‹ Technique de la révolution syndicaleChapitre 7 sur 38 · MANIFESTE · texte numérisé non relu

MANIFESTE

DES niOUVELLES ÉQUIPES

]l»oar eogager une action positive contre les principes, les liommes et les métliodes responsables de la crise mondiale et pour la construction dn monde nouveau.

Crise organique de Tlsumanilé

Une crise sans précédent est ouverte dans le inonde entier. <dèj

Considérée tout d’abord comme une crise cyclique, elle apparaît aujourd’hui comme une crise organique qui ne prendra pas fin par un simple rajustement automatique des forces économiques.

La crise est dite économique.

Elle vient, en effet, des transformations économiques, mais elle est totale, c’est-à-dire politique, sociale et culturelle en même temps qu’économique.

C’est une crise de la civilisation tout entière, et de \t0ute3 les parties du monde où la civilisation a pénétré.

Elle vient d’abord de l’opposition qui existe entre les découvertes, les inventions, le développement de la technique d’une part et, d’autre part, les institutions de la

vieille civilisation militaire et juridique ; ensuite, du déséquilibre économique et social que cause la rationalisation des entreprises privées dans une économie générale non rationalisée, et où, de ce fait, les produits ne peuvent pas parvenir à leurs destinataires.

En d’autres termes, le développement scientifique, technique et industriel des sociétés humaines a créé des moyens de production dont la puissance s’accroît de jour en jour, et qui fournissent des masses de produits dont la circulation (à destination du consommateur) est entravée, détournée, arrêtée par les conditions générales desdites sociétés : politiques (frontières, douanes, privilèges éccmomiques, nationaux) juridiques (régime de la propriété), sociales (salariat), culturelles (préjugés de certaines classes concernant les droits des classes ouvrières à la consommation des produits de l’industrie moderne).

La crise actuelle est plus qu’une crise de surproductioï^ c’est une crise d’organisation, une crise de régime. Le régime capitaliste, qui commandait au monde par ha manoeuvre des capitaux, s’avère incapable d’organiser la production, la consommation, le crédit et les échanges.

C’est par sa faute, sous son commandement, qu’une économie mondiale anarchique, travaillant sans connaissance des possibilités de consommation, accroissant chaque année ses moyens, met en circulation des masses de produits, dont une partie ne peut parvenir entre les mains de ceux qui en ont besoin.

Mue exclusivement par l’appât du gain individuel, fonctionnant en dehors de tout souci de toute connaissance des intérêts généraux, cette économie a été équipée en vue de la grande production destinée aux grandes masses, afin de multiplier les profits par la multiplication des quantités produites. Mais, par les conditions du salariat, on a rendu impossible l’absorption de ces produits par ceux qui les produisent et à qui ils sont destinés.

D’où il suit que le dévelopement rationnel de l’économie moderne est inconciliable avec les conditions politi-

AU TRAVAIL

ques et sociales qui résultent de Thistoire militaire, politique et juridique des nations.

Eté régime économicine responsable de la crise

Quelque sentiment que Ton ait sur cette situation, voilà le fait par lequel, si nous restons passifs, se produirai récroulement d'une énorme partie de notre économie, et qui entraînera des désordres tels que nous pourrions subir une dislocation de notre civilisation.

Devant la crise, en même temps que les plus arriérés des écrivains conservateurs, des humanistes libéraux ont accusé le machinisme du trouble profond qui se produit dans l’économie.

Cette accusation est sans fondement.

La vérité est que le machinisme a été détourné de son objet non par ses inventeurs mais par le capitalisme qui en a fait un instrument de profit individuel. Inventées pour diminuer l’effort physique des hommes, les machines ont été utilisées, par l’esprit mercantile, pour multiplier sans discernement les profits.

La responsabilité de la crise appartient donc, non au machinisme, mais au régime économique qui s’en est servi.

La crise organique que nous subissons est le résultat de l’anarchie dans laquelle le libéralisme a Laissé, pendant plus d’un siècle, les forces économiques. Celles-ci ont formidablement augmenté leur rendement, sans rejeter les dogmes de l’économie libérale qui, pourtant, les entravent à chaque pas. La science et la technique ne cessent d’accroître les moyens de vivre et de mieux vivre. Mais les relations juridiques et sociales, maintenues dans leur état archaïque, transforment ces moyens de vivre en entraves pour la vie. Loin de le réaliser, elles méconnaissent, jusqu’à le supprimer, le droit fondamental de l’homme, le droit à la vie, c’est-à-dire à l’épanouissement intégral de sa personnalité. Elles l’appauvrissent au lieu

de Tenrichir. La crise montre que nos sociétés humaines sont obligées de se priver, de se déséquilibrer, de souffrir parce qu’elles ont créé l’abondance dont elles ne peuvent jouir.

