‹ Technique de la révolution syndicaleChapitre 10 sur 38 · L.es deux cultures · texte numérisé non relu

L.es deux cultures

question que nous venons de poser est capitale.

Les mauvaises réponses qui y ont été faites jusqu’ici ont été parmi les grandes causes des échecs du socialisme en Europe.

De nombreux socialistes, et même de nombreux syn^ dicalistes ont pensé que l’aboutissement du mouvement

L\ COOPÉRATION CULTURELLE

prolétarien était la conquête de la culture que Ton reçoit dans les écoles et lycées de la bourgeoisie. C’est une def raisons de l’embourgeoisement de nombreux militants Lorsque l’on considère qu’une classe sociale possède l’as» Cendant culturel, on finit par subir cet ascendant, — et i’on organise sa vie selon les valeurs culturelles de I9 classe qui possède la vraie culture.

Nous autres, syndicalistes prolétariens et révolutionnaires, socialistes de l’atelier et non de la chaire, nous considérons que le prolétariat doit mépriser la culture bourgeoise et créer la sienne, — qu’il doit préparer sut vie de demain selon ses valeurs propres, telles qu’elley ont été forgées dans sa conscience de classe productrice

Nous ajoutons que la culture prolétarienne est celle qui fournira la culture humaine de demain.

Et nous le prouvons.

La culture bourgeoise, répétons-le, c’est l’ensemble des jugements de valeur par lesquels sont exaltés ley sentiments, les passions de l’homme qui domine son semblable par l’argent, et qui fait scnrir toutes les connaissances humaines à l’accumulation des capitaux entre les mains d’une minorité.

La culture bourgeoise appartient à la série culturelle (culture aristocratique, théocratique, etc.) qui conçoit toute société humaine à deux classes, une classe dirigeante cultivée, — et pour laquelle la culture est un ipoyen de domination, — et une classe dirigée qui, par des moyens culturels, est dressée à respecter la classe dirigeante tenue pour supérieure à tous égards.

La culture prolétarienne, c’est l’ensemble des jugements de valeur, formés non par des intellectuels, mais dégagés de leur vie même par les Travailleurs, selon lesquels il n’y a de dignité humaine que sur la base du travail, de droit que celui qui est fondé sur le travail, et qui donne pour objet à l’activité humaine, non la domination de l’homme sur ses semblables, mais la libération de l’être humain par la science et le travail.

Les cultures aristocratiques nommaient héroïsme Tacte de domination de Thomme sur rhomme.

La culture prolétarienne nomme héroïsme Tacte qui met une force de la nature à la disposition de Thomme.

La culture prolétarienne exclut toute conception de la vie créant deux classes, Tune supérieure à l'autre. Elle est totalement humaine ; elle est la culture de combat par laquelle les sociétés humaines n'auront plus de classes, — où la culture ne sera pas la chose d'une élite libérée du travail quotidien, — mais la chose de tous les hommes, libérés par la machine des servitudes matérielles. Elle est l'introduction à l'humanisme intégral.

Il n'y a pas de compromis possible entre les deux cultures. L'opposition éclate aujourd'hui, à propos de la dise et du développement mécanique :

Les gens de l'ancienne culture (aristocrates, bourgeois, prêtres, politiciens, intellectuels arrachés au peuple) condamnent la machine comme la cause de la crise, regrettent le temps de l'artisanat et des portefaix, où l'effort pour le pain quotidien rendait impossible toute vie culturelle aux travailleurs, où la volonté de domination était nommée héroïsme pour les chefs et l'aptitude à la soumission vertu pour les salariés.

Au contraire, les hommes de la nouvelle culture, savants, techniciens et . prolétaires, louent la machine qui remplace les portefaix par le mécanicien qui a les loisirs nécessaires pour trouver, dans sa propre vie, que l'héroïsme est l'acte par lequel l’esprit de recherche et d’invention met la vapeur et l'électricité à la disposition de l’homme ; la vertu, le refus de nourrir les parasites sociaux.

