continue l'action de la dialyse jusqu'au moment où tous les sels ont traversé la membrane. A mesure que la solution s'appauvrit de sels, la globuline se précipite. Lorsque la dialyse est terminée, on reprend le précipité dans une solution de NaCl à 10 % et l'on en étudie les propriétés principales. (Voir chap. VI.)

Allramoses. Préparation des alluinioses. — Les produits plus avancés de l'action de la trypsine sur la fibrine ont passé dans le filtratum. On débarrasse d'abord la liqueur du sulfate de magnésie; dans ce but, on porte la liqueur à l'ébullition, on y ajoute du carbonate de baryum jusqu'au moment où la solution ne renferme plus de sulfates. On s'assure qu'il en est ainsi par l'action

du chlorure de baryum. Puis on en sépare les albumoses; à cet effet, on sature la solution à l'aide de cristaux de sulfate d'ammoniaque; les albumoses se précipitent : on filtre, on lave le précipité sur le filtre a l'aide d'une solution saturée de sulfate d'ammoniaque.

. On élimine le sulfate d'ammoniaque par dialyse dans l'eau courante, que l'on prolonge jusqu'à disparition complète du sel, et l'on étudie les caractères des albumoses. (Voir chap. III : Digestion gastrique.)

Antiprptone. — La peptone et les produits plus avances Antipeptone. passent dans le filtratum.

La peptone produite par l'action de la trypsine n'est p;is identique a la peptone produite par l'action du suc gastrique. S'agit- il de corps chimi jucment différents? Nous n'en savons rien. Kùhne a donné à la peptone gastrique le nom d'amphopeptone. Celle-ci est attaquée par la trypsine et donne naissance à de la leucine et de la tyrosine.

Il donne, par contre, le nom d'antipeptone à la peptone produite par l'action de la trypsine. Celle-ci résiste à l'action de ce ferment et ne peut être transformée par lui en acide amidé.

Pour obtenir une quantité suffisante d'antipeptone, il faut prolonger l'action du ferment pendant cinq ou six jours et empêcher la putréfaction par la présence de thymol.

Préparation de l'antipeptone. — On débarrasse le filtratum de l'excès de sulfate d'ammoniaque qu'il renferme. On porte la liqueur à l'ébullition, on y ajoute du carbonate de baryum en agitant le mélange. On filtre pour séparer le sulfate de

baryte et on précipite l'excès de baryum dans le filtratum par addition, goutte à goutte, d'acide sulfurique dilué ; on filtre de nouveau et on évapore le filtratum a basse température : les acides amidés (leucineet tyrosine) se prennent en cristaux; on sépare les eaux mères par filtration ou par décantation ; on acidulé d'acide acétique; on précipite par l'alcool; on redissout et reprécipite à plusieurs reprises pour séparer complètement des dernières traces d'acides amidés, puis on dessèche dans le vide sur acide sulfurique ou bien à l'étuve à 1 10°. L'antipeptone possède les mêmes propriétés que l'amphopeptone; elle s'en différencie surtout par la résistance qu'elle présente à l'action de la trypsine. Par l'ébullition avec de l'acide sulfurique, elle ne livre que peu ou pas de tyrosine et ne fournit pas avec le réactif de Mi lion la coloration rouge net que donne l'amphopeptone, mais seulement une coloration qui varie du jaune sale au brun jaunâtre. Nous avons vu ailleurs que l'amphopeptone produit par l'ébullition avec de l'acide sulfurique de notables quantités de tyrosine, et avec le réactif de Millon, une coloration rouge pourpre intense.

Acides amidés. Préparation des acides .-iniidés. — Nous venons de voir comment on peut séparer ces corps de l'antipeptone; on peut aussi séparer l'une de l'autre la leucine et la tyrosine qui ont pris naissance.

On dissout la masse cristalline dans l'eau bouillante alcalinisée par l'ammoniaque et, tout en agitant la liqueur, on y ajoute de l'acétate basique de plomb jusqu'au moment où le précipité que produit ce sel n'est plus brunâtre, mais bien blanc; on filtre; on acidulé le filtratum chaud par de l'acide sulfurique dilué; on sépare le sulfate de plomb par filtration;

DE CII1M1K PinSIOI.OGIQUK.

on laisse refroidir et l'on abandonne le filtratum à la cristallisation : la tyrosine se prend en cristaux et s'élimine presque complètement.

