CHAPITRE X
TRANSSUDATS.
[I existe toujours une certaine analogie de composition entre les transsudats et le sérum sanguin, dont ils proviennent; et cependant, chaque transsudat possède, dans son essence, un cachet spécial, que lui communique l'activité propre des cellules de l'organe où se fait l'épanchement.
Le liquide de l'ascite est légèrement différent de la sérosité de l'hydrocèle, etc., et cependant ils ont entre eux l'analogie d'une composition très voisine.
Ce sont en général des liquides ; parfois, ils ont une consistance assez prononcée et possèdent, comme c'est souvent le cas pour les liquides kystiques de l'ovaire, une consistance visqueuse.
Parfois ils sont limpides; le plus souvent ils sont louches et possèdent une fluorescence blanchâtre, due à la suspension de fines particules solides.
Leur densité oscille entre 1005 et 1060, c'est-à-dire dans des limites très étendues; leur réaction est alcaline.
On recherche dans les transsudats l'existence des différentes variétés de substances albuminoïdes, dont la présence et la nature ont souvent une grande valeur pour le diagnostic (pseudomucine) ; on y recherche les graisses et enfin le sucre, l'urée, etc.
§ 1. — Recherche des substances albuminoïdes. A. Recherche des substances albuminoïdes non dissoutes.
Lorsque le transsudat ou Pexsudat ne sont point limpides, il convient de les filtrer; les parties solides restent sur le filtre, tandis que les albumines dissoutes passent dans le filtratum.
On lave les matières retenues sur le filtre à l'eau, à l'alcool, puis à l'éther et l'on en détermine la nature.
Fibrine. Recherche de la fibrine. — En général, la fibrine se sépare
facilement par simple filtration. Pour la caractériser, on la soumet aux différents essais décrits ailleurs. (Voir chapitre V, p. 100.)
B. Recherche des substances albuminoïdes dissoutes.
Mucine. I. Recherche de la mucine. — On acidulé, à l'aide d'acide acé-
tique, 20 c. c. environ de transsudat; la mucine se précipite sous forme floconneuse, insoluble dans un excès de réactif.
La nucléo-albumine précipite de même, dans les mêmes conditions.
On récolte le précipité sur un filtre, on lave à l'eau acidulée et l'on redissout le précipité dans l'eau ; la pseudomucine passe dans le filtratum.
1° La mucine, bouillie pendant quelques minutes avec de l'acide chorhydrique à 5 °/0, puis alcalinisée, réduit le sulfate de cuivre à l'état d'oxydule (gomme animale).
La nucléo-albumine ne possède pas cette propriété.
± La nucléo-albumine renferme du phosphore; la mucine n'en renferme pas.
Pour rechercher la présence du phosphore, on mélange intimement la substance à analyser avec du carbonate et du nitrate de soude purs et secs; puis on incinère prudemment celte masse jusqu'à complète disparition du charbon. On laisse refroidir, puis on reprend le résidu par l'eau additionnée d'aride nitrique
L'addition de quelques gouttes d'une solution de molybdate d'ammoniaque dans l'acide nitrique détermine la formation d'un précipité jaune. Ce précipité n'apparaît que lentement à froid ; la chaleur en facilite la production.
î. Recherche de la pseudomucine. — On s'assure que l'addi- Pseudomueiae. tion d'une goutte d'acide acétique à un échantillon d'essai du filtra tu m, n'y détermine plus la formation d'un précipité. On ajoute alors au filtratum trois volumes d'alcool (9on), on filtre, on lave le précipité sur le filtre, à l'alcool, à l'éther; puis on le reprend par l'eau distillée.
I" La chaleur ne coagule pas la pseudomucine.
2" L'addition d'acide acétique y détermine un trouble vague, niais ne précipite pas la pseudomucine.
3" Bouillie avec de l'acide chlorhydrique et ensuite neutralisée par un excès de soude caustique, elle réduit le sulfate de cuivre à l'état d'oxydule de cuivre (réaction de Trommer).
5. Recherche de In glohulinc. — On mesure 20 c. c. du trans- Globalise. sudat limpide, puis on sature la liqueur au moyen de cristaux de sulfate de magnésie.
On filtre, on lave le précipité de globuline sur le filtre.
Albumine.
Albumoses et peptones,
à l'aide d'une solution saturée de sulfate de magnésie; puis on reprend le précipité par l'eau distillée; on, élimine par dialyse l'excès de sel ; on acidulé la solution à l'aide d'une ou deux gouttes d'acide acétique dilué et l'on détermine le point de coagulation de la globuline dissoute.