Ignorance culturelle des teebuiciens et des prolétaires

Notre culture, elle est déjà dans nos actes.

Elle n'est pas encore dans notre vie.

Nous commençons à peine de prendre conscience de

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l’opposition culturelle absolue entre la bourgeoisie et nous.

Combien de militants du syndicalisme, de la coopération, du socialisme demeurent bouche bée devant la culture bourgeoise et ses représentants ? Combien admirent l’Académie et tous ses lauréats, tout ce monde pour qui la plus haute figure humaine demeure le guerrier, l’homme qui tue, • — ou le saint, l’homme qui se soumet et cherche la paix dans le renoncement, — alors que le socialisme ne doit admettre qu’une culture où la plus grande figure humaine est le producteur, l’homme qui crée, — et le révolté, l’homme qui refuse la misère et qui cherche la paix par l’abondance ?

Combien croient encore que, même en régime socialiste, la culture sera le privilège d’une élite, ce qui est essentiellement une conception anti-sociahste ?

Combien de prolétaires et même d’intellectuels d’origine prolétarienne n’ont de plaisir qu’aux manifestations culturelles bourgeoises ?

Pour les techniciens, combien s’évadent de la vie culturelle prolétarienne et entrent dans la vie culturelle bourgeoise, sans se rendre compte qu’ils trahissent leur propre fonction ?

C’est à cause de ces ignorances, à cause de ce sentiment d’infériorité du prolétariat que beaucoup ne croient pas à la possibilité d’une action culturelle autonome du prolétariat — ce qui est pourtant une nécessité.

Nous affirmons que le moment est venu où il est possible au prolétariat de prendre en mains la direction de sa vie culturelle. Ce n’est qu’une question de mise en œuvre et la coordination des moyens qui sont dès aujourd’hui à la disposition du prolétariat.

Possibilités caltnrelles énormes du prolétariat

Quelque admiration que nous ayons pour les vétérans de nos luttes révolutionnaires, il faut que nous nous libé-

rions des habitudes d’esprit que nous avons reçues de certains d’entre eux, — surtout de ceux qui ont surtout pris part aux luttes civiques.

Leurs habitudes d’esprit, ce sont celles d’il y a un demi-siècle, du temps où le prolétariat commençait d’apprendre à lire, à écrire, et à compter. H y a im demi-siècle, le prolétariat n’avait dans le monde de la culture qu’un nombre infime d’hommes, rares boursiers retirés de la vie prolétarienne. Alors il était inévitable que le prolétariat fût complètement subjugué par la culture bourgeoise. Ses militants de l’époque se soumettaient au prestige culturel des intellectuels venus de la bourgeoisie au socialisme ou des intellectuels d’origine prolétarienne demeurés sentimentalement attachés à leur classe mais intellectuellement conquis par la classe bourgeoise.

n reste de ce temps-là, dans toute l’étendue du socialisme, le sentiment d’une infériorité culturelle profonde. H faut que ce sentiment soit à jamais détruit. La tâche avait été magnifiquement commencée par la grande équipe des syndicalistes révolutionnaires, de 1890 à 1910, avec des hommes comme Pelloutier, Griffuelhes, Merrheim, Monatte et cent autres. C’est cette ascension culturelle prolétarienne qu’ont exprimée Sorel, Berth et Louzon.

Le mouvement fut au ralenti après le triomphe du dreyfusisme, — recouvert pendant trente ans. H renaît plus vigoureux, et possédant d’immenses moyens inexploités aujourd’hui.

Il y a d’abord dans le pays près d’un million d’hommes issus du prolétariat qui ont acquis, en même temps que d’immenses connaissances techniques, pédagogiques, scientifiques, une véritable culture à base rationaliste, encore pleine de conceptions appartenant à l’ancienne culture, mais qui les prépare au travail de découverte de la culture prolétarienne, de l’humanisme intégral.

