TOULOUSE, CAPITALE DE L^ELECTRICITE
Méditation sur la route d'Eget au lac d'Orredon
Eget. Petit groupe humain dans la vallée d’Aure ; douze maisons ; une usine avec onze hommes. C'est un des grands symboles de la force créatrice du monde nouveau.
L'usine : une grande halle, pleine de clarté, avec sept alternateurs énormes, tournant à une vitesse que l'esprit comprend, mais qui dépasse l'œil et l'oreille. Au milieu, adossée au mur du fond, une sorte de dunette, avec des manettes, des leviers, des feux rouges et blancs. Un homme sur la dunette. Personne dans la halle. Dix hommes en réserve, y compris l'ingénieur-chef. Et 35.000 chevaux sortent de l'usine et bondissent dans la plaine, disciplinés. 35.000 chevaux qui descendent du lac d'Orredon.
D'Eget à Fabian, automobile. A Fabian, la route muletière. Tu prends ton sac, et tu montes vers le lieu où la force est en réserve derrière le barrage construit par tes frères. La route paraît faite pour ton plaisir. Tu franchis la limite des habitations. Solitude. Silence. Le seul bruit du torrent sur les rochers au fond de la vallée. Montée lente et méthodique. Brèves haltes, délicieuses, le corps dilaté, les muscles détendus, sur l'herbe fraîche, et les lèvres rafraîchies par l'eau glacée. Ceri-
sîers sauvages. Sous-bois pleins de fraises. Enfin tu atteins les zones d’éboulis ; tu marches sur des morceaux de nuages. Le torrent est tari. PluB de sources murmurantes. C’est le grand silence près du ciel. L’âpre solitude.
Mais, soudain, tout près du domaine des aigles, trois maisons aimables, un jardin, des hommes. Tu presses le pas ; tu ne sens plus la fatigue ; tu veux voir comment tes frères conquièrent les sommets. Un dernier détour du chemin, avec un fantastique éboulis artificiel, produit de la dynamite. Et voici, dans un éblouissement, le lac et son barrage. Force et beauté. Au fond, la rive farouche, les sommets et les glaciers mirés dans Teau limpide. Ici, la rive humanisée : chemins et pelouses de parc, et quelques barques amarrées au pied d’un escalier de ciment.
Tout près de toi, creusé dans le roc, un canal ou bondit l’eau des glaciers. Un gouffre : l’eau disparaît. Trois lieues sous terre, ou dans les tubes, jusqu’aux turbines d’Eget.
Mon frère, c’est la mine du nouvel âge. L’homme ne va plus chercher la force dans les entrailles de la terre, loin du soleil. H va la capter près des sommets. Elle est dans l’eau des glaciers. Inépuisable : principe de force arrachée à l’eau sifflante des turbines ; principe de fécondité puisée à l’eau qui se répand dans la plaine. Du glacier à la terre, et de la terre au glacier par l’œuvre du soleil. Mouvement sans fin, source d’une fabuleuse richesse. C’est la mine du nouvel âge.
Redescends vers tes frères, va leur dire le miracle qui s’accomplit ici pour leur liberté. Cinquante hommes surveillent et manœuvrent cette mine prodigieuse, ces écuries célestes. Des millions d’heures de travail sont incorporées à la montagne. Des centaines de millions d’heures de travail seront lancées par la montagne dans la plaine. Une immense région va être appelée à une vie nouvelle par ce flot intarissable. On la disait morte. Elle sera la
TOULOUSE
plu; vivante. Vo*is la plaine ; elle attend de nouveaux labmrs. La houille noire fut le pain de Tindustrie. La houile blanche sera la fortune du nouveau paysan. Vois Toubuse : c’est une des capitales des temps nouveaux ; cœui et cerveau de cet immense bassin où coulent la Garome et cent rivières.
Redescends vers tes frères. Te voici de nouveau dans la soltude. Mais cette fois tu en connais le secret : invincible ît innombrable, une armée d’ouvriers travaille ici pour hs hommes. Le peuple des plaines le pressent. Mais il ne connaît pas encore la loi de ce nouvel âge où la force Mi vient du ciel. Il faut la lui dire. Il faut hâter la venue de ce jour où ces inlassables ouvriers des cieux et des naontagnes travailleront dans chaque foyer.