Il n’y a pas de contradiction plus stupide que celle où nous vivons en ce moment.

Nous avons le devoir de montrer qu’elle se produit dans une économie dont tous les moyens de création sont l’œuvre des savants, des techniciens et des producteurs, et qui est sous le commandement des financiers et des politiciens, secondés par cette masse vraiment énorme de parasites qui encombrent les sociétés modernes.

Ecroulement du système capitaliste

Nous avons tous le devoir de parler de la crise sans ménagements, sans préjugés de parti, de classe, de nation, de continent ou de couleur de peau.

La crise intéresse l’humanité tout entière.

Elle atteint les fondements de la civilisation.

Elle appelle de rudes et promptes solutions.

Pour l’analyse de la crise et la recherche des solutions, l’intelligence ne doit être entravée par aucune considération particulière. Elle doit travailler en fonction d’un seul objet : l’intérêt général de l’humanité, auquel sont étroitement liés les intérêts particuliers de toutes les sociétés particulières que constituent les nations.

Nous devons donner son nom au phénomène humain qui se produit sous nos yeux :

C’est l’écroulement total d’un régime, du régime économique qui a été nommé régime capitaliste et dont le poste central de commandement était à Londres depuis plus d’un siècle. L’écroulement se produit dans l’absurde et l’odieux, car l’on a vu le capitalisme, pour maintenir son système de profits, détruire le résultat du travail, brûler du blé, du café, du coton, etc.

Le socialisme en annonce depuis longtemps la chute.

AU TRAVAIL

Nous-mêmes, depuis la guerre, n’avons cessé de montrer les signes précurseurs de cette chute retentissante ; la décadence économique de l’Angleterre, la perte, pour l’industrie européenne des marchés russe, chinois, hindou, américain, la rationalisation, conduisaient fatalement à la ruine un système fondé sur le rassemblement, dans les pays industriels, des matières premières arrachées à bas prix aux peuples de l’univers, leur transformation en produits fabriqués par un prolétariat mal payé et l’exportation au plus haut prix possible d’une partie des produits les bas prix des matières premières et de la main-d’œuvre permettant le profit qui assurait à la classe dirigeante la rente de tout le système.

Ce serait une erreur de croire que la guerre de 1914- 1918 est la seule cause de l’évènement. La guerre ellemême est sortie notamment de l’opposition de deux grandes collectivités concurrentes au sein du système ; son explosion a été la preuve de la décadence du régime ; elle a ensuite hâté la décomposition du système ; mais elle était effet et non cause.

Cet événement, l’écroulement du régime capitaliste, est le plus grand fait historique qui se soit produit depuis les origines des sociétés humaines : il oblige en effet toutes les nations à prendre conscience de la solidarité étroite où elles sont dans l’évolution économique et culturelle de l’humanité, de même qu’il les oblige à, trouver les institutions politiques et juridiques qui exprimeront cette solidarité économique que personne n’ose nier aujourd’hui.

Chacun se rend compte de l’extraordinaire grandeur des années que nous vivons, et où nous pressentons tous que l’humanité, si elle ne trouve pas les institutions que le présent exige, retomberait lourdement à un stade dépassé. Nous sommes de ceux qui voulons travailler à construire ces nouvelles institutions.

Nous devons savoir que cela ne se fera pas en quel-

ques semaines, ni par la vertu de discours ou d'ordres du jour.

C'est un grand, dur et long travail d'organisation qu'il faut entreprendre.

Entreprenons-le en toute conscience, avec le sentiment, prodigieusement exaltant, que nous serons parmi les ouvriers qui feront accomplir à l'humanité une de ses plus grandes étapes, qui la feront passer de l'ère des guerres dévastatrices à l'ère du travail organisé sur toute la planète.

Pff*ol>léiites mondiaux d^organl&ation

Nous sommes en effet devant un problème d'organisation économique du monde entier. Tous les secteurs économiques de la planète sont interdépendants.

‘ Les solutions seront économiques, sociales, juridiques, culturelles et politiques.

Economiques d'abord.

Cet immense problème d’organisaticn rationnelle de l'économie mondiale ne sera pas résolu selon les seules méthodes de ce que l'on a appelé jusqu'ici la politique. Il sera résolu par les méthodes de la science et de la technique.

