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Les MÉTHODES

Nous donnons ici une technique, et non une méthodologie psychologique; nous n’allons donc pas examiner les inconvénients et les avantages de la méthode expérimentale, son étendue et ses limites, et encore moins ses principes généraux, qui ressortissent à la logique des sciences. Nous n’entrerons pas non plus dans une étude, qui concerne la psychologie théorique ou l’histoire de la psychologie, des

OTRODUCTIO^

méthodes particulièrement employées en psychologie et surtout en psychophysique, telle que la méthode de Terreur moyenne, la méthode des cas vrais et des cas faux, etc.

Ces méthodes sont impliquées dans notre technique, mais le savant applique les méthodes, et c’est le philosophe qui rélléchit sur elles après coup et les apprécie ou les juge. Ce n’est donc pas là notre tâche.

Néanmoins 11 v a quelques remarques qui ne sont pas inutiles, relatives à l’application particulière des méthodes ex])érimentales.

A. — I. 'objet de la veùherehe.

T. — Adaptation de la technnpie. — Il faut, lors qu’on entreprend un travail, savoir bien exactement ce que Ton vise ; il est bien certain (pie les méthodes ne seront pas les mêmes dans tous les cas et cpie le choix des sujets dépendra du but à atteindre ; lorsqu’on veut déterminer des moyennes auxquelles telle ou telle mesure individuelle j)uisse être coiuj'arée, il faudra un très grand nond)re de sujets superliclellement examinés ; lorsqu’on veut analyser un mécanisme mental, c’est avec une ou deux personnes très exercées que Ton se livrera à des expériences minutieuses et répétées.

Si Ton vise à approfondir la nature exacte d’un processus intellectuel, il faudra établir une technique appropriée ; si l’on veut vérifier quelque hypothèse sur des phénomènes sensoriels, on devra le plus sou-

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vent faire construire des appareils adaptés au but poursuivi.

Aussi ne pouvons-nous prétendre donner une technique universelle susceptible de permettre toutes les recherches possibles, mais seulement une technique d’e\|)loration systématique des processus mentaux d’individus donnés, permettant en outre certaines recheiches d’un caractère théorique très général, telles ([lie celles des corrélations des [irocessus mentaux, de l’hérédité et de l’éducahilité des aptitudes, etc.

11. — I. 'entraîne ment et la fat ujae. — l^irmi les phénomènes généraux susce[)tihles d’ètre éludiés avec îles teclmiijues diverses, on peut envisager, pour un processus mental quelconque, susceptible de mesure, rentraînement du sujet et les effets de la fa-

tigue.

Il arrive fréquemment en effet que les résultats obtenus chez un individu deviennent meilleurs au bout d’un certain nombre d’éprenves ; c’est là un résultat de l’entraînement, soit d’une sorte d’ (( écliauffement » général, d’hyperactivité, se traduisant dans tous les domaines, soit d’une adaptation psychomotrice plus exacte, soit encore d’une plus grande intervention de P rocessu s i n tel 1 ec tue 1 s .

C’est ainsi ([ue, dans des mesures de temps de réaction, le sujet, après avoir fait attention tantôt à l’excitant, tantôt au mouvement, tantôt aux deux, ^ peut se stabiliser dans une forme optima de l’effort d’attention et donner des résultats constamment meilleurs. C’est ainsi encore que, dans la mesure de la sensibilité cutanée à l’écartement de deux contacts, un sujet peut accuser le dédoublement des contacts

INTRODUCTION

pour des intervalles de plus en pins petits parce fjii’il apprend à interpréter les caractères de la sensation globale de contact, cpii varient avec leur écartement. Au contraire, avec les sensations pures, on n’obtient pas de progrès éducatif, et l’éducation est un signe de complexité du processus étudié.

L’elTet inverse, qui entraîne des résultats plus mauvais au fur et à mesure des recherches, est un signe de fatigue, soit fatigue réelle de l’attention, soit ennui et lassitude de l’elfort volontaire, susceptibles d’être combattus et vaincus par des stimulations bien choisies.

La décroissance des résultats au fur et à mesure des épreuves, malgré les stimulations employées, jiermettra, surtout lorsqu’on fera appel à des é[)reuves réellement fatigantes, d’apprécier la fatigabilité individuelle.

Des mesures de seuils sensoriels, des temps de réaction de choix conqilexes, seront particulièrement aptes à cette détermination : Les croissances des temps moyens des réactions pris de dix en dix, les élévations des seuils j)Our l’intensité des sons ou pour les pressions cutanées, donneront des courhcs de fatigue croissante.

Dans ces courlies, la fatigue sera fonction, tout d’abord d’un coclliclenl [)ro[)rc de fatigabilité du sujet, et aussi de l’intensité de l’elfort initial . Si l’effort primitif d’attention n’a pas été très grand, les résultats se maintiendront assez longtenqis à un taux uniforme, et il y aura là un signe (jue le sujet n’a pas donné le maximum d’elfort dont il était susceptible, tout comme dans la mesure dynamographique des

efforts musculaires où la chute n’est rapide que si la contraction est maxinia au début.