Tu rêves d’une immense leçon de choses, de fêtes de l’électridté, où, dans les flots bondissants des cascades, des torrents, sur les miroirs des lacs, sur les pelouses des montagnes, sur les sommets, sur les glaciers, les ingénieurs projetteraient mille feux changeants qui diraient, aur yeux éblouis d’un peuple accouru, le grand secret du nouvel âge.
Orredon, juillet 1928.
Uétude qui suit est le résumé de cinq années d’ohser-vations et d’analyses économiques et sociales dans le Sud- Ouest^ surtout dans la région pyrénéenne au sud de Toulouse.
Uétude qui suit est une véritable application c^économie planifiée, écrite à un moment où le « pla% quin^ quennal » soviétique était tout à fait inconnu en Europe, — et cinq ans avant que les « planistes » français eussent découvert la méthode du travail planifié. En 1923, le plan qui va suivre a été mis à la disposition des hinnmes les plus qualifiés pour en tirer parti : grands fhanciers et hommes d^Etat,
Ils n^en ont exactement rien tiré.
Toulouse, capitule de Vélectricité
Transformation économiqne dn Bassin de la Garonne.
Toulouse est appelée à prendre place au premier rang parmi les grandes cités de la civilisation nouvelle.
Toulouse sera une des grandes capitales du nouvel âge, une grande ville d’affaires, une grande cité de travail méthodique.
Toulouse sera une des capitales de l’électricité et particulièrement de l’électrification rurale. Ce qui signifie qu’elle sera le cœur et le cerveau d’une région dont toute l’économie va être transformée, de manière prodigieuse, par l’électrification générale et tout ce qui en découle.
Toulouse, cité intellectuelle, doit donner à la France l’exemple du travail méthodique pour l’organisation de la nouvelle prospérité de la région dont elle est l’animatrice naturelle. Sa réussite sera une des premières réussites du syndicalisme pour la création des nouveaux organes de coordination des sociétés modernes.
Toulouse a été un des grands centres de la civilisation latine. Elle a subi une longue éclipse.
Au milieu de la civilisation industrielle, elle paraissait ne vouloir et ne pouvoir briller que par le chant, les lef-
très et le droit. Ses détracteurs la présentaient volontiers comme une cité à titres historiques, mais déchue comme conductrice dans notre temps, lasse de vivre et é^être belle, rongée au surplus par les politiciens, et n'ayaiit d'autre ambition que de fournir à la France des chefs de clans politiques et des ténors.
Il y a eu incontestablement une décadence relative de Toulouse et de la région. Mais c'était une décadence accidentelle, et qui ne tenait pas au caractère de ses habitants, Ce midi, que l'on a dénigré systématiquement en le présentant comme la terre bénie des politiciens et de la vaine éloquence, est la terre de grands soldats et de grands administrateurs. Les deux victoires de la Marne ont été conçues par des cerveaux de ce midi-là : Joffre, Foch, Galliéni. Rien n'est plus faux que d'attribuer au caractère gascon et languedocien cette décadence accidentelle du Midi.
La vérité est que Toulouse. " ' Gascogne, le Languedoc et la région pyrénéenne ont été en dehors de la grande activité économique du xix® siècle parce qu'ils ne possédaient pas ces matières premières ou ces moyens de production qui font d'une région un des pivots de l'économie industrielle.
Dans l'industrialisation générale, Toulouse et sa région dépourvues de houille, demeuraient grand îlot agricole, en dehors des grandes routes économiques internationales.
Les hommes de grande valeur, n’ayant point sur place l’emploi de leurs facultés, émigraient vers les régions fécondées par la houille. L'agriculture, abandonnée à elle-même, délaissée par l'intelligence qui ne lui a pas donné l'effort qu'elle donnait à l'industrie, demeurait routinière. Et dans l’absence de moyens d’occuper les activités dépassant une vie économique médiocre, il s'est développé, tout naturellement, une vie de clans politiques, qui a valu au Midi toulousain la réputation qu'il a encore, et qui est profondément injuste.
TOULOUSE
Toulouse, capitale agricole, où une bourgeoisie rentière consommait ses revenus en se donnant aux lettres, aux arts, au droit et à la politique, était délaissée par les grands courants de Téconomie moderne parce qu’ils ne s’y alimentaient pas.
La situation va changer brusquement. En une décade.
Parce que Toulouse se trouve au centre d’une région fabuleusement enrichie 'par la houille blanche venue des Pyrénées, des Cévennes et du Plateau Central.
A l’époque de la houille, le Nord fut la plus riche région.