Nous avons à faire œuvre scientifique pour comprendre le moment historique où nous sommes ; œuvre technique pour rationaliser l'économie générale. Nous avons à créer une technique des sociétés humaines. C'est-àdire que nous devrons construire les nouvelles institutions, non selon les intérêts d'un clan ou d’un parti, mais selon les nécessités du travail. Nos techniciens de l'économie générale devront construire les organes de coordination de l’économie. C’est-à-dire qu’ils auront à créer des organismes nouveaux qui seront des centres régionaux, nationaux, continentaux, etc... de l'économie générale. C’est une tâche de haute technique humaine, et non une besogne de parti.

AU TRAVAIL

La tâche sociale, ce sont les mesures à prendre pour éliminer tout parasitisme dans la production, de quelque nature qu'il soit.

La tâche juridique, c'est la codification des droits du producteur, c'est l’adaptation du droit de propriété.

La tâche culturelle, c'est l’élaboration des valeurs nécessaires à la formation du producteur dans une société fondée sur la liberté humaine.

Pour la tâche politique, c’est l’élaboration d’une conception selon laquelle il n’y aura de société possible qu’entre producteurs, aucun droit civique ne pouvant être reconnu à l’oisif, hors l’invalidité venue du travail ou le chômage forcé ; toute société humaine devant être fondée sur le droit de l’homme à la vie, c’est-à-dire sur la liberté humaine et sur le travail, à l’exclusion de tout système fondé sur la force et la contrainte d’une classe, d’une caste ou d’une dynastie ; — toute société humaine devant être conçue comme une démocratie de producteurs, organiquement associés par leurs syndicats, la base politique de la société étant l’atelier. Dès aujourd'hui, on peut concevoir que les nécessaires directions générales de l’économie européenne et même mondiale seront sous le contrôle des collectivités nationales, politiquement et économiquement fédérées.

L'organisation rationnelle est inconciliable avec le militarisme

L’organisation rationnelle de l’économie mondiale est incompatible avec la guerre.

L’organisation rationnelle économique exige que tout acte économique soit accompli aux moindres frais pour le plus grand rendement.

Pour cette raison, elle exclut les charges militaires, qui sont improductives.

L’organisation rationnelle économique passe par-dessus toutes les frontières ; c’est pourquoi elle est incom-

patible avec tout système qui, fermant les frontières pour des raisons politiques, tend à créer artificiellement des secteurs économiques fermés.

Il faut choisir entre l’organisation rationnelle de l’économie mondiale et la gueirre. Elles s’excluent l’une l’autre.

Il faut choisir entre la production moderne et la guerre. Elles s’excluent non seulement par leur esprit mais par leur technique fondamentale ; l’amortissement rapide de tout l’outillage et l’équipement moderne (rendu nécessaire par la cadence . accélérée des inventions) est inconciliable avec les dépenses militaires qui absorbent une énorme partie des possibilités d’amortissement de la production générale.

On n’a pas encore dit à quel point les dépenses militaires entravent le développement économique pour la raison qui vient d’être dite : elles sont la cause de l’énorme retard qui se produit dans les travaux publics, les réseaux de chemins de fer, de canaux et de routes, les villes étant en retard d’un quart de siècle sur les progrès économiques, par suite de l’absorption, par les armements, d’une partie considérable des ressources fournies par la production et qui sont destinées, par leur origine, à l’amortissement et au renouvellement rapide des installations publiques.

Il s’ensuit que la circulation des produits, assurée par un système périmé (rues, routes, canaux, chemins de fer) supporte des frais de transport et de manutention trop élevés et le système, dans son état actuel, ne peut même plus faire payer ses services au prix de revient, ce que révèle le déficit général des chemins de fer.

Or, il est impossible à une nation aujourd’hui de supporter en même temps les dépenses militaires et les dépenses nécessaires à la réfection constante de ses villes, devenues des instruments de travail, et de ses réseaux de transport : il faut donc choisir entre la

AU TRAVAIL

guerre et Torganisation rationnelle et progressive de réconomie.

Pour nous, nous avons choisi : ceci tuera cela. Et pour donner dès maintenant notre proposition en ce qui concerne un problème pratique, nous déclarons catégoriquement que :

Il est impossible de procéder à une organisation rationnelle de Téconomie générale tant que les nations ne seront pas sur un pied d’égalité rigoureux, tant que des nations demeureront, en vertu des traités faits selon le droit de la guerre, humiliées à l’égard des autres. Qui veut la paix doit vouloir effacer tout ce qui est fondé sur le droit de la guerre :

L’organisation internationale exige :

L’annulation générale des dettes de guerre et la répartition générale des charges de guerre ;

L’annulation de tous les traités fondés sur le droit de la guerre, les droits et devoirs des peuples devant être internationalement déterminés.