Supposez que la moité de ces hommes soient embourgeoisés à vingt, cinquante, ou même cent pour cent, il reste un bon demi-million d’hommes aptes à constituer

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les bataillons de choc de la nouvelle culture (militants des groupes de la gauche sociale, du syndicalisme, de la coopération, instituteurs, professeurs, techniciens, savants, fonctionnaires).

Pour les représenter et les organiser, il y a enfin des organisations puissantes. Ligue des Droits de THomme, C. G. T., C. G. T. U., Partis socialistes, du communisme au socialisme français, groupements radicaux, groupements rationalistes, associations scientifiques et culturelles.

H est inconcevable que, avec une pareille troupe et de pareils moyens, la culture prolétarienne soit en si grand retard. Mais, répétons-nous que nous sommes une classe toute nouvelle, arrivée d’hier à la conscience de son existence et de son avenir. La bourgeoisie a mis beaucoup de temps à se donner sa propre culture, et s’il y a un nombre imposant de prolétaires qui ne pensent qu’à se donner un vernis culturel bourgeois, il n’y a pas si longtemps que les efforts de la bourgeoisie pour entrer dans la vie culturelle aristocratique ont inspiré le Bourgeois Gentilhomme.

Ce que nous devons connaître aujourd’hui, ce sont nos possibilités. Nous en ferons la revue tout à l’heure.

Tous les partis et les organisations prolétariennes doi'vent être associés pour construire les organismes matériels de la culture prolétarienne

Jusqu’ici les partis prolétariens ont peu fait pour la culture prolétarienne. H y a eu un moment où les partis prolétariens eussent été stupéfaits si on leur avait parlé de leur devoir culturel. A la fin du siècle dernier, il n’y avait guère que les anarchistes qui eussent une véritable passion pour la culture. Témoin : le supplément littéraire des Temps Nouveaux, qui est un des premiers efforts systématiques et suivis de culture prolétarienne, dirigé par

un prolétaire authentique, Jean Grave. C'est au surplus à ce centre que le syndicalisme révolutionnaire prit ses premières leçons.

Les partis socialistes ont surtout fait œuvre partisane. Us ont fait de la propagande, non de l'action culturelle. Dix tentatives culturelles ont été faites, sur le plan de l'édition ou du périodique, comme celle du Mouvement socialiste y avec Hubert Lagardelle, Georges Sorel, Edouard Berth et les syndicalistes de 1900, — ou celle de la Société Nouvelle d'Edition avec Bellais, Lucien Herr, Albert Thomas et les socialistes de l'Ecole Normale et de la Sorbonne, ou encore la Vie Ouvrière, avec Monatte et Merrheim. Le Parti ne sut ou ne put jamais les soutenir. Elles végétèrent ou disparurent.

Le Parti communiste a pourtant réalisé une entreprise culturelle d'une importance considérable, encore qu'elle soit soumise aux considérations de propagande du parti. Mais il n'est pas contestable que de nombreuses publications du Bureau d'Editions ou des Editions Sociales Internationales (celles-ci tout à fait distinctes du Parti) dépassent la propagande et font vraiment de l'éducation culturelle.

Deux centres culturels prolétariens au^entiques ont été créés par des syndicalistes : la Révolution prolétarienne, avec Louzon, Chambelland, Monatte, — l'autre, la Librairie du Travail, par Marcel Hasfeld. Mais leurs moyens de diffusion sont élémentaires. Et le syndicalisme est loin de donner à ces organismes le concours qu'il devrait leur fournir. Hasfeld a proposé, il y a dix ans, la création d'un organisme complet de diffusion. C'est le premier plan rationnel qui ait été fait ; aucune fédération, aucune confédération n'ont pris en main la réalisation de ce plan. Hasfeld travaille depuis dix ans au milieu de difficultés inouïes, appuyé par une équipe de camarades dévoués, avec qui il a pu réaliser une des premières cellules de la culture prolétarienne.

