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!LA cooPÉRATioiv cui.turc:l.l,e:
Plan pour une organisation rationnelle «fe la coopération culturelle
ILe progrès cuïturel, condition nécessaire de tout progrès Itnmain
Lie premier bien de la vie, c’est la liberté.
La liberté est pour l’homme but et moyen.
But : la vie ne vaut d’être vécue que dans la liberté. Le progrès humain n’a de sens que s’il tend à la plus grande liberté humaine. Il a libéré l’homme des tyrannies. H tend à le libérer des servitudes matérielles.
Moyen : le progrès qui conduit à la plus grande liberté ne peut être acquis que par la liberté totale de l’intelligence.
La condition nécessaire de la marche ascendante à la liberté est le progrès culturel ininterrompu.
C’est pourquoi nous avons inscrit le progrès culturel au premier rang de nos tâches.
Rôle de rintelligence dans le progrès^
Le progrès culturel est nécessaire à la réalisation de toutes transformations économiques et sociales.
La vie intellectuelle et culturelle n’est pas un phéno-
mène de surface dans la vie des peuples. Elle est intimement liée à La vie profonde de l’humanité.
Le mouvement vient des profondeurs insconcientes de l’homme ; mais il passe par l’intelligence pour trouver ses formes juridiques, économiques, sociales.
Les mutations des espèces animales se produisent dans l’inconscient par création d’organes nouveaux.
Les mutations de l’espèce humaine se produisent dans le champ de la conscience, par le moyen de l’intelligence, qui invente les outils et machines, exprime en valeurs culturelles le mouvement de l’inconscient, et construit les institutions nouvelles qu’appelle le mouvement.
Or, l’humanité est dans une de ses plus grandes périodes de mutation. Nous avons à comprendre la crise que nous subissons, afin de débarrasser notre esprit des valeurs devenues sans efficacité, de comprendre le sens de révolution brusquée qui s’accomplit et de créer les institutions exigées par le mouvement historique.
H nous faut donc organiser ime vie culturelle d’une prodigieuse intensité, entièrement libre devant toutè's les idées reçues, et dont les démarches, pour l’analyse et la construction, ne pourront être arrêtées par aucune considération pour les intérêts et pouvoirs établis.
Le capitalisme contre le progrès culturel, contre la liberté et la cnltiire
C’est précisément cette vie culturelle qui est étouffée par le capitalisme et par toute la bourgeoisie. Alors que la mutation qui se produit exige de tous un effort intellectuel et culturel considérable, le pouvoir capitaliste organise l’abêtissement du peuple, par la presse, le livre, le théâtre, le cinéma. H ne permet même pas à ses sala^ riés intellectuels l’étude scientifique des phénomènes qui
LA COOPÉRATION CULTURHLLE
se produisent dans le monde entier. La bourgeoisie occidentale est, à cet égard, d'une ignorance effroyable. Le capitalisme se conduit exactement comme TAncien Régime agonisant, et qui croyait que la répétition des vieilles formules suffisait à arrêter la marche de THistoire.
Aujourd’hui, dans tout le monde civilisé, le capitalisme, par le moyen de la violence fasciste cm de l’argent, menace, étouffe et détruit même la liberté et la culture.
Le capitalisme a servi autrefois la liberté et la culture contre la féodalité, contre les monarchies militaires. Dans sa lutte, il a servi le progrès humain.
A bout de course, impuissant à organiser le monde, îl se retourne aujourd’hui contre la liberté et la culture parce qu'il sait que ce sent les armes par lesquelles son pouvoir sera définitivement ruiné et finalement remplacé.
Dans toute l’Europe, le capitalisme travaille à déconsidérer la liberté, comme il travaille à restaurer ou à consolider les vieilles puissances cléricales, aristocratiques, ou même idéologiques qui redoutent la liberté intellectuelle.
Sur l’ordre du capitalisme, six Etats, Italie, Allemagne, Hongrie, Yougoslavie, Pologne, Autriche, ont fait des révolutions contre la liberté. En Angleterre, en Belgique, en France, en Suisse même, des groupes importants d'intellectuels d’origine bourgeoise, même socialisants, doutent de la liberté,
La bourgeoisie, attachée au capitalisme industriel ou financier, est devenue incapable de servir la liberté et la culture.
Désormais le salut de la culture et de la liberté est lié à l’ascension sociale du prolétariat, contre qui est fait le mouvement autoritaire du capitalisme et des partis politiques qui le servent.
Nous sommes en mesure aujourd’hui de comprendre pleinement le salut que Georges Sorel adressait au prolétariat au début du siècle :
« Saluons les révolutionnaires comme les Grecs salué-* rent les héros Spartiates qui défendirent les Thermopyles et contribuèrent à maintenir la lumière dans le monde antique ».
La vie ciiiturelle son» le contrôle capitaliste
Présentement, toute la circulation intellectuelle est sous le contrôle du capitalisme financier et industriel aidé de la petite bourgeoisie.
Il y a un dénivellement formidable entre la nécessité culturelle et la pauvreté de Tappareil dirigeant que le capitalisme impose à la culture.
Il faudrait à l’humanité, à la France, un grand conseil culturel où seraient réunis les plus éminents des producteurs intellectuels, ayant la volonté de mettre la vie culturelle de tous à la hauteur de l’évènement.