On ne fera pas l’Europe sans ces dispositions. Et si l’Europe n’est pas faite, la guerre fondra sur nous. Il faut choisir.

Eta Maciiine^ instrument de la liberté

La formation militaire est au surplus inconciliable avec les nécessités intellectuelles du progrès. Le progrès exige la liberté intellectuelle complète, tant pour la recherche scientifique que pour l’analyse sociale. Il faut choisir entre la liberté et la passivité intellectuelle. Nous prenons le parti de la liberté, sans réserves. C’est à la liberté intellectuelle, à la libre recherche qu’est due la prodigieuse puissance de création économique qui a fait la richesse du monde moderne.

De même, nous prenons parti pour la machine, fille de l’esprit qui l’a inventée pour libérer l’homme des servitudes matérielles. Le machinisme a été détourné de

son but : à nous de le rendre à sa destination. Nous prenons donc parti pour l’organisation rationnelle de l’économie mondiale. Organiquement, c’est-à-dire en partant des bases régionales et syndicales, puis des bases nationales pour atteindre le plan continental et enfin le plan mondial.

]Le omal e.9»ents«l : la répartition des produits

Si cette organisation n’est pas entreprise, il y aura aggravation de la situation présente jusqu’à la catastrophe, c’est-à-dire :

D’un côté, augmentation continuelle des moyens de production, par les progrès scientifiques et techniques (production croissante) ;

De l’autre côté, augmentation continuelle du nombre des chômeurs (consommation décroissante).

C’est-à-dire oppositions sociales croissant sans cesse jusqu’à l’effondrement économique.

L’organisation ne se fera pas sans une vue générale sur la vie humaine.

Il faut dire ici que le chômage révèle le mal profond de nos sociétés : s’il y a chômage, c’est parce que le machinisme permet aujourd’hui d’assurer toute la production avec beaucoup moins d’efforts. Or, tout le trouble actuel vient du fait que, par suite du régime juridique et économique, les progrès réalisés chassent les travailleurs des ateliers. Ainsi le vieux système produit de la richesse et distribue de la pauvreté. Il y aura donc à résoudre, en même temps que la coordination rationnelle de la production, l’organisation rationnelle de la distribution. Les progrès mécaniques n’ont pas pour objet la diminution du nombre des travailleurs ; ils ont pour objet la diminution des efforts, du temps de travail, et l’augmentation des gains de tous les travailleurs, et plus généralement des ressources nécessaires au développement normal de tout individu humain. Dans une société

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rationneilement organisée, tout citoyen ayant Tobligation absolue, s’il en est capable, de fournir, par son travail, la contrepartie des avantages qu’il reçoit, a droit, de sa naissance à sa mort, au bénéfice des progrès qui sont l’héritage commun de toute l’humanité. Il a également droit, à tout moment de son existence, à une sécurité absolue, c’est-à-dire à une assurance contre les risques qui le menacent.

Capitalisme et anticapitalisme cle'vant la crise

Qui peut donner cette organisaticn rationnelle aux sociétés humaines ?

L’histoire de ces quinze dernières années montre que les puissances au pouvoir sont incapables de créer l’ordre nouveau.

Cela ne veut pas dire que le temps des partis est fini : mais cela signifie que les partis doivent se rajeunir, renouveler leurs méthodes. Nous conseillons à tous ceux qui appartiennent à un parti de rester dans ce parti, et de travailler à ce rajeunissement. Mais il faut, de l’intérieur et de l’extérieur, les appeler à se moderniser, afin de conjuguer leurs forces contre l’ennemi actuel de toute démocratie politique ou économique : la ploutocratie.

Il n’existe plus que deux forces en présence : le capitalisme et l’anticapitalisme, c’est-à-dire l’ensemble des formations qui s’opposent à la dictature capitaliste. Le gouvernement du monde est assuré, depuis près d’un quart de siècle, par les puissances qui se sont constituées depuis ce temps : la presse, la finance, les comités économiques, trusts et cartels. Ce sont ces puissances qui exercent la dictature économique dénoncée à Rome par le Pape, à Moscou par la IIP Internationale, et, au surplus, par tous les groupes authentiquement républicains.

Devant l’impuissance économique des deux partis, cette dictature pouvait se justifier par le fait, c’est-à-

dire en donnant la preuve, par la vie même, qu'elle était capable d'exercer ce véritable gouvernement du monde.

Or, c’est sous cette dictature de fait, sous ce gouvernement des banquiers, des comités économiques et de la presse, et sous le gouvernement nominal de quelques vieux partis démocratiques que se produisent l'éclatement de la crise mondiale et l'effondrement des principaux secteurs de l'économie universelle.