La C. G. T. a créé un Institut ouvrier où Lefrane,

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Laurat, Zoretti entre autres, travaillent sur le plan culturel. Mais c’est encore là un centre élémentaire comme l’est l’Ecole Socialiste fondée par le Parti,

Il faut constater que la raison de l’impuissance des Partis et des grandes organisations du prolétariat tient à l’esprit partisan des groupements qui ont appliqué les méthodes des groupes culturels du passé, lesquels considéraient qu’il y avait lieu de diffuser dans les masses l’idéologie ou la doctrine inventées par les intellectuels pensant pour le peuple. Du coup, orthodoxie et moyens pratiques du partisan. C’est un esprit qui n’a pas disparu, qui ne disparaîtra pas de si tôt, qui ne facilite pas la tâche culturelle, mais dont il faut tenir compte, et il faut réussir malgré le gros obstacle qu’il constitue.

Personne, en dehors de Marcel Hasfeld, n’a pensé qu’il y avait à construire une organisation générale culturelle à la disposition de tous les groupements prolétariens ou rattachés au prolétariat. Hasfeld est le premier à avoir eu l’idée et à avoir fait le plan de véritables Messageries prolétariennes^ qui sont la base matérielle nécessaire pour la production et la diffusion de la culture prolétarienne.,

L’organisme doit être contrôlé par tous les intéressés, Partis, Ligues, organisations syndicales et coopératives, de toutes tendances. Il doit être à la disposition de tous, et constitué de telle manière qu’il ne puisse être tourné au bénéfice d’un seul. Il doit être fait pour la culture, et non pour tel ou tel parti ; libre à chaque parti de l’utiliser à fond pour sa propre propagande, mais l’organisme doit demeurer général.

En d’autres termes : le capitalisme a ses maison» d’édition et ses messageries (Messageries Hachette, Maison du Livre) qui éditent et transportent sa culture, sous les différentes formes des différentes écoles.

Le prolétariat socialiste doit avoir ses maison^^ d’édition et ses messageries qui éditeront et transporteront sa culture, sous les différentes formes des différentes écoles socialistes et syndicalistes.

Alors la bataille culturelle pourra s’engager et le prolétariat décoùvrira sa prodigieuse richesse en hommes et en moyens.

Réalisations. Applications de la métliode coopérative d la production et d la diffusion cnltnrelles. Premières formes. Écueils

Depuis des dizaines d’années, on a cherché à résoudre le problème de la liberté pour la production culturelle.

On a échoué parce que l’on a presque toujours employé les méthodes capitalistes. On a voulu associer des capitaux pour publier la pensée socialiste : ou bien les capitaux ont été insuffisants ; ou bien ils ont été plus forts que la pensée, et les entreprises ont cessé d’être socialistes.

Enfin, on a vu se constituer des sociétés coopératives : Les Presses Universitaires, Les Editions Rieder, la Librairie du Travail. Ces entreprises étaient nécessairement à objectif limité. Elles ne visaient pas à une organisation générale de la production et de la diffusion culturelles. C’étaient des cellules vivant au milieu du système capitaliste de production et de distribution.

A ce sujet, il y a lieu de signaler très nettement deux écueils très sérieux : la neutralité et la centralisation.

Quelques-uns des premiers organisateurs de la coopération culturelle ont voulu appliquer la règle de neutralité qui vaut puur les coopératives de consommation.

C’est une impossibilité. Il est possible de vendre les mêmes sardines ou le même pain à un socialiste et à un catholique. Mais on ne vend pas le même produit culturel à ces deux hommes.

La coopération culturelle ne peut être organisée qu’entre hommes ayant les mêmes conceptions générales.

D’autre part, la coopération culturelle n’a pas pour objet de gagner de l’argent en vendant le plus possible de produits culturels.

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Elle doit être organisée pour répandre des produits culturels donnés, et pour les répandre bénéficiairement.

Deuxième point : la centralisation.

