I. — Applications agricoles
Machinerie de culture et de travail intérieur.
Nous voici au point capital. La grande, très grande richesse du bassin de la Garonne, ce sera une nouvelle exploitation du sol grâce à la force fournie par la houille blanche. Mais nous nous trouvons ici devant un travail de longue haleine qui a contre lui :
Une routine plusieurs fois séculaire ;
L’ignorance générale, l’absence d’éducation scientifique ; une éducation contraire ;
La dispersion et les faibles dimensions des installations agricoles ;
L’inadaptation de ces installations à la machinerie nouvelle ;
L’impossibilité de l’utilisation d’un certain matériel par les petits propriétaires ; etc...
Il faut d’ailleurs se rendre compte, dès qu’on aborde le problème de l’électrification rurale qu’il s’agit d’une véritable révolution.
En effet, toutes les installations agricoles sont faites sur un type séculaire, traditionnel, construit en fonction
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de Tutilisation des forces auxiliaires fournies par les animaux domestiques : le cheval, le bœuf et l’âne.
Méthodes de culture, constructions, mœurs sont commandées traditionnellement par cette utilisation des animaux domestiques. Et ceci est vrai depuis les temps historiques.
L’établissement agricole a été, dans tous les pays du monde, la cellule-type d’une économie familiale, où une famille trouvait toute sa subsistance avec l’utilisation de la force fournie par les animaux domestiques, qui étaient nourris par le sol même de l’établissement.
Tout change avec l’électricité : la force viendra de l’extérieur, et sera utilisée par des moyens dont la famille rurale n’a pas la pratique et pour lesquels l’installation agricole n’a pas été aménagée.
(E est bien entendu que, pour nous, électrification agricole signifie : emploi de la force électrique pour les travaux agricoles, et non point seulement éclairage des villages et habitations).
On irait à de grosses déceptions si l’on cro3'ait pouvoir transformer la vie rurale en quatre ans.
Il faut vaincre les habitudes séculaires et qui sont vraiment dans la chair du paysan. Plus que ces habitudes : une législation, des coutumes, certaines formes de la propriété et une passion pour certains modes de transmission de la propriété.
Il est certain que la nécessité et l’intérêt vont faire une violente pression sur les classes rurales pour les obliger à s’adapter promptement aux nouvelles conditions de l’exploitation agricole. Mais il ne faut pas se dissimuler que l’œuvre demandera de sérieux efforts et qu’elle se fera très lentement, très mal par ces méthodes de l’individualisme.
n faudra le concours syndical des municipalités, de l’enseignement, de la presse, des syndicats de producteurs de force, des S3aidicats de fabricants de machines pour mener à bien, rationnellement, l’œuvre à entreprendre.
n faut littéralement changer l’état d’esprit de l’exploitant rural. H faut lui donner l’état d’esprit de l’industriel moderne, dont l’intelligence est exercée à rechercher méthodiquement l’économie des efforts et la mécanisation du travail partout où c’est possible, et où cela paraissait impossible il y a un demi-siècle.
L’électrification agricole posera inévitablement :
La question de l’étendue et de la forme des cultures, donc du remembrement de la propriété, ou même d’une transformation de la propriété permettant un large usage des machines, et un amortissement raisonnable de la machinerie ;
La question de la réfection des installations agricoles dont aucune n’a été faite pour recevoir des machines, ni pour contenir un atelier de réparations avec magasinage des pièces de rechange. La question de l’éducation scientifique et pratique de tous les travailleurs ruraux, hommes et femmes ; donc la question de la transformation de l’enseignement primaire rural, l’école devant s’annexer un véritable atelier-école, autant en vue des travaux agricoles mécanisés et électrifiés qu’en vue des travaux ménagers et des travaux intérieurs de La ferme.
Enfin, il faudra étudier et résoudre le problème de la machinerie collective qui sera une nécessité absolue pour les villages ruraux.
Pour cette œuvre immense et dont les résultats seront prodigieux, on gagnera des années et peut-être des décades par une préparation méthodique à laquelle on peut intéresser les producteurs de force et les fabricants de matériel, à qui on peut demander d’étudier, avec les syndicats agricoles, des installations-types. Et l’on gagnera encore plus de temps si l’on obtient le concours systématique des syndicats d’instituteurs et de professeurs et de la presse.
Enfin, nous verrons, à la fin de cet exposé, comment on peut porter un coup décisif par une grande opération de lancement.
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J. — Constructions urbaine et rurale.
Nous avons vu que la transformation économique pose le problème de l’urbanisme dans tout le Midi, avec ses particularités. Les solutions de Turbanisme pour le Midi ne seront pas les mêmes que celles qui sont ou seront trouvées pour les villes du Nord. Les principes seront les mêmes. Les formes changeront.
Ici encore, solution sociale, syndicale. Il appartient aux syndicats de municipalités, aux syndicats de producteurs, aux syndicats ouvriers, aux syndicats agricoles, de faire étudier par les techniciens de l’architecture et du bâtiment, les types nouveaux de « building » ; — de l’immeuble industriel ; — de l’établissement agricole ; — de l’habitation urbaine ; — des constructions de stations thermales.
Idée dominante : substituer des données rationnelle^s, avec matériaux nouveaux, aux procédés traditionnels, par lesquels on se défendait contre la chaleur, avec le é système des rues étroites et des murs épais qui doivent être abandonnés. Considérer que toutes les constructions nouvelles seront faites pour une population dont l’activité économique sera accrue dans une proportion considérable et qui, par conséquent doit être placée, en toute saison, dans les conditions du plus grand rendement au bureau et à l’usine.
K. — Presse et enseignement.
La presse et l’enseignement seront les deux grands moyens par lesquels l’idée générale motrice de la transformation économique dans l’esprit des hommes, la presse pour le lancement, l’enseignement pour l’indispensable préparation de la jeunesse à sa nouvelle tâche.
Aux syndicats de presse du bassin de la Garonne d’étudier les moyens par lesquels ils assureront le plus efficacement le lancement de la région chez ses propres habitants. Cela aussi se rationalise. A la presse de sou-
lever Tenthousiasme pour une nouvelle jeunesse du Midi, pour un grand exemple d'organisation et de travail méthodique à donner à la France.
Et pour renseignement, c'est une très grande question qui lui est posée : il doit résoudre pratiquement ce problème de la substitution du maître d'école au père et à la mère pour une préparation à la vie qui, jusqu'ici, s'est faite dans la famille, et qui ne peut plus être faite ni par le père ni par la mère, à cause des connaissances scientifiques et professionnelles qu'elle exige.
C'est la question de la préparation à la vie ménagère et à la vie économique par l'école, préparation qui n'est point faite aujourd'hui et qui devient une nécessité absolue, à cause du retentissement qu'elle aura dans la production. Pour la ville, c'est la nécessité du bureauécole, avec toute sa machinerie nouvelle de bureau ; c'est aussi l'atelier-école, avec sa préparation aux habitudes rationnelles de travail ; pour la vie rurale, ce sera aussi l'atelîer-école. Et toute une pédagogie nouvelle.
Aux instituteurs du bassin de la Garonne d’aborder le problème et de le résoudre.