On décante les eaux mères; on précipite l'excès de plomb par un courant d'hydrogène sulfuré, on filtre, on évapore et l'on fait bouillir pendant deux minutes environ avec de l'oxyde de cuivre hydraté. On traite à chaud par un courant d'hydrogène sulfuré, on filtre, on évapore et l'on abandonne à la cristallisation.

Cristaux de tyrosine et de leucine.

Tyrosine. — Acide paraoxyphénilamidopropionique Tyrosine.

OH C6Ht ^pusfu/îviu ïfOOH — ^a tvros'ne cristallise en fines

aiguilles brillantes, incolores, agglomérées en houppes. Elle

est peu soluble dans l'eau froide, un peu plus soluble dans l'eau chaude, insoluble dans l'alcool absolu et dans l'éther. Elle se dissout dans les alcalis caustiques et, dans les solutions de carbonates alcalins ; elle se dissout aussi dans les acides minéraux étendus et difficilement dans l'acide acétique.

Réactions. — 1° L'ébullition avec le réactif de Millon colore la solution de tyrosine en rouge intense.

2° Réaction de Piria. — On dissout la tyrosine dans un peu d'acide sulfurique, on chauffe pendant quelque temps au bainmarie; il se forme une combinaison dont la solution, neutralisée par du carbonate de baryte et filtrée, prend, en présence de perchlorure de fer, une coloration violette.

Leucine. Leucine. — Acide amidocapronique CR* — (CH2f.CH(NH2)C00H. — La leucine cristallise en petites lames d'un blanc brillant et parfois, surtout quand elle est impure, sous l'aspect de petites sphères rondes, analogues à celles que présente l'acide urique. Elle se dissout assez bien dans l'eau froide, mieux dans l'eau chaude, presque pas dans l'alcool. Quand elle est impure, elle est beaucoup plus soluble. Elle se dissout bien dans les alcalis caustiques et les solutions des carbonates alcalins ainsi que dans les acides minéraux concentrés. Prudemment chauffée, elle se sublime à 170° et se présente sous l'aspect de masses laineuses.

lirai (ions :

1° Réaction de Scherer. — On évapore prudemment sur une lame de platine de la leucine et de l'acide nitrique. La leucine laisse un résidu imperceptible, incolore, qui, chauffé avec

quelques gouttes d'une solution de soude caustique, prend une couleur qui varie du jaune au brun. Si l'on chauffe davantage, ce résidu se transforme en une gouttelette oléagineuse qui n'adhère pas au métal.

2° On chauffé de la leucine dans un tube à essai; elle se sublime et cristallise, dans les parties froides du tube, en masses d'un blanc laineux et dégage en même temps l'odeur de l'amylamine.

§ 2. — Ferment mastasique. — Amylopsine.

Préparation du ferment diastasique.

La nature du ferment diastasique n'est point encore déler- Amylopsine. minée comme l'est celle de la trypsine. On n'est pas encore parvenu à isoler le ferment à l'état de pureté; on peut cependant l'extraire de la glande en un état suffisant pour en étudier l'action ; pour cela, on traite par l'alcool le pancréas haché ; on dissout dans la glycérine le précipité formé, on précipite a nouveau par l'alcool et on isole le ferment.

Ce ferment est soluble dans l'eau, dans la glycérine; insoluble dans l'alcool; ditfusible. Son action est ruinée par l'action des acides forts et des alcalis caustiques. Une température supérieure à 70° le détruit. Pour les diastases d'origine animale, la température la plus favorable à l'action du ferment est aux environs de 40°.

On peut toutefois, sans avoir recours à l'extraction du ferment, en étudier les propriétés diastasiques en se servant de la macération aqueuse de la glande. Cette macération contient en effet une notable quantité d'amylopsine.

Action du ferment sur l'amidon cnit.

Saccharitica- Le ferment diastasique transforme rapidement l'amidon cuit ïamyiopsine. en dextrine et en un sucre fermentescible, doué d'un pouvoir rotatoire intense, la maltose; si l'on prolonge la durée d'action, on consate aussi la formation de glucose et d'isomaltose.

On fait digérer à une température de 35° à 40° de l'amidon cuit, dilué soit avec la macération aqueuse du pancréas, soit avec une solution de ferment.