Il n'apparaît pas que la « dictature économique » soit en mesure de dominer la situation : elle n'a pas prévu l'événement ; elle n'a pas encore montré qu’elle apporte une solution quelconque.

L’heure est venue où toutes les formations adversaires du capitalisme seront dans l’obligation de prendre en mains l'organisation et la direction d’une économie que la « dictature capitaliste » ne maîtrise plus. .

Constructioii de K^État moderne

On se trouve devant une tâche de réfection totale des institutions humaines, qui nous ont toutes été léguées par une civilisation périmée.

La raison de la carence de l’Etat, des Parlements, des Partis, des pouvoirs économiques vient précisément du fait que ces institutions ont été créées en fonction des anciennes conceptions juridiques, qui répondaient aux exigences des classes parasitaires. Conceptions qui sont en opposition absolue avec les conceptions juridiques qui se forment dans le monde entier et selon lesquelles il n’y a point de droit de cité pour celui qui ne travaille pas.

Le fondement du droit ancien était la guerre, la force. Le fondement du droit nouveau est le travail, la science, l'intelligence qui sont les forces créatrices de toutes les richesses du monde moderne.

Ainsi devons-nous considérer que l’une de nos premières tâches est la réfection de l'Etat, qui doit être à la fois l'expression et l'instrument de défense de ce droit

AU TRAVAIL

nouveau, en même temps qu*il doit être Tinstrument de coordination de toutes les forces intellectuelles et économiques.

Quelles que soient les idées de chacun de nous sur la destin de l’Etat, qu’on envisage l’absorption du politique par l’économique, ou encore l’intégration de l’économique dans la politique, une chose paraît certaine à tous : à savoir que l’Etat d’aujourd’hui est périmé et qu’il doit être remplacé pour la tâche actu^-Ue par un nouvel Etat de nature démucratique et de forme syndicale, pourvu de tous les organes nécessaires pour assurer l’expansion scientifique et l’enseignement intensif de tout membre de la collectivité, la coordination des énergies sur tous les plans, l’élaboration et l’exécution des plans de travail, l’intégration des intérêts individuels à l’intérêt collectif sur le plan économique.

L’Etat doit être organisé de telle manière que le profit de l’activité créatrice, dont l’accroissement est d’origine sociale (car il est dû à la science), appartienne à la collectivite, et que les créateurs des richesses sociales, au premier rang desquels sont, avec les producteurs, les savants et les techniciens, soient eux-mêmes chargés d’en assurer la répartition.

L’Etat doit être l’organe par lequel les bienfaits du progrès scientifique et technique profiteront, non à une minorité, mais à toute la collectivité. Jusqu’ici le progrès technique a servi à augmenter le chômage : il doit servir à réduire l’effort de tous les travailleurs, à augmenter indéfiniment leurs garanties contre tous les risques de l’existence.

L’Etat doit être enfin le gérant de l’épargne individuelle et collective, qui doit être employée rationnellement au bien public, non selon les fantaisies de financiers irresponsables, mais selon les plans scientifiques des hauts conseils de l’Economie générale.

C’est la première des conditions à réaliser pour sortir da la crise présente.

Solation de paresse

Devant la crise, la paresse intellectuelle a conseillé à certains groupes le recul économique et social :

Des groupements ont conseillé les restrictions de production, la fermeture d’usines, l’arrêt de certaines entreprises, la réduction des salaires, — c’est-à-dire toutes les solutions de paresse qui aggraveraient la situation ;

Des intellectuels ont entrepris une campagne de dénigrement de la science et de la machine, présentées par eux comme cause des maux dont nous souffrons, — c’est aussi l’acte de paresse intellectuelle le refus de comprendre l’heure où l’on vit, le refus d’imaginer les formes de demain.

Pour ao plau général d'action

Devant cette paresse intellectuelle conseillée et entretenue par certains intérêts, il faut dire aux producteurs que ni la science, ni la machine ne doivent être accusées de la crise.

Les responsables sont les mainteneurs du système politique, économique et social condamné par l’évolution générale.

Pour sortir de la crise, il ne s’agit pas de se replier, en se rapetissant, sur les positions d’hier ; ü s’agit de gagner en grandissant, les positions de demain. Point de retour à des formes anciennes. Création des formes nouvelles.