D’excellents organisateurs, comme les hommes qui ont assuré la prospérité des Presses Universitaires, ont considéré que la coopération culturelle devait être centralisée, avec une seule société-mère, contrôlant d’autres sociétés par le moyen de capitaux recrutés dans le monde de la coopération, et dirigeant la vie de sections dépendant, intellectuellement et financièrement, de la sociétémère.

C’est là une conception contraire aux intérêts de la culture, car on aboutirait à faire contrôler la vie culturelle par l’état-major d’une coopération complètement centralisée. Pratiquement, au bout de quelques années, la circulation serait sous la coupe d’un petit groupe de fonctionnaires.

Or, le contrôle de la circulation culturelle ne peut pas plus être abandonné à quelques fonctionnaires de la coopération qu’aux dirigeants des Messageries Hachette ou aux fonctionnaires de la Maison du Livre français. Nous devons nous organiser pour qu’il n’y ait aucun contrôle intellectuel possible. La loi de la coopération culturelle doit être la liberté sans réserve. Il n’y a qu’un moyen d’assurer cette liberté : c’est la décentralisation, c’est la constitution de dizaines de groupements de pro>ducteurs et de nombreux groupements de consommateurs tous associés pour gérer les organismes de transport et de diffusion, et s’obliger les uns les autres à respecter la liberté.

Une combinaisoBi du syndicalisme et de la coopération

Les instituteurs ont réalisé en 1933 une création d’une importance capitale : c’est la fondation de la Société Universitaire d’Edition et de Librairie (S. U. D.

E. L.), qui est sous le contrôle du S5nidicat National des Instituteurs et des Institutrices. Budel n'est pas une coopérative : c'est une société à responsabilité limitée, appartenant aux membres du Syndicat par une répartition des parts aux sections syndicales. En fait, c'est une sorte de coopérative de production et de consommation, dont les bénéfices auront une destination syndicale et corporative.

Le système n'était applicable que pour le Syndicat des Instituteurs : il s'agit en effet tout d'abord de la production, des livres scolaires qui sont consommés non par les instituteurs, mais par les écoles, c'est-à-dire par les municipalités. On ne pouvait associer les consommateurs, au moins pour le moment. La solution du syndicat national est donc, au moins provisoirement, satisfaisante. Le certain est qu'elle retire l'édition des livres scolaires au capitalisme et la fait entrer dans un système socialiste.

La création de la S. U. D. E. L. est un des événements les plus importants de la vie culturelle française : c'est le commencement de l'élimination du contrôle capitaliste à l'école. En effet, le capitalisme règne encore dans l'enseignement par les manuels scolaires qui sont fabriqués dans les maisons d'édition capitalistes, et qui demeurent conformes aux volontés des puissances d'argent. A partir du jour où les manuels scolaires sont rédigés et publiés par les instituteurs, sous là garantie syndicale, la situation est complètement renversée. L'enseignement tout entier, par la parole, par le livre et l'image, devient rationaliste et socialiste.

Application de la métliode coopérative

Nous devons à Georges Mer l'application de la méthode coopérative à la diffusion culturelle.

C'est lui qui la conseilla à la Compagnie d'organisation rationnelle avant sa fondation. Après deux ans d'études et de travaux pratiques, les organisateurs de la coo-

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pération culturelle sont arrivés aux conclusions suivantes :

La coopération culturelle doit être organisée dans les deux formes :

en coopératives ouvrières de production pour les écrivains et tous producteurs ;

en coopératives de consommation pour tous les consommateurs.

Les deux groupes s’associeront pour la gestion du magasin de gros.

Schématiquement, nous avons :

a) les coopératives d’écrivains et de tous producteurs culturels (coopératives de production) ;

b) les bureaux coopératifs de fabrication (coopératives de production réunissant les techniciens de l’édition) ;

c) les imprimeries coopératives (coopératives de production) ;

d) le magasin de gros des coopératives culturelles (créé en 1933 sous le nom de Maison Coopérative du Livre, du disque, du film, de la photoscopie et de tous produits culturels) ;

e) les sociétés coopératives culturelles réunissant les consommateurs individuellement (à raison d’une par département, avec autant de sections locales qu’il sera nécessaire).