A l’âge de l’électricité, la richesse du Midi est fabuleuse par ses mines de houille blanche.
L’organisation de ses mines, c’est-à-dire l’équipement de ses chutes, de ses torrents, de ses rivières, de ses lacs est largement commencée. La région pyrénéenne dispose dès aujourd’hui de 500.000 chevaux sur les deux ou trois millions que l’on peut prévoir. Le mouvement continuera automatiquement.
Mais il reste à organiser la richesse qui doit sortir de l’usage de l’électricité. Ce n’est pas l’électricité qui est la richesse, c’est l’usage que l’on en fera. Une région houillère pouvait s’enrichir en vendant sa houille au dehors. Le Midi s’enrichira en employant lui-même son électricité. No-n point seulement pour le transport et la lumière, mais, et ceci est capital, pour le développement de la production industrielle et agricole.
La fabuleuse richesse pour le Midi, c’est donc la transformation économique de toute la région par les applications de l’électricité à l’industrie, à l’agriculture et à l’habitation, ce qui entraînera un développement considérable des stations thermales, des centres touristiques, des centres intellectuels, et ce qui fera de toute la région, et de Toulouse en particulier, un des plus importants carrefours de la vie internationale.
Il faut tout de suite appeler l’attention sur ce fait que la transformation agira profondémnt sur l’économie
agricole. En effet, tandis que, dans la plupart des régions agricoles, le règne de la houille n’a eu que des conséquences indirectes et après plus d’un demi-siècle, par le développement de la machinerie agricole et des chemins de fer, le règne de l’électricité aura des conséquences directes sur l’économie agricole par le fait que l’électrification apportera sur place la force utilisable pour l’exploitation agricole elle-même. Et ce fait, à son tour, va engendrer un autre fait dont les conséquences seront énormes pour l’agriculture : les applications électriques à l’exploitation agricole vont introduire dans l’agriculture les méthodes rationnelles de mesure et d’emploi du temps de travail qui ont si fortement augmenté le rendement industriel depuis cinquante ans.
Hommes d’Etat, administrateurs urbains et ruraux, professeurs et éducateurs, financiers et producteurs de la terre et de l’usine peuvent se préparer au travail : une tâche magnifique les appelle entre le Plateau Central et les Pyrénées. Et pour les poètes, qu’ils sachent que Toulouse sera illustrée par d’autres jeux que les jeux floraux : ce sont les jeux de l’électricité qui vont faire sa richesse et sa gloire. Aux poètes de donner à Toulouse les chants du nouvel âge.
La nouvelle économie commandée par l’électrification.
Les considérations que nous réunissons ici valent pour tout le bassin de la Garonne, étant donné que les installations hydro-électriques constituent et constitueront une ceinture de mines aériennes sur l’ensemble des pentes de ce bassin.
Toulouse est la capitale de ce bassin, dont les deux ports sont naturellement Bordeaux et Cette appelés de leur côté à une nouvelle croissance.
TOULOUSE
La particularité des installations hydro-électriques dans le oassin de la Garonne, c'est qu'elles entourent une immense région agricole, toute une combinaison de plaines et de vallons cultivables, où doivent être employés les millions de chevaux qui descendront des pentes du bassin.
Toute différente est la région des Alpes, dent les installations hydro-électriques ont surtout une destinée industrielle du fait que toute la région est un système de vallées avec d'étroites bandes propres à l'agriculture, et qu'elle est dépourvue de grands espaces cultivables d'un seul tenant. Il faut aller jusqu'au Rhône pour trouver une longue plaine, mais qui ne constitue pas un ensemble économique homogène.
Dans la région des Alpes, les producteurs d'électricité cherchaient la vente du courant pour les entreprises de transport, l'éclairage des villes et villages, et les applications industrielles. Les applications agricoles exigeaient trop d'effort et ne permettaient pas assez de rendement, à cause du morcellement des installations, pour que les compagnies pussent s'en occuper avec fruit. Il n'y a donc pas eu à proprement parler d'électrification rurale : il n'y a eu qu'éclairage, transport et électrification industrielle.