En fonction de ces vues, on peut esquisser un plan d’action qui comporterait essentiellement :

Travail en commim des hommes qui ont pris conscience de la naissance d’un monde nouveau ;

Analyse méthodique de la situation ;

Publication raisonnée des résultats ;

Définition des principes d’organisation rationnelle de l’économie générale ;

Elaboration d’un plan général d’une nouvelle circulation économique ;

AU TRAVAIL

Premier dessin des organes de coordination économie que à créer syndicalement, régionalement, nationalement, internationalement ;

Campagne appuyant le mouvement pour l’unité ouvrière, et campagne contre la réduction des salaires en vue d’opposer à l’action patronale une barrière rendant impossible toute solution de paresse, et d’obliger les entreprises à chercher toute solution dans une nouvelle activité économique ;

Action concertée tendant à donner de nouveaux emplois pratiques à la production de l’Europe orientale (plan Délais!) ;

Mise en valeur rationnelle de l’Europe ;

Reconstruction des villes ;

'Transformation des réseaux ferroviaires, routiers et fluviaux ;

Réorganisation complète de l’agriculture sur de nouvelles bases ;

Association européenne pour la mise en valeur rationnelle de l’Afrique.

En quelques mots :

Plan décennal d’Etat pour l’organisation rationnelle de l’Europe comportant la création d’un système économique eurafricain, lié, à l’échelle mondiale, au système américain et au système soviétique, le tout tendant à la création d’une conférence économique mondiale permanente.

Ceci pour le travail immédiat, — l’objectif général étant l’organisation rationnelle des sociétés humaines formées de producteurs librement associés et débarrassés de tout parasitisme culturel, politique, économique et social.

IVéeessîté du travail ioternational

En faisant cet exposé, nous sommes peut-être en avance sur l’esprit public, mais nous sommes tout juste à la hauteur de la nécessité.

L’effondrement financier allemand, la rupture du sys- , tème financier anglais, l’ébranlement du crédit américain, regardés, au printemps de 1931, comme des contes, sont apparus quelques mois plus tard comme de tragiques réalités ; l’Europe a appris avec stupeur que des masses allemandes sont pauvres et même misérables, que l’Empire britannique se disloque, que l’édifice américain est profondément lézardé, et que le grand séisme économique parcourt aujourd’hui le monde entier.

En même temps, le déroulement de la révolution espagnole crée au sud de l’Europe un centre de suractivité cellulaire. L’Europe se dénivelle. Elle est comme un sol qui change de forme et dont les fragments passent à des altitudes différentes sous la poussée interne. Economie anglaise en décadence : économie allemande rationalisée et tournant en partie à vide ; économie française vivant artificiellement dans sa ceinture douanière ; économie espagnole en fermentation : le terrain européen est un terrain à catastrophes.

On peut être sûr d’aller à de grandes secousses si l’on ne crée pas systématiquement tout d’abord une économie européenne.

Il est certain que la première cellule de cette économie doit être l’économie franco-allemande. Aiais il ne faudrait pas croire que cela suffira ni que la crise prendra fin par une répartition monétaire. C’est le système économique universel qui est en question. Associons-nous d’abord avec nos voisins, mais sans perdre de vue que nous avons à résoudre un problème mondial.

II faut organiser le travail en commun, effectif, de la France et de l’Allemagne d’abord, puis des nations européennes et des continents enfin.

Il faut choisir :

Ou demeurer dans le système issu de la guerre et aller droit à une nouvelle guerre ;

Ou sortir définitivement du système venu de la guerre,

AU TRAVAIL

et cela veut dire : création du système européen, avec plan décennal de rationalisation générale.

Pour engager l’actcon

L'œuvre doit être entreprise pour l’humanité au nom du droit de l’homme, non plus simplement proclamé abstraitement comme en 1789, mais réalisé effectivement grâce à toutes les possibilités que la science et la technique nous fournissent et à l’enrichissement qui en résulte. Cette œuvre n’est donc dirigée ni contre tel peuple, ni contre tel continent. Nous ne devons permettre ni que l’on diminue la valeur des immenses progrès techniques américains, ni que l’on touche aux résultats culturels, économique et sociaux de la Révolution russe.

C’est le parti que prennent les hommes qui depuis quinze ans, affirment la nécessité de créer un nouvel Etat, fait peur un monde nouveau et qui, aujourd’hui, toutes expériences faites avec tous partis et tous groupes rattachés au vieil ordre, considèrent que la justice, la prospérité et la liberté ne peuvent être assurés aux hommes que par des institutions sortant du Laboratoire et de l’Atelier, et sont résolus à s’unir pour l’édification de cet ordre nouveau.

