VI PRÉFACE
entrant au laboratoire, se trouve paralysé par son inexpérience et s'oriente difficilement dans la technique des opérations chimiques élémentaires.
Tous ceux qui s'intéressent à l'enseignement de la médecine ont pu se rendre compte de la difficulté que comporte l'organisation des cours pratiques. Et pourtant, depuis vingt ans, l'enseignement des sciences médicales s'est à tel point modifié, qu'il ne peut plus se limiter aux cours parlés ; la transformation est radicale : que les exercices pratiques fonctionnent comme un complément de l'enseignement oral ou qu'ils constituent en eux-mêmes des cours distincts, ils doivent être largement organisés dans toutes les écoles de médecine.
Pour qui s'est préoccupé de suivre cette transformation, il est clair qu'elle s'accentue de jour en jour et qu'elle s'impose comme une nécessité. D'ailleurs, elle n'est qu'un symptôme de l'état général des esprits : nous croyons de moins en moins, et nous voulons juger par nous-mêmes. L'argument d'autorité, si puissant autrefois, est trouvé faible aujourd'hui ; la preuve est exigée; bien plus, l'élève ne se contente pas d'une démonstration faite devant lui, il désire y procéder lui-même, il demande à entrer au laboratoire.
Cette tendance est louable; elle doit être encouragée et nous devons nous efforcer, dans notre enseignement, de multiplier les contacts avec la nature, de stimuler chez les élèves le développement des facultés d'observation, trop souvent négligées dans l'enseignement moyen. Dans cette conception moderne de la pédagogie, le cours le plus parfait serait certainement celui dans lequel le professeur s'efface autant que possible et où l'élève, guidé par les conseils du maître, arrive à voir de ses yeux les phénomènes tels qu'ils sont.
PRÉFACE. vil
Nous sommes loin d'avoir réalisé cel idéal, mais il n'en esl pas moins vrai que l'extension toute récente de la méthode expérimentale a àféé pour tous ceux qui enseignent de nouveaux devoirs et pour tous ceux qui étudient, de nouveaux besoins.
Il faut aujourd'hui, dans les écoles de médecine, de grands laboratoires destinés non plus seulement aux professeurs, mais aux élèves; ceux-ci doivent trouver occasion de travailler par séries sans se gêner mutuellement; ils doivent aussi pouvoir se grouper et s'initier aux procédés de recherches; il faut qu'ils aient accès dans les laboratoires comme ils étaient autrefois admis dans les bibliothèques pour y puiser avec sûreté des renseignements relatifs à leurs études.
Cette organisation nouvelle a été partiellement réalisée à l'Université libre de Bruxelles, grâce à l'intelligente initiative de M. Ernest Solvay. M. le docteur Slosse s'est efforcé de répondre à ses vues en ce qui concerne la chimie physiologique; il a organisé des exercices pratiques que les élèves en médecine suivent librement. C'est pour leur éviter toute perte de temps, pour abréger les tâtonnements du début, qu'il a songé à condenser dans ce Manuel les enseignements techniques indispensables aux recherches de laboratoire.
En attendant qu'il lise les traités de chimie plus étendus dont j'ai parlé tout à l'heure, l'étudiant en médecine trouvera dans ce Manuel la ligne directrice ou le schéma de ses premiers travaux pratiques. L'enseignement oral, toujours supérieur au livre parce qu'il est vivant et direct, devra compléter ce schéma, entrer dans le détail. Au surplus, M. Slosse s'est limité à rendre compte des procédés qu'il a choisis et des méthodes qu'il a préférées. Il s'est dispensé de les exposer