L. — La Vie intellectuelle
Cette grande transformation économique du Midi entraîne nécessairement un splendide épanouissement intellectuel. Revoyez l’énumération que nous venons de faire, et calculez ce que cela représente de travail d'université, de travaux juridiques, d’études scientifiques pour toutes les industries» d’enseignement technique, de cours politiques, économiques et sociaux.
Et si vous voulez bien considérer que les deux grands centres intellectuels du Midi, Toulouse et Bordeaux, vont devenir des centres de communication de tout premier ordre, vous vous rendrez compte que c’est une vie intellectuelle originale et singulièrement féconde qui est appelée à s'organiser dans le bassin de la Garonne.
TOULOUSE
Moyens de réalisation
Que faut-il pour exécuter le plan que nous venons d’exposer sommairement ?
Des hommes ;
Des institutions ;
Des capitaux.
Et une méthode, qu’il faut choisir.
Car il y a deux méthodes différentes.
L’une consiste à former un groupe fiancier qui prend tout en mains, apporte des capitaux, achète tous les concours qu’il faut, prend le contrôle des sociétés existantes, crée les autres dont il tient les rouages ; corrompt la presse, les partis, obtient de grands résultats, est le seul et vrai maître incontrôlé, dicte ses volontés, partout, et finalement met en pays en coupe réglée.
C’est une méthode, qui peut donner des résultats particuliers et généraux, mais qui est contraire à l’esprit et au fait démocratique, et qui conduit en fin de compte à la catastrophe.
L’autre méthode, celle du syndicalisme, consiste à fédérer les efforts, à associer les hommes et les capitaux, à soumettre les capitaux à la direction des talents et des compétences, à utiliser largement le concours des grandes individualités, animatrices de l’économie moderne, mais en les limitant par le contrôle des Collectivités. C’est une méthode plus lente au départ, mais finalement plus sûre, plus fructueuse et plus juste, parce qu’elle permet une répartition socialement plus équitable de bénéfices dont la première cause est le progrès social.
Cette méthode est celle à laquelle nous donnons notre adhésion.
Ceci posé, cherchons des solutions pratiques :
Nous voici, avec une grande idée à mettre en valeur.
Première opération. Nous avons à chercher les hom-
mes qui s'en saisiront et constitueront un premier comité d’initiative. Des hommes de tous les partis, car l’œuvre à accomplir nécessite la collaboration de tous les partis. Mais de tous les partis progressifs, car il est très évident que l’on ne peut travailler à cette œuvre avec des hommes pour qui l’ensemble des progrès techniques est une abomination.
Deuxième opération : transformation du comité d’initiative en comité d’organisation avec des personnalités de premier plan, représentant les départements et les groupes économiques.
Troisième opération : convocation à Toulouse, en une première assemblée constitutive, des représentants des municipalités et des syndicats pour constituer un organisme directeur tenant ses pouvoirs non de lui-même, mais des intéressés. Et présentation à ce congrès d’un premier plan de réalisation pratique.
C’est à ce congrès que l’on propose alors la formation d’un grand Bureau technique du Bassin de la Garonne, qui sera l’organisme exécutif du Congrès, et qui sera compartimenté en autant de sections qu’il y a de problèmes spéciaux à résoudre. Voici l’institution centrale.
A partir de ce moment, les travaux seront poursuivis sur deux plans très différents, mais liés entre eux.
Aux Bureaux techniques issus du Congrès appartient l’étude générale des travaux à entreprendre, la liaison entre les municipalités et les syndicats de producteurs, la création des bureaux techniques dans les départements et communes, l’établissement du plan général, toutes directives pour la réalisation et les pouvoirs de contrôle auxquels se soumettront librement les réalisateurs.
Aux sociétés financières, industrielles, commerciales, aux coopératives de toute sorte de réaliser le plan général, chacune dans les limites de ses moyens et de sa compétence, et selon les plans établis par les Bureaux techniques du Congrès, et dans des conditions économiques générales qui pourront être définies par accords
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entre les Bureaux techniques et la fédération de ces sociétés.
Ainsi sont satisfaites la liberté nécessaire à la création et la discipline sociale et technique indispensable au travail dans notre temps.