Or, toute la circulation intellectuelle en France est actuellement sous le contrôle de quelques hommes étrangers à la culture, et quelques-uns d’une lamentable insuffisance, même au point de vue de l’organisation du profit capitaliste. Ces hommes sont à la tête des institutions créées par le capitalisme pour contrôler la culture :
En première ligne, les Messageries Hachette, dirigées par deux hommes, Edmond Fouret et René Schœller, qui sont de remarquables organisateurs, mais à qui on ne peut vraiment pas demander de faire fonctionner contre le capitalisme l’énorme machine qu’ils ont montée ;
Le Syndicat des Editeurs et le Cercle de La Librairie, tous deux présidés par Gabriel Beauchesne, éditeur catholique, et spécialement éditeur des Jésuites, ce qui le qualifie très mal pour présider à la diffusion de la « pensée française ». Ce M. Beauchesne est, par surcroît, le président le plus inapte à ses fonctions que les éditeurs aient pu choisir ;
La Maison du Livre Français, organe de diffusion possédé par les éditeurs et les librairies, fondée après la
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guerre par Valois, mais présidée aujourd’hui par Robert Mainguet, de la Maison Plon, catholique et réactionnaire, assisté d’un conseil d’administration qui représente la bourgeoisie des éditeurs et la petite bourgeoisie des librairies, et où Marcel Rivière est le seul homme de gauche sur vingt-quatre membres.
Il convient de signaler que le groupe Hachette et le groupe de la Maison du Livre Français sont en bataille. La plupart des éditeurs et la grande majorité des libraires sent violemment opposés au « monopole » Hachette tenu pour eux comme dangereux pour la « pensée française ».
Nous n’avons pas à prendre parti pour l’un ou l’autre groupe, qui sont tous deux des groupements capitalistes : le groupe opposé à Hachette est aussi peu respectueux de la liberté intellectuelle que l'organisation Hachette. Il n’y a entre les deux groupes qu’une rivalité sur le plan du capitalisme — mais aucune opposition sur le plan de la culture.
Naturellement, il n’y a pas de censure officielle. Mais les liens financiers et éconconiques sont aujourd’hui tels qw’îZ est absolument impossible de publier un ouvrage analysant scientifiquement V économie générale ou tel ou tel secteur de Véconomie,
Plus exactement, on peut publier, c’est-à-dire imprimer, un tel ouvrage. Mais il n’y a aucun moyen de mise en vente.
Toutes les publications socialistes sont savamment boycottées, dans certains lieux sur décisions prises par les intéressés, — en général, avec le concours tacite de tous les agents de vente, qui sont presque tous anti-socialistes. Ce n’est pas du tout parce que les ouvrages socialistes sont invendables (car ils sont de très bonne vente), c’est parce que les agents de vente ne veulent pas les présenter au public.
Mais tout l’organisme fonctionne à plein rendement en faveur de toutes les expressions de la pensée capita-
liste, qu’elle soit d’ Action française ou qu’elle se camoufle sous une étiquette socialiste nationale. Sous les diverses apparences du socialisme, le capitalisme sait reconnaître les siens.
Le contrôle cultarel ratioisnellcnicnt organisé Vérification ô'une prévision marxiste
Si vous voulez vérifier les prévisions de Marx, observez l’édition et la librairie : là le phénomène de la concentration capitaliste est observable sous deux aspects :
Premièrement, sous l’aspect du contrôle bancaire :
du fait des nécessités nouvelles des opérations à très long terme, l’édition a dû recourir aux crédits bancaires au moins temporaires. Du coup, toute l’édition est passée sous le contrôle des différents groupes bancaires, qui permettent toutes les expressions de la pensée catholique, nationaliste ou neutre, — mais qui interdisent la pensée socialiste. Si un éditeur veut publier la pensée socialiste, il ne trouvera aucun crédit en banque, — et comme, dans les conditions actuelles de l’édition et de la librairie, il ne peut se passer de crédits bancaires, il sera condamné à mort, — ou à l’étouffement lent.
Mais il y a plus net, comme illustration de la concentration capitaliste, très récente dans l’ordre culturel. C’est ce qu^oh appelle le monopole Hachette.
En fait, il n’y a de monopole Hachette que pour les gares. Mais il y a une concentration Hachette, très admirable du point de vue de l’organisation rationnelle, et prodigieusement inquiétante du point de vue de la culture :
Il y a sept ans, les Messageries Hachette ne possédaient aucune exclusivité de vente d’aucun éditeur, pas même de la Maison Hachette, éditeur.
En 1930, les Messageries avaient l’exclusivité de quelques maisons très obscures.
En octobre 1932, elles avaient l’excluvivité de 42 maisons et un catalogue de 9.000 ouvrages.
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En octobre 1933, elles ont la vente exclusive de 58 maisons d’édition et un catalogue de 15.000 titres.
En résumé, on peut dire que l’édition française, qui, il y a trente ans, comprenait une centaine de maisons dont les préoccupations étaient à la fois culturelles, littéraires et commerciales, est aujourd’hui entièrement soumise au capitalisme qui en a fait l’instrument de sa haute police de l’esprit. Ceci a été fait très consciemment de tous côtés. Il y a un demi-siècle, tel ou tel éditeur se faisait honneur de mettre ses capitaux au service de telle ou telle forme de la pensée. Aujourd’hui, pour tous, autant par leur propre sentiment, que par leurs liens bancaires, que par leurs attaches avec la Confédération Générale de la Production française, grand organe du patronat industriel, — pour tous, toutes les formes de la pensée doivent être mises au service du capital et mieux du capitalisme.
L’organifi^tion de l’ignoranee par le capitali^ine
Ce qui revient à dire que le capitalisme, dominant les organismes culturels, a organisé méthodiquement l’ignorance :
Aujourd’hui^ par la volonté des organes directeurs DU capitalisme^ le public^ cultivé ou non^ ne connaît
EXACTEMENT RIEN DE LA STRUCTURE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DE LA SOCIÉTÉ DANS LAQUELLE IL VIT.
Dans la crise ou nous sommes^ a cause de cette