Dans le bassin de la Garonne, tout est possible, et l'on aura l'emploi des innombrables chevaux hydro-électriques pour :
Les transports par fer (opération réalisée) ;
Les transports par eau (à réaliser) ;
Les transports urbains (largement réalisés) ;
Les usages ménagers urbains (seulement amorcés) ;
L'éclairage urbain et rural (réalisé pour près de 50 %) ;
Le développement des stations thermales ;
Les installations industrielles (opération amorcée) ;
La construction urbaine et rurale (travail à peine ébauché) ;
Mais le gros et très gros morceau sera l’application
de rélectricité aux usages agricoles, dans les bâtiments et sur la terre même, travaux et manoeuvre de l’irrigation compris. Et ceci grâce au fait que le bassin de la Garonne, plaines vallonnées de cinq mille kilomètres carrés, ceinturées de montagnes productrices de force, permettra, par sa constitution même, l’emploi rémunérateur des forces hydro-électriques.
Quatre millions de chevaux, au bas mot, seront donc à la disposition du bassin de la Garonne pour le développement de son industrie et de son agriculture. Cela signifie que la puissance de production du bassin de la Garonne sera doublée, triplée, quintuplée. Pratiquement, il serait imprudent de fixer des limites à ce développement que l’on prévoit formidable.
Où va être conçu et organisé ce développement ? Où vont s’installer les sociétés d’études, de financement, de production, de coordination qui vont prendre, morceau par morceau, tout le travail à accomplir ? Nécessairement à Toulouse, qui sera le cerveau pour vingt centres nerveux de la région.
Toulouse va donc devenir une grande cité d’affaires moderne.
Mais son premier devoir est de faire un plan de travail et de se donner une méthode de réalisation.
Plan de travail et métliode de réalisation
En 1830, pour le développement économique du pays on ne donnait d’autre direction aux citoyens que le conseil d’enrichir. Chacun se lançait selon ses préférences. Ce'ift a produit une économie individuelle qui a fait de grandes choses, mais qui est responsable de graves erreurs. C’est le passé.
Le temps de l’individualisme est fini.
La prospérité est aujourd’hui une chose qui s’organise
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socialement, syndicalement, par la collaboration des collectivités. Elle exige un plan de travail, une méthode de réalisation, conçus par des individus, mais adoptés par les collectivités.
Sans ces conditions, on risque de sérieuses déceptions. C'est ce qui est arrivé dans le Sud-Ouest où, depuis la guerre, de nombreuses affaires ont été lancées trop tôt, et se sont effondrées, parce qu'elles n'avaient pas été prises dans l’ordre de réalisation.
Car il y a un ordre de réalisation.
Exemple : si l’on entreprenait aujourd’hui l’application de l'électricité à tous les besoins agricoles, si l'on fondait des entreprises dès maintenant en partant de cette idée que ce sera la grande richesse du Midi, on irait à coup sûr à une immense déception, parce que rien n'est prêt à cet égard, ni les esprits, ni les habitations, ni les terres. H y a tout un travail de préparation à faire et qui, d’ailleurs, peut être hâté considérablement s’il est entrepris et poursuivi méthodiquement.
Mais comme, d’autre part, on ne pourra l'entreprendre efficacement que si le mouvement général est déclenché, il faut déterminer un ordre de réalisation qui permettra de travailler tout d'abord aux entreprises à rendement relativement rapide, et dont le succès donnera à la région confiance en elle-même.
Nous posons donc :
Le, bassin de la Garonne, étant doté d'une production de force qui augmente considérablement ses moyens de production, entre dans une période de grande activité économique, industrielle et agricole ;
2° Conformément à la loi du développement économique du monde moderne, cette activité doit être organisée rationnellement, et il y a lieu de constituer un cerveau, c’est-à-dire un centre d’informations de réalisation et de coordination pour la mise en valeur de la région ;
3“ Ce cerveau doit être formé par une syndicalisation générale des communes intéressées, avec le concours des
syndicats de producteurs, qui créeront, au centre de la région (à Toulouse) Torgane central d’impulsion, lequel créera à son tour les vingt bureaux techniques qui communiqueront avec les sociétés de toutes sortes (sociétés financières, industrielles et commerciales, coopératives de production et de consommation, coopératives de vente et d’achat) qui prendront la responsabilité de réaliser le plan de travail tout entier, morceau par morceau.
Ceci posé, un premier plan de travail peut être ainsi proposé :
1® Constitution d’un comité d’initiative qui provoquera la fondation d’un comité d’organisation, lequel provoquera une assemblée de représentants des communes syndiquées, et des syndicats de producteurs de toutes classes, laquelle nommera un organe exécutif qui formera les bureaux techniques et les organismes d’exécution.