Comment les sociétés privées accepteront-elles les plans et règles du Congrès et de ses bureaux techniques ? Par ce moyen que, seules, bénéficieront des travaux et de Tappui du Congrès et de ses organismes les sociétés qui donneront leur adhésion au programme général de la région.
Il faut prévoir un budget, et qui sera gros, car il y aura du travail, et de nombreux techniciens à rémunérer, en dehors des travaux qui seront faits par les syndicats : le budget sera alimenté par les cotisations des membres actifs : par les subventions des municipalités, par les dons et legs de toute sorte, et enfin par les versements que feront les sociétés privées adhérentes, et proportionnellemnt aux bénéfices qu’elles retireront de l’action générale. Si vous voulez vous représenter l’importance d’un budget ainsi rétabli, veuillez calculer ce que représentera, s’il est rationnellement organisé, l’apport des sociétés financières, industrielles, commerciales, agricoles, des coopératives de consommation, d’achat et de vente, qui vont se former ou se développer pour prendre chacune leur part de réalisation dans le développement économique de tout le bassin de la Garonne, pour équiper les stations thermales, mettre au point les transports, construire les quartiers nouveaux dans les villes à aménager, bâtir des centaines d’usines, équiper des dizaines de milliers et des dizaines de milliers de foyers, de fermes, d’usines pour l’usage de l’électricité, fournir des appareils et des machines aux ménages, aux bureaux, aux usines et aux fermes et métairies.
Représentez-vous que, désormais, le bassin de la Garonne va être un des plus grands chantiers de France, peut-être d’Europe, et vous aurez quelque idée de la
contribution que pourront fournir à votre œuvre de coordination tous ceux qui en seront les bénéficiaires directs.
Un régionalisme 'rivant.
Gascons, Languedociens, Pyrénéens, Basques et Catalans, quelle œuvre se présente à vous ? L’organisation de votre prospérité, vous le voyez tout de suite, mais aussi la réalisation d’un régionalisme vivant, et d’un régionalisme qui peut prendre, si vous savez le conduire à bien, la valeur d’une grande expérience humaine.
En effet, il ne s’agit plus là d’un régionalisme littéraire, juridique, historique, linguistique qui n’est souvent qu’une sorte d’archaïsme sans lendemain, ni de ce régionalisme électoral et sentimental qui ne conduisait absolument à rien, — ni de ce régionalisme artificiel construit par la liaison d’institutions vieillies et sans force. H s’agit d’un régionalisme vivant, agissant, constructif, qui pousse avec le mouvement économique le plus récent, — un régionalisme appelé par la vie d’aujourd’hui et même par la vie de demain. Si le plan que nous vous présentons aujourd’hui a un défaut, c’est qu’il est un peu une anticipation. Mais les hommes du Midi savent prévoir l’avenir.
C’est un régionalisme qui va se construire pour être une des grandes cellules de l’Europe en formation. La paix européenne, pour se fonder et pour durer, appelle ces formations régionales où les peuples organiseront de leurs mains leur nouvelle prospérité, qui leur rendra sensible le fait que leur grandeur et leur richesse leur viendront du travail et non de la guerre.
Et cette organisation rationnelle de la production, dans la justice économique et sociale, où échouent la ploutocratie et le communisme, organisation qui est ime des impérieuses nécessités de notre temps, les techniciens voient aujourd’hui qu’elle n’est pas réalisable si elle est
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faite par décrets d’Etat, ou par décisions de Conseils d’administration, dans le cadre national, parce que, dans ce cadre, elle dépasse les facultés de surveillance et de contrôle de l’homme* i
Il lui faut le cadre régional pour se fonder, pour réussir, pour associer tous ceux qui en seront les véritables ouvriers, pour éliminer ceux qui voudraient en être les parasites, pour faire travailler de concert les intérêts divergents ou contradictoires, pour contrôler enfin les résultats, juger les hommes sur des faits, non sur des paroles, et organiser autour d’eux cet appui populaire sans lequel rien ne peut être fait de durable.