Nous qui signons le présent manifeste, nous déclarons que nous ne nous bornons pas à l’expression verbale de cette prise de parti ; hommes de pensée et d’action, ayant depuis longtemps prévu les évènements où nous sommes, ayant prévu les formes nouvelles de l’Etat et de l’économie, nous revendiquons la charge d’être au premier rang des constructeurs du monde nouveau, et, nous mettant dès ce jour au chantier, nous invitons au travail commun tous ceux pour qui le destin de l’homme repose sur la liberté et la justice, sur la science et le travail.

1930-1932. Publié dans le numéro 'programme de Chantiers

Coopératifs, mai-juin 1932.

Le manifeste qui précède, corrigé sur une première rédaction de l’auteur, principalement par Gustave Rodrigues, a été contresigné par :

Paul Abeelos ; Paul Aubery, technicien de VédAtion ; Marcel Barault, ingénieur travaux publics ; Barbier, instituteur ; Gaoriel Barret ; Alfred Barriol, ingénieur ; Sammy Beracha ; EMiouard Berth, fonctionnaire ; Gilbert Beteille, cultivateur ; Bloch, professeur de Lycée ; Marcel Boll, professeur ; Louis BONNENFAnt, Ingénieur au Service Vicinal ; P. Borellt, Inspecteur principal des Contributions directes ; Maurice Boucher, professeur agrégé, directeur de la revue d’AUenvag‘ne ; Paul Boucherot, ingénieur ; Mme Brunsch- WIG ; Claude Bussard, ingénieur ; Calas, Ingénieur ; Georges Cerf, Professeur à la Faculté des Sciences ; Jacques Cha- BANNES, écrivain ; Ch ARLES- Albert, professeur ; Armand Charpentier, écrivain ; Elie Chaufrein, Professeur de lycée ; Gaston Chotiau, conseiller technique ; Gaston Clémendot, Instituteur ; Henri Clerc, Auteur dramatique, Expert financier ; Maurice Coblentz-Bouveret ; Raymond Cogniat, Ecrivain ; Maurice Cohu ; Louis Colombier, Directeur du Laboratoire de Samt-Etienne ; Fernand CORCOS, Avocat ; Fred Cornelissen, Ingénieur ; Henri CORSAUT, Instituteur ; Francisco Cortez, Fonctionnaire ; Pierre Cot, Avocat ; Courbet, Directeur d'Eoole Primaire Supérieure ; CROS, Professeur de Physique ; Jean COUTROT, Ingénieur ; Armand Cuvillier, Professeur de Philosophie; Lucien Dégoutté, Ingénieur A.M.; Francis DELAisi, Economiste ; Victor Delaunay, Chirurgien ; Georges Delêard, Ingénieur chimiste ; Adolphe Dervaux, Architecte et urbaniste ; J. Desarmeaux, Ingénieur /A. M. ; Georges Deutsch, InduetHel ; Maurice Diamant-Berger, Cinéaste ; Pierre Dominique, Ecrivain ; Robert Drilhon, Ingénieur ; André Drouin, Expert comptable ; Henri Dubil- LARD, Négociant ; Joseph Dubois, Expert financier ; Paul Dubois, ingénieur, secrétaire général de VUnion des syndicats dHngénieurs ; Duvergé, directeur d’école primaire supérieure ; Paul Fabaron, directeur des Usines de la S.E.C.M. ; Maurice Fallot, assistant à la Faculté des Sciences ; Lucien Fargeas, ingénier, ancien élève de Vécole Polytechnique ; Georges Fayolle, mécanicien ; Fouilleron, professeur d’école primaire supérieure ; Foy^eau de Courmelles, docteur, président de la Société Fra'nçaAse d’Hygiène ; Louis FLORY ; Albert Fuchs, professeur de lycée ; François Gachon, professeur ; Lucien Gachon, écrivain, professeur ; Léon Gagé, blanchisseur ; Louis Gallie, avocat à la Cour ; Jean Gandrey-Rety, écrivain ; Albert Garnier, industriel ; Louis Gautreau, écrivain ;