Dans toute la région cet organisme représentera l’intérêt général.
2° Campagne de lancement provoquant la fondation de comités d’études industrielles et agricoles, de sociétés de réalisation, qui seront invitées à se fédérer pour travailler de concert avec les bureaux techniques et selon les plans adoptés par l’assemblée représentant l’intérêt général. C’est la représentation des intérêts particuliers.
3° Organisation des concours techniques chargés d’établir le plan général de transformation de la région, l’ordre de réalisation, et les plans particuliers pour chaque catégorie économique, tous ces travaux et plans devant être mis à la disposition des sociétés privées de réalisation adhérant à la fédération.
4® Etablissement du plan général et des plans particuliers pour :
a) Transformation des villes et des agglomérations agricoles ;
b) Transports par fer, par eau et par avion ;
c) Transports urbains et interurbains ; routes et autostrades ;
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d) Electrification urbaine (applications ménagères, artisanales) ;
6) Développement des stations thermales ; tourisme ; publicité régionale ;
/) Usages industriels de Télectricité : industries à développer et industries à faire naître ; industries saisonnières de montagne ; agglomérations ouvrières ; habitations ;
g) Mines et carrières ;
h) Irrigation : machinerie spéciale, pompes et éclusage électrique ;
i) Applications agricoles ; machinerie de culture et de travail intérieur (machinerie collective) ;
j) Construction urbaine et rurale ; urbanisme spécial au Midi ; études des types nouveaux de constructions industrielles ; de bâtiments agricoles ; d’habitations urbaines ;
h) Presse et enseignement ;
Z) Vie intellectuelle ;
m) Lancement général de la région.
Voici une première ébauche de notre plan. Nous allons maintenant l’examiner en détail. Mais nous commencerons par le paragraphe 4, remettant l’examen des trois premiers paragraphes en conclusion, après avoir rendu sensible la nécessité de l’action collective, de la coordination, des efforts par la méthode syndicale que nous avons indiquée.
Plan général et plans particnliers.
L’ordre de réalisation que nous venons d’esquisser est établi en tenant compte de ce fait que la réussite générale, aussi rapide que possible, ne peut être obtenue que dans la mesure où l’on provoque des réalisations bénéfi-
ciaires pour les intérêts privés qui s’engageront pour tous les travaux à exécuter.
La région, les départements, les syndicats des communes et les communes peuvent se donner à des tâches de rendement lointain. Les particuliers ne le peuvent pas.
Pour les intéresser pratiquement à une œuvre d’intérêt général, et c’est nécessaire, il faut dérouler l’œuvre dans l’ordre de rendement.
n n’est pas nécessaire d’expliquer pourquoi, dans cet ordre, on classe les opérations comme il suit : transformation des villes (entreprises du bâtiment) ; développement des stations thermales ; développement industriel ; électrification agricole.
Avant d’entrer dans l’examen détaillé du plan d’ensemble, une observation d’ordre général :
H est très important d’observer que la transformation économique du bassin de la Garonne sera relativement peu entravée par des installations récentes. Le bassin de la Garonne a été peu modernisé parce qu’il a été peu industrialisé. C’est ce qui lui rendra plus aisé le passage à une organisation tout à fait moderne. Il n’aura pas à détruire les installations industrielles périmées construites ailleurs à l’épcque de la houille.
A. — Transformation des villes ET DES agglomérations AGRICOLES
Toutes nos villes datent, nécessairement, du temps de l’économie individualiste. Elles ont été construites pour une économie où le petit atelier était la cellule économique, avec le petit magasin, et où magasins et ateliers étaient répandus à peu près également dans toute la ville, au milieu des habitations, — sauf dans les quar- / tiers dits « aristocratiques ». La ville ainsi organisée avait une faible circulation, elle pouvait avoir des rues étroites, — ce qui convenait particulièrement aux villes du Midi, auxquelles les rues étroites donnent la fraîcheur indispensable au travail.
TOULOUSE
Lea villes se transforment peu à peu. Mais, se reconstruisant presque sur les plans anciens, elles sont engorgées.
Chacun sait que Tengorgement de Paris est devenu catastrophique.
H faut prévoir cela pour quelques grandes villes du bassin de la Garonne appelées à devenir les grands centres moteurs de La transformation économique.
Grâce à cette prévision, on obtiendra de prodigieux résultats, aux moindres frais.