Dès les premières minutes, l'action du ferment se manifeste : la solution d'amidon perd son opalescence et devient transparente. L'amidon s'est transformé en donnant naissance à des dextrines. Cette transformation se traduit aussi par une modification des caractères chimiques; l'iode ne colore plus la solution en bleu, il lui donne une coloration brun-acajou et même ne la colore plus; de plus, la solution, primitivement indifférente en présence du réactif cupro-alcalin, réduit la liqueur de Trommer et fermente en présence de levure de bière.

On peut schématiser ces transformations de la façon suivante :

Amidon cuit -(- ferment agissant à 40° filtré

Amidon „.,. [ dextrines

Filtratum

non transformé j sucres

-f- alcool en excès

Précipité de dextrines. Filtratum :

maltose, glucose.

L'action du ferment pancréatique est semblable à celle de la ptyaline, mais elle est plus énergique et plus rapide. La maltose (CGH10O^)2 appartient au groupe des bioses.

DK CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. 75

Nous avons indiqué plus haut les caractères de ces différents Maitose,

glucose.

groupes de corps; nous nous bornerons à indiquer ici le moyen de séparer l'une de l'autre et de reconnaître les deux variétés de sucres qui ont pris naissance.

On évapore au bain-marie pourchasser l'alcool et on réduit par évaporation au Vio du volume primitif.

On ajoute à la liqueur refroidie 10 grammes de chlorhydrate de phénylhydrazine et 20 grammes d'acétate de soude; on mélange intimement et on chauffe dans un verre de Bohême couvert au bain-marie pendant une heure et demie. Au bout de ce temps, on filtre la liqueur chaude. L'osazone de la glucose reste sur le filtre, celle de la mallose passe en solution et ne se précipite que par refroidissement.

On reconnaît ces composés à leur forme cristalline ainsi qu'à leur point de fusion et à leur teneur en azote.

§ 3. — Ferment saponifiant. — Stéapsine.

Ce ferment est le moins connu des trois ferments pancréa- stéapsine. tiques; il est instable, difficile à isoler. Il passe néanmoins dans les macérations aqueuses du pancréas en quantité suffisante pour qu'on puisse en étudier l'action. Il émulsionne les graisses et les saponifie, c'est-à-dire qu'il décompose les éthers d'acides gras, en acides gras libres et en glycérine.

Il suit de cette action même que pour mettre en lumière saponification

par l'action de ce ferment, il faut agir avec une graisse préalable- la stéapsine.

ment débarrassée de ses acides gras libres.

Pour la préparer, on dissout de l'huile d'olive dans l'éther

sulfurique; on agite cette solution éthérée dans une solution

de soude caustique; on décante l'éther, on le lave à l'eau, puis

on l'évaporé. Le résidu est la graisse privée d'acides libres.

On mélange intimement des volumes égaux de cette graisse et du liquide dont on veut étudier les propriétés saponifiantes; on agite de temps en temps le mélange et l'on maintient à 40° pendant cinq ou six heures l'émulsion fine qui s'est produite.

Extraction des acides gras libérés.

Acides gras. On ajoute à l'émulsion de la soude caustique et de l'éther, on agite modérément et, lorsque la séparation des liquides s'est opérée, on décante l'éther qui entraîne la graisse non transformée.

On reprend la solution alcaline; on l'acidulé nettement à l'aide d'acide sulfurique dilué, on reprend par l'éther à plusieurs reprises, on réunit les extraits éthérés, on laisse évaporer l'éther et l'on recherche dans le résidu la présence d'acides gras libres.

Pour séparer les différents acides gras, on maintient le résidu graisseux pendant deux ou trois heures à une température de 20°; la palmitine et la stéarine cristallisent. On sépare les cristaux, on les lave à l'alcool ordinaire froid et l'on exprime la masse. On chasse l'alcool par évaporation lente. Celui-ci laisse un résidu huileux ne cristallisant pas : l'oléine.

L'oléine, C3H5(C18H3302)3, est une huile incolore, jaunissant a l'air; elle est peu soluble dans l'alcool ordinaire froid, assez soluble dans l'alcool absolu, très soluble dans l'éther sulfurique.

Le mélange de palmitine et de stéarine cristallise sous une forme spéciale : sphères composées de petites plaques ou d'aiguilles irradiées autour d'un point central.

Page 1