Nous disons que c’est une grande expérience humaine que le Midi est appelé à faire, avec les plus grandes chances de succès, une grande expérience d’organisation économique, de création des nouvelles institutions, et de justice sociale. Une grande expérience, une grande œuvre, qui deviendra le symbole de ce nouvel âge, où la force nouvelle de l’électricité, qui le caractérise, apparaît comme une des grandes libératrices de l’homme. Car c’est grâce à elle que seront créées les conditions économiques et sociales où le travailleur, de plus en plus libéré de l’effort physique, verra croître sa grandeur et sa dignité.
Lie lancement rationnel s les fêtes de l’électricité
Voici notre premier plan établi : nous proposons de gagner du temps. Pour réussir, il faut convaincre beaucoup de gens, démontrer, expliquer par le papier imprimé et par la parole. Ne nous dissimulons pas que cela demande beaucoup de temps. Or c’est nécessaire : toute l’entreprise ne réussira bien que lorsqu’elle sera dans tous les esprits. Comment abréger le temps de lancement, le
temps des premières réalisations ? Il y en a un, vieux comme le monde, qu’il faut expliquer en le renouvelant : c’est le moyen des fêtes, des expositions qui rendent les idées visibles vivantes,
H faut « lancer » la région transformée, n faut que les habitants du bassin de la Garonne aient en images, sous leurs yeux, leur pays transformé et la force qui est leur richesse, et que les Français et les étrangers, appelés dans le pays, voient, de leurs yeux, le nouveau Midi vivant, travaileur, inventif, constructeur, organisateur du nouvel âge.
Cette nécessité est déjà sentie : c’est ce qui a donné lieu en 1928 aux fêtes de Carcassonne et aux fêtes de Canfranc. II faut faire mieux :
Organiser dans le bassin de la Garonne les fêtes de Vélectricité.
Par fêtes de l’électricité, nous entendons un ensemble de manifestations, rassemblées dans une période relativement courte, six semaines à deux mois, en été, et qui comprendraient des fêtes, des concours et des expositions, c’est-à-dire :
1° Des fêtes de lumière :
A organiser dans quatre ou cinq grandes vallées de montagne électrifiées, avec une illumination des cascades et des torrents ; illumination de sous-bois ; illumination de sommets ; fêtes de lumière sur les lacs supérieurs. Fêtes hebdomadaires. L’accès des hauteurs étant facilicé par des moyens mécaniques et électriques. Les ingénieurs n’auront aucune peine à organiser de féériques jeux de lumière, et de prodigieuses illuminations telles que le monde entier n’en aura jamais vues.
2® Des concours de lumière^ d’éclairage urbains; d’installations ménagères :
On organisera ces concours entre les villes : concours d’illuminations ; concours d’éclairage de monuments publics. En six semaines, vingt grands concours entre les départements. H y a d’étonnantes trouvailles à faire pour
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les villes à terrasses faisant face aux Pyrénées. A l’intérieur des villes concours d’éclairage de magasins. Concours d’installations ménagères. Au chef-lieu de chaque département, on construit une maison complètement électrifiée avec tous ses appareils en place, et séances de démonstration.
3® Des expositions.
Des expositions d’un caractère nouveau, c’est-à-dire des villages complètement équipés électriquement. On divisera le bassin tout entier en quatre grandes zones qui prendront chacune à charge l’installation complète d’une petite commune à construire entièrement, avec sa mairie pourvue de tous les organes d’une municipalité moderne, ses ateliers-écoles, sa machinerie collective, ses bornes publiques de prise de courant, ses installations agricoles entièrement électrifiées, son système d’irrigation à éclusage électrique assuré par le fonctionnaire communal, etc.
Dans les villes, des maisons entières organisées ; des écols pourvues de leurs ateliers de liaison entre l’école et la vie des producteurs.
Efin, à Toulouse, dix congrès de la houille branche et de ses applications ; une foire de l’électricité ; le tout terminé par un grand congrès du Bassin de la Garonne, la distribution des récompenses aux lauréats des concours, distribution des récompenses aux lauréats, un formidable défilé de délégations des départements, aux lumières, devant les autorités de la République, et Toulouse embrasée !
Telle est la politique que nous proposons aux citoyens et aux producteurs du Bassin de la Garonne. Nous ajoutons qu’il n’est pas dans nos intentions de faire de ce programme de travail notre chose. Nous le jetons dans le domaine public. Notre honneur sera de l’avoir conçu, et de travailler à sa réasilation.
Septembre 1928.