Les causes (V erreur dans la recherche
1. — La dissociation des Jacteurs. — Une des grosses dilïicultés de la psychologie expérimentale, c’est de mesurer exactement ce que l’on désire, et de ne pas mesurer un complexus où le facteur visé est mascjué par un grand nombre d’autres. Il faut isoler les phénomènes à étudier, non pas en les séparant des autres comme on [)eut étudier un cœur de grenouille isolé a})rès l’avoir excisé, car cette méthode n’est guère possible en psychologie, ni même en général
I. Il semble qu’en augmentant l’excitation jusqu’à atteindre le seuil de la réaction, il y ait une inertie à vaincre du mécanisme récepteur, ce ([ui implique une dépense supplémentaire d’énergie. En tout cas on ne peut voir là comme certains auteurs, tels que Michotte, un phénomène de suggestibilité ; car c’est un fait de physiologie générale; mais la suggestibilité peut jouer un rôle accessoire et accroître en apparence le phénomène
en supprimant les autres, sauf parfois pour des sensations à dissocier, dont on [)eut faire disparaître certaines, par l’anesthésie'.
Mais, en rendant constants tous ces phénomènes dont on veut éliminer l’action, on peut étudier les variations, d’un sujet à l’autre, ou d’un moment à l’autre chez un même sujet, du facteur dont on veut connaître l’inlluence. C’est ce cjue nous avons lâché de faire dans la mesure du possible. Et, d’une manière ^mnérale, il faut éviter tous les facteurs de perturhalion : le sujet ne doit pas voir les manipulations qui lui j)ermettraient de deviner quelle sorte d’excitation est ])orté sur lui, soit qu’on opère à l’ohscurité dans une chamhre noire soit qu’on hande les yeux du sujet, soit (pi’on dissimule à sa vue derrière un écran les objets des manipulations préparatoires.
II, — La sufjfjestihilité et la simulation. — En dehors des cas où, par la vue ou l’ouïe le sujet devine l’excitation qui va lui être portée, il y a bien des circonstances où il est induit à croire que les choses se passeront d’une façon ou d’une autre, et à répondre selon ses impressions dont il a ou n’a pas pleine conscience. L’expérimentateur doit, bien entendu, évi-
1 En anesthésiant la peau on peut déterminer le seuil absolu (le la sensibilité kinésique des doigts pour le soupèsement des poids. L’acide gymnémique exerce une action élective sur les sensations du goût, abolissant certaines (l’amer et le sucré), en respectant les aiitres (1 acide et le sale), etc.
2 A la chambre noire, pour les expériences visuelles où l’on escompte l’adaptation oculaire à l’obscurité, les manipulations devront se faire sans éclairer les yeux du sujet ; on pourra, si l’on veut voir clair, utiliser une lampe électrique de poche, en recouvrant la tète du sujet pendant ce temps avec un voile noir opaque.
INTRODUCTION
ter de suggestionner son sujet par la manière de poser les questions ou le ton de la voix — à moins qu’il ne veuille justement étudier cette suggestibilité — ; et il doit dépister les autosuggestions qui font croire à un sujet qu’il perçoit une excitation qui reste en réalité sans elfet. Il faut d’autre part qu’il évite le piège d’une simuJation plus ou moins habile, d’un sujet qui veut faire preuve d’une supériorité à laquelle il n’a point droit.
En posant des ({uestions sur les effets d’une excitation que l’on s’abstient d’exercer, ou sur les différences de deux excitations qu’on réalise identiques, on peut déceler ces causes d’erreurs très graves, qu’il faut combattre victorieusement, sous peine d’annuler les expériences effectuées dans ces conditions.
Nous n’avons pas manqué d’indiquer à maintes reprises les moyens pratiques de dépister l’autosuggestion et la simulation. Quant à riiétérosuggestion que pourrait exercer l’expérimentateur, nulle recette certaine ne peut l’éviter !
G. — Les résultats de la recherche.
I. — Les chiffres. — Lorseju’après avoir déterminé un objet de recherche on a accompli les expériences nécessaires en évitant les écueils nombreux qui se présentent sur ce terrain, on note les résidtats que l’on a obtenus, résultats qui sont généralement numériques.
Le prestige des chiffres est très grand, mais il n’est Toulouse, 2*= édit. l. — 2
pas sans danger, et il ne faut pas croire sa besogne achevée quand on a aligné des tableaux de chiffres très nombreux.
Le chiffre précise quelque chose, mais il faut connaître ce quelque chose qu’il est chargé de préciser ; le chiffre n’a aucune valeur par lui-même, il illustre [)eul-on dire un phénomène qui [frend avec lui une détermination quantitative plus exacte, mais c’est le [)hénomène (pii est le plus important, non son évaluation numérique.
Aussi, s’il est utile et même nécessaire de donner toujours, comme un appendice de documentation, tous les résultats numériques de ses recherches, ce (pi’ll faut avant tout, c’est dégager ce qui ressort de ces résultats, ce qui trouve confirmation dans les chiffres expérimentaux.
Et il ne faut pas faire dire au chiffre plus qu’il ne comporte et se défier en particulier d’un excès de précision apparente. A quoi bon donner, comme on le fait en Allemagne parce que le chronoscope de llipp permet de le mesurer, le millième de seconde dans la mesure des temps de réaction, alors que les multi[)les causes d’erreurs expérimentales atteignent facilement le centième de seconde, qui constitue la seule unité valable de mesure.
Il est absurde de déterminer des nombres avec cinq ou six décimales quand on n’est sûr que de la troisième ; il ne l’est pas moins d’exprimer une m'esure en millièmes de seconde quand on n’est à peu près sûr que du centième.
11 faut que la précision apparente du résultat soit en rapport avec la précision réelle de la recherche, et
INTRODUCTION
on doit éviter soigneusement tout ce qui peut ressembler à un bluff scientifique.
n. — L utilisation des chiffres et des autres données obtenues. — Nous traiterons assez en détail dans la dernière partie du livre du calcul des moyennes et de futilisation des résultats numériques, en particulier pour la comparaison des groupes ou le calcul des corrélations. Mais on doit tenir compte le plus possible, dans les résultats que l’on signale, non seulement des chiffres obtenus, mais des données qui peuvent être fournies par l’observation extérieure du sujet, et les renseignements que ce dernier jieut fournir, l’analyse fju’il pourra donner de ses impressions subjectives au cours des expériences, sont souvent fort utiles et fort instructives pour l’expérimentateur.
L’expérimentation psychologique, telle (pie nous allons la décrire dans cette technique, constitue en effet un ])rocédé essentiel d’investigation, mais ce n’est pas un procédé uni([ue, et ses à-cdté ne sont pas négligeables, quand on veut utiliser les résultats qu’il a permis d’obtenir.
TKCFINIOUK
DE
PSYCHOLOGIE EXPÉIIIMENTALE