Il faut faire un plan type de ville moderne, selon lequel les municipalités transformeront leurs cités, en tenant compte de leurs convenances particulières.
Qu’est-ce que la ville moderne ?
La ville moderne est une ville différenciée, c’est-àdire que son centre est exclusivement occupé :
1® Par les entreprises de financement, de contrôle, d’organisation, de liaison, de coordination des entreprises de transport et des industries qui sont hors de la ville proprement dite ou même fort loin de la ville ;
2® Par les magasins de vente au détail des produits manufacturés et par les bureaux de vente en gros ou de réception des commandes des industries ;
Ces entreprises et magasins sont et seront de plus en plus désindividualisés, sinon socialisés. Ils appartiennent à des compagnies, à des sociétés. Ils sont tout à fait séparés de la vie privée de ceux qui y travaillent. La nécessité de rapports fréquents les oblige à se grouper, et, autant que possible, par groupes économiques, ce qui crée une circulation intense dans les quartiers où ils sont installés.
Une ville moderne, c’est donc un ensemble de bureaux et de magasins séparés des habitations qui ne sont pas nécessairement dans la ville. Théoriquement, une ville ou mieux une agglomération industrielle peut être ainsi conçue :
a) Le noyau central comprend les bureaux et magasins ;
b) Autour de ce noyau, une zone d'ateliers ;
c) Au delà, la zone des habitations.
Le soir, le noyau central et la zone des ateliers sont à peu près déserts.
Cette disposition donne essentiellement une ville de travail et une ville de repos. Ce n'est pas une commodité, c'est une nécessité.
On peut gagner beaucoup de temps en prévoyant et en organisant cette transformation.
L'absence de plan et de prévisions a fait de la banlieue de Paris une des plaies profondes de la nation.
Toulouse étant destinée à devenir une grande agglomération, avec industries, doit prévoir sa transformation en fonction de la formation économique générale du bassin de la Garonne.
Elle doit prévoir un centre avec grands immeubles spécialisés, sa zone industrielle et sa zone d'habitations.
Ce travail de transformation des villes est commencé et poursuivi méthodiquement en Allemagne. En France, il est mené selon des données déjà anciennes. Il est à reprendre entièrement.
Le centre des villes doit être exclusivement réservé aux administrations, aux bureaux industriels et commerciaux, et aux grands magasins. Ses organes doivent être tassés sur le plus petit espace possible, donc avec constructions en hauteur, et larges avenues pour une circulation intense.
Ce problème de la transformation des villes pose pour le Midi un curieux problème de construction. La ville méridionale ancienne avait des rues étroites, des murs très épais contre la chaleur. La ville moderne a besoin de rues larges, et les murs épais seront exclus de ses bâtiments. Les constructeurs devront donc concevoir des bâtiments spécialement aménagés contre la chaleur, et
TOULOUSE
trouver le matériau résistant, léger et isolant qui conviendra aux immeubles spéciaux à construire.
Le problème intéresse surtout les grandes villes du bassin de la Garonne, qui ont à prévoir d'énormes opérations portant sur la démolition et la reconstruction de quartiers entiers. En dix ans, et non en cinquante ans. En fait, toutes les villes sont intéressées, car le même problème se posera dans la petite ville comme dans la grande. Toutes les agglomérations du bassin de la Garonne doivent prévoir leur transformation au milieu de la poussée économique qui va se produire.
Pratiquement, une assemblée de municipalités et de S5mdicats de producteurs doit étudier un plan-type, d'après les travaux des urbanistes modernes, et conçu pour les nécessités particulières du Midi.
Ce qui est vrai pour la ville l'est également pour le village rural.
Le village rural est appelé à subir une transformation considérable. H a été construit pour une économie agricole à base strictement individuelle. H doit se transformer en village à services collectifs. Cela se fait déjà sous la pression des nécessités. Cela doit se faire rationnellement.
La commune rurale ne peut pas vivre, dans l'économie nouvelle, avec un simple secrétariat de mairie. A sa mairie doit être annexé un bureau technique capable d'étudier toutes les questions relatives à la fourniture d'électricité, d'essence, d'engrais, etc., à la commune. Les communes devront prévoir les magasins communaux pour la machinerie collective, etc. La commune doit avoir son cerveau technique, comme la ville, et son immeuble spécialement aménagé pour des services qui n'existaient pas au temps de l'individualisme agricole total.
B. — Transports par fer^ par eau et par avion.