On chauffe lentement de l'eau distillée dans un verre de Bohême, on y place un tube à essai renfermant 4 ou 5 c. c. de la solution de globuline dans laquelle plonge un thermomètre. On lit sur l'échelle du thermomètre la température à laquelle la globuline commence à se troubler, c'est-à-dire la température à laquelle la globuline se coagule.
La myosine et le fibrinogène se coagulent à 55°-o6°.
La sérum-globuline se coagule à 72°- 75°.
4. Recherche de l'albumine. — On acidifie à l'aide d'acide acétique le fîltratum saturé de sulfate de magnésie, puis on soumet la solution à une dialyse énergique, et l'on chauffe en observant la température de coagulation; l'albumine se coagule à 60° et se prend en flocons vers 72°-75°.
Il faut noter que la richesse des solutions en sels relève en général le point de coagulation.
5. Recherche des albumoses et des peptones. — On procède en suivant la marche décrite plus haut (chap. IX, p. 493), on sature le fîltratum à l'aide de cristaux de sulfate d'ammoniaque; on filtre, on lave le précipité sur le filtre à l'aide d'une solution saturée de sulfate d'ammoniaque, puis d'alcool et «l'éther; on reprend par l'eau, et l'on caractérise les albumoses ainsi qu'il est dit plus haut.
Les peptones passent dans le fîltratum ; on les décèle facilement.
I>K CHIMIK. PHYSIOUMÎIQUK.
S 2. — Recherche des gravées.
Extraction «I «*s graisses. — On alcalinise faiblement, à raide de soude caustique, 50 c. c. de transsudat et on agite a plusieurs reprises avec de l'éther dans un entonnoir à robinet. On réunit les différents extraits ; on évapore la solution éthérée à température basse. Dans cet extrait se trouvent les graisses, la cholestérine, la lécithine.
Caractères des graisses. (Voir chapitres V et VII.)
(Iniissps.
Recherches de la choleslérine. — On extrait le résidu de l'éva- Cholestérine. poration par une solution alcoolique de soude caustique bouillante; on filtre et on évapore. On reprend le résidu dans l'alcool absolu bouillant, on filtre et on abandonne à cristallisation. (Voir chapitre IV, p. 82.)
Recherche de la lécithine. — On reprend par l'alcool une Lécithine. portion du résidu de l'extrait éthéré; on filtre, on évapore l'alcool. On mélange le résidu de cette évaporation avec du nitrate de soude et du carbonate de soude, et l'on fond cette masse, jusqu'à disparition du charbon. On reprend par l'eau chaude acidulée d'acide nitrique, et l'on recherche dans cette solution la présence du phosphore, au moyen du molybdate d'ammoniaque.
La formation d'un précipité de phosphomolybdate d'ammoniaque renseigne sur la présence de lécithine.
Recherche du sucre. (Voir chapitres VI et IX.) Recherche de l'urée. (Voir chapitres VI et VIII.)
Sucre.
Urée.
Créatine. Recherche de la créa Une. — On coagule l'albumine par ébulli-
tion; on filtre; on ajoute au filtratum de l'acétate de plomb, en évitant l'excès de sel; on filtre; on élimine le plomb par un courant d'hydrogène sulfuré, et l'on évapore la solution à une température inférieure à 50°.
Lorsque cette solution est suffisamment concentrée, on la porte dans un endroit frais, et l'on abandonne pendant sept à huit jours à cristallisation.
La créatine cristallise en prismes rhombiques durs; elle répond à la formule C4H7N302 -f H20 ; el,e Perd facilement son eau de cristallisation. Elle se dissout dans l'eau chaude, presque pas dans l'alcool, pas du tout dans l'éther.
Chauffée en solution acide, elle perd de l'eau et se transforme en créatinine.
Leucine Recherche de la leuc'me et de la tjrosine. (Voir chapitre IV.)
et tyrosine.
AHantoïne. Recherche de l'allantoïne. — On débarrasse le liquide à analyser de l'albumine qu'il renferme, par ébullition en présence d'acide acétique.
On filtre; on précipite par le nitrate mercurique, on retient le précipité sur un filtre, on lave à l'eau. On suspend le précipité lavé dans l'eau, on élimine le mercure par un courant d'hydrogène sulfuré, on filtre.
On réduit au bain-marie à un petit volume, puis on abandonne à cristallisation.
On caractérise l'allantoïde par sa combinaison avec l'argent : on alcalinise la solution à l'aide d'ammoniaque, puis on précipite l'allantoïde par le nitrate d'argent ammoniacal. Cette combinaison renferme 40.75 °/0 d'argent.
ANNEXER
Proportions de sonde anhydre et d'hydrate de soude dissoutes d'après leur densité.
(Geri.ach et SciniT, extrait du Chemikm Kalender.)