Toute l’organisation aboutit au Congrès annuel et en repart ; c’est en effet à ce Congrès annuel que doit être adopté le plan annuel d’édition, préparé dans l’année par toutes les cellules de l’ensemble.

On se rendra compte qu’il s’agit d’un système complet, dont les bases n’ont rien de commun avec le système capitaliste. H ne cherche pas à se faire une petite place à côté des organisations culturelles du capitalisme. H est fondé pour les expulser entièrement. H est totalement révolutionnaire. Il est construit pour être un des organes de combat et de construction de la révolution totale.

Nous en décrivons ici les parties essentielles :

a) Coopératives de producteurs intellectuels (écrivains, cinéastes, etc,) — Elles sont fondées sous forme de coopératives ouvrières de production. Les parts sont de cent francs. Chaque coopérateur souscrit de cinq à dix parts : il verse le dizième à la fondation, et libère les 9/10 soit en travail, soit en espèces. Ces coopératives unissent des écrivains ou producteurs de même tendance ou de même fonction (par exemple : écrivains socialistes ; écrivains prolétariens ; écrivains communistes ; auteurs scientifiques ; auteurs techniques, etc., etc.).

Chaque coopérative dresse son plan de publications ; ses auteurs se groupent pour publier des collections ou des séries.

La fabrication des ouvrages est faite aux frais de la coopérative, chaque auteur étant responsable des frais de ses ouvrages.

Pratiquement, aucun avance n’est faite par la coopérative. Les ouvrages à publier sont mis en souscription. Les souscriptions sont inscrites au crédit de l’auteur, ainsi que toutes ventes. L’auteur est débité des frais de fabrication, qui sont couverts par les souscriptions. Quand ces frais sont dépassés, le produit bénéficiaire est partagé par moitié entre l’auteur et la coopérative.

Les bénéfices annuels sont répartis selon les usages des coopératives ouvrières de producteurs, et selon le travail de chacun. On laisse la plus forte part possible au fonds de réserve.

b) Bureaux coopératifs de fabrication, — Le rôle des auteurs étant strictement intellectuel, la fabrication doit être assurée par les techniciens de l’édition, qui remplacent l’éditeur actuel, mais qui n’ont pas pouvoir pour décider, comme l’éditeur d’aujourd’hui, de la publication d’un ouvrage. Ils sont uniquement chargés d’assurer la fabrication, et d’utiliser toutes les ressources des arts graphiques. Us sont rémunérés par un pourcentage sur les frais de fabrication. Chaque bureau possède sa mar-

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que. Sa firme \Jii quelque sorte. Les ouvrages publiés portent donc une double marque : celle de la coopérative de producteurs, celle du bureau de fabrication. Ces bureaux assurent en outre tous les services de statistique et de comptabilité des coopératives d'écrivains et de producteurs.

c) Imprimeries coopératices. — H n'y a pas à les décrire. On part de ce qui est — pour un développement systématique. Les imprimeries coopératives ont créé une société centrale, qui a pour objet leur rationalisation industrielle. On crée dès aujourd'hui une agence commerciale des imprimeries coopératives qui a pour objet de rassembler tous les travaux des camarades pour les diriger sur les coopératives.

d) Le magasin de gros. — Il est créé, nous l'avons dit, sous le nom de Maison Coopérative du Livre : il assure la vente exclusive des produits fabriqués par les coopératives de production. H joue, dans la coopération, le rôle des Messageries Hachette et de la Maison du Livre Français dans le capitalisme.

A ses conseils, sont représentés les producteurs, les techniciens, les consommateurs, les associations travaillant au progrès social : syndicats, coopératives générales de consommation, ligues, partis.