AU TKAV.UL

Firmia Gemier, directeur de théâtre ; Louis GÉNARD, comptable ; René Georges-Etienne^ secrétaire général adjoint ds la B'édération de la Seine du Parti Socialiste français ; René GiRAUD, technicien financier ; Marcel Goueffon^ cheminot > Auguste Haxet, ingénieur ; ILLIOVICI, ingénieur ; Albert JAC¬ QUET, directeur d'école ; René Jadfard, éci'WOAn ; Alexis JOLY, Ingénieur S.T.E.F. ; Antoine Joulot, ingénieur ; Kornhold, docteur en médecine ; G. Kowalski, chef de bureau chemins de fer P. L. M. ; Maurice Lacroix ; Georges Lagrille, employé ds banque ; Lucien Lainé, président du syndical des Fabricants de Tapis ; Auguste Lajonchèrb, assurances ; Edmond LAMBOTTE, ouvrier en bois ; Paul Langevin, profesy seur au Collège de France ; G. DE Laplane, agriculteur ; Paul Laroche, ingénieur ; Jules Léaütier, représentant de fabriques ; Charles Le Berre, directeur de VOffice départemental de la main-d'œuvre pour le Finistère ; Albert LE Brasseur, écrivain, directeur de l'Essai ; Gustave Le Comte, adjoint technique principal des Ponts et Chaussées ; Le COR- \EC, directeur d'Ecole professionnelle ; Henri Le Hoc, négociant ; Léveillé, artiste peintre ; Emmanuel Lévy, professeur à la Faculté de Droit ; Maurice Loewé, homme de lettres ; Marcel Marmé, architecte ; Marcel Maupoint, professeur de lycée ; François Ménard, instituteur ; Georges Mer, directeur de l'Etat Modei'ne ; Louis Mérard, asstirances ; André Michel,, ingénieur S.G.E. ; Georges Mitton, employé de bureau ; Gaston Moch, ingénieur ; R. MOLINE, docteur en médeci'ne ; John Nicolétis, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, ancien ingénieur en chef des Poudres, Président de la section de la L, D. H. de CheviUy-Larne ; Oria, instituteur ; Robert paquet, agrégé de l'Université ; Pierre Paraf, écrivain ; G. Perrin, ingénieur LC.N, ; Ch. Pétolat ; Philippe PiCHON, instituteur ; Maxime PiHA, écrivain ; Léonce PRACHE, représentant ; PRUGNOT, ingénieur ; Marcel QUÉRION, ingénie'iir ; Querne, commis-voyer du Service vicinal ; Charles Quillard, ingénieur chimiste ; Jules Reboul, écrivain ; A. Reboul-SAULZE, ingénieur-chimiste ; Jacques Rennes, vétérinaire ; Elle Reynier, professeur à l'Ecole Normale (Privas) ; Edmond Ribollet, ingénieur A. et M. ; Gaston Riou, écrivain ; René- Jean RiOU, peintre sur porcelaines ; Paul Rives ; André Robert, ingénieur ; Gnstave Rodrigues, professeur ; Rogerie, professeur ; René Romagné, libraire ; Julien ROU- GIER ; R. C. Sabot, ingénieur conseil ; Lazare Sachnine, externe en médecine ; Charles Sadron, professeur agrégé, faciUté des Sciences (Strasbourg) ; Henri Salichon, comptable ; Sainte-L*ague, professeur (Janson de Saïlly), maître de conférences (Arts et Métiers) ; André Sauger, éo'wain ;

Mme Sauze, professeur {Lycée de jeunes fïUes, Nancy) / SCHICK, -banquier ; Schmidt, agrégé de VUnïv>ersité ; Henry Simon, chef de service des Révisions foncières ; Octave Simon, dessinateur ; Charles Smeyers, transpons maritimes ; Victor Spielmann, directeur du Trait d’ünion {Alger) ; Albert Staib, ingénieur-chimiste ; Mlle Tanqueray, institutrice en retraite ; Georgette Trognon, sténo-dactylo ; Sinesio de Urrestarasu, professeur de violmi ; Vadella, docteur en médecine ; Georges Valois, éditeur ; Emile Vetter, libraire ; Henri Viallefond / Régis DE Vibra YE, écrivain ; Guy Viel, ingénieur-chimiste PC.I. ; Pierre ViÉnot ; Henri Villain, président de V Association syndicale des Dentistes de France, Inspecteur départemental de Venseignement ; Lucien Vogel, directeur de journaux ; Joseph Voisin, écrivain ; Georges Voix, 'notaire ; Wabnitz, négociant ; René Warcollier, ingénieur-chimiste ; Paul Weil, représentant ; M. Weil, docteur.

Le manifeste ci-dessus a donné naissance d tout un mouve’^ ment de coopération culturelle et d^ organisation qui comprend notamrruent :

La Compagnie d’organisation ratioimelle ;

La Société coopérative des Amis de Nouvel Age et les Messageries coopératives du Livre et la Presse ;

Le journal Nouvel Age, suite de Chantiers coopératifs :

' Les Editions Libertés ;

Plus^rs Sociétés coopératives culturelles en France et aux Colonies ;

La Fédération nationale des coopératives de culture et d organisation.

^ central de ces organisations est à Paris, 6 bis, rue

de VAbba/ye, VP.

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