C'est l'organisme central du système, qui doit être sous le contrôle ou la garantie des différents organismes que l'on vient d'énumérer, — ceci en vue d’assurer une liberté entière à chacun en même temps que des efforts égaux pour la diffusion.

e) Les coopératives culturelles. — Ce sont les coopératives de consommation réunissant les consommateurs individuellement, à raison d'une par département, avec sections et succursales locales. Pratiquement, on en prépare l'organisation avec, à la tête de chacune, des conseils réunissant les principaux militants de la culture,

de la vie civique, du syndicalisme, de la coopération, de renseignement de chaque département.

La coopérative doit s'occuper de la vie culturelle de ses membres, fourniture de livres, disques, appareils de T. S. F., de cinéma, conférences, spectacles, culture physique, etc., etc...

Sa direction générale étant assurée comme il vient d’être dit, ses services commerciaux sont gérés par des techniciens intéressés. On recommande d’en confier la gestion aux meilleurs libraires et papetiers d’une région.

La coopérative doit tendre à créer un centre culturel complet dans chaque localité, centre où les coopérateurs organiseront pratiquement la vie selon les valeurs nouvelles. Tous les services doivent être gérés commercialement. Mais l’objet e»t de (îréer effectivement des cellules actives de la vie nouvelle, qui seront aussi distinctes de la vie dominée par le capitalisme, que les cellules des premeirs chrétiens pouvaient être distinètes du monde antique.

Nous avons esquissé le plan d’organisation de la coopération culturelle dont quelques parties sont dès aujourd’hui construites.

La première est entièrement réalisée : c’est la Maison Coopérative du Livre, pivot de l’ensemble.

Nous faisons appel aux organisations et nous leur demandons de la prendre en charge.

Elle a été faite pour devenir une propriété collective, pour être entre leurs mains l’instrument de libération et de conquête intellectuelle de la science, de la pensée libr, et des volontés prolétariennes.

A vous, militants et dirigeants des organisations, d’en

Appel aux organisations scientîfiqaes9 synclicales9 coopératives et politiques et à leurs militants

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assurer le développement par vos moyens financiers et par la collaboration de tous vos camarades.

A vous, associations scientifiques fondées pour continuer l’œuvre encyclopédique, Ligue des Droits de l’Homme, Parti radical. Parti socialiste unifié. Parti communiste, Parti de l’Unité prolétarienne. Parti socialiste de France, Parti socialiste français. Confédération générale du Travail, Confédération Unitaire, Confédération des Travailleurs intellectuels. Fédération des Coopératives de consommation et Fédération des Coopératives de production, à vous tous, ligues, syndicats et coopératives fondés pour le progrès culturel et social, — en premier lieu à vous. Fédération des Fonctionnaires et Syndicats d’instituteurs, à vous de faire que la cellule fondée par les techniciens de l’édition devienne les messageries générales de l’humanisme intégral.

Vous avez en mains tous les moyens utiles, hommes et capitaux. Vous êtes assurés d’avance de la collaboration de l’immense majorité des travailleurs intellectuels, du plus grand savant au maître de l’école la plus obscure du pays.

C’est à vous qu’il appartient de faire que, dans un temps qui peut être très rapide si vous savez prendre vos décisions, tous ces producteurs intellectuels, obligés aujourd’hui de louer leur cerveau au capitalisme, le mettent entièrement au service du prolétariat, assurés qu’ils seront de vivre dignement de leur travail justement rénuméré.

C’est à vous qu’il appartient de mettre en œuvre les formidables moyens dont vous disposez, et qui sont inemployés aujourd’hui, pour déclancher en France, en Europe, dans le monde entier, une offensive culturelle foudroyante, qui fera disparaître l’artificielle culture fasciste actuellement triomphante, et qui replacera l’humanité sur la route ouverte par l’Encyclopédie qui conduit l’homme par la discipline du travail, à la liberté totale de l’esprit et du cœur.

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