III. — La recherche des seuils sensoriels . — Lorsqu’on effectue des mesures de sensations, on détermine, ou bien la plus petite excitation susceptible de provoquer une sensation, ou bien la plus petite différence entre deux excitations, qui soit susceptible de provoquer une différenciation de deux sensations.

Ce sont là deux mesures de ce que l’on appelle des « seuils », seuils absolus ou seuils différentiels.

Les seuils absolus ne peuvent être considérés comme atteints que lorsque le sujet a accusé une sensation pour l’excitation minimale à plusieurs reprises ; en effet, si les réponses se faisaient au hasard, on pourrait croire, à la suite d’une simple coïncidence, à la réalité d’une sensation provoquée. D’autre part, si l’on attend d’avoir atteint le seuil de certitude, lorsque le sujet accuse un grand nombre de fois, sans aucune erreur, la sensation provoquée par l’excitation minimale, on risque de déterminer le seuil beaucoup trop haut, à cause des oscillations de l’attention, qui peuvent entraîner des erreurs passagères.

Il semble qu’on puisse, sur un total de huit à douze épreuves, considérer le seuil atteint lorsque les réponses exactes se produisent au moins dans les trois quarts des cas, soit six fois sur huit ou neuf fois sur douze.

Mais, si Ton obtient quatre fois de suite des réponses exactes, il y a déjà de très grandes probabilités pour qu’on ait atteint le seuil cherché, et l’on peut alors pratiquement s’en tenir là.

INTRODUCTION

Il en est de même pour les seuils dllférentiels, particulièrement délicats à mesurer. Ces seuils, qui impliquent une comparaison de deux sensations et un jugement de diflerence, devraient théoriquement se déterminer au moyen de deux excitations dilTérentes et simultanées, sans quoi le sujet est amené à comparer une sensation et une image*. C’est aussi ce que nous avons visé à réaliser toutes les fois que cela nous a été possible. Pour la vision, il peut y avoir simultanéité de présentation dans le champ visuel, d’où, pour le sujet, la possibilité d’une série de visions alternanatives, successives il est vrai, mais séjiarées par un intervalle de temps de l’ordre de quelques centièmes de seconde, négligeable étant donnée la persistance des phénomènes sensoriels. Mais il y a des cas où il est malheureusement impossible de réaliser une simultanéité entière ou approchée ; parfois cette impossibilité est matérielle comme dans le cas de sensations de contact en un point donné de la peau cpil ne peuvent que s’y succéder - ; le plus souvent l’impossibilité est due à des raisons psychologiques, comme pour la comparaison de sons de hauteurs dillérentes où la simultanéité peut entraîner des battements ré-

1. Il faut d’ailleurs iiot(ir que la couiparaison simultanée peut être moins fine (jue la comparaison successive, comme Mac Dougali, l’a constaté pour les intensités lumineuses. Deux sensations agissant simultanément exercent en effet l’une sur l’autre une iniluence inhibitrice comme l’ont montré les remarquables travaux d’IlKYMAXs.

2. Mais on pourrait encore, si l’on a deux régions cutanées d’égale sensibilité, comparer les sensations provo([uées j>ar les deux excitations différentes portées sur leurs surfaces respectives ; seulement la division de l’attention peut rendre moins exacte la comparaison.

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yélateurs — par les simples variations qu’ils provoquent — d’une différence de hauteur qui peut fort bien n’être point perçue comme telle. De même encore si l’on fait comparer, l’une au-dessus de l’autre, deux lignes de longueur inégale, ou, évoluant parallèlement, deux excitations sensorielles d’inégale durée, la comparaison s’effectuera par la perception de la longueur dont une des lignes dépassera l’autre, ce (]ui dépend de Tacuité visuelle, ou de la durée dont une excitation survivra à l’autre, ce qui dépend seulement du seuil absolu de perception de la durée.

On est donc forcé dans ces cas d’éloigner les lignes à comparer dans l’espace, d’éloigner les durées à comparer dans le temps. Dans les deux cas, on entraîne une comparaison successive, qui seule permet la détermination du seuil différentiel. Mais il est certain qu’on doit faire appel à une succession aussi rapide que possible pour ne pas donner dans cette comparaison un rôle trop important à la persistance des images, à la mémoire.

Enfin il y a à envisager une dernière question générale relative aux seuils : Il n’est pas indifférent de déterminer la valeur d’un seuil absolu ou d’un seuil différentiel, en partant d’une excitation nettement perçue, ou différenciée d’une autre, pour descendre jusqu’au point où cesse la perception exacte, ou au contraire, en partant d’une excitation incapable de provoquer la perception cherchée, pour monter juscju’au point où apparaît cette dernière. Les valeurs des seuils déterminés de ces deux manières ne coïncident pas. De même qu’il se produit des surfusions quand on refroidit des solutions, et qu’on dépasse le

INTRODUCTION

point de solidification avant que cette dernière se produise, de meme, en physiologie, on peut dépasser le seuil véritable d’excitation avant que la réaction apparaisse. C’est un fait constatable dans l’excitation électrique des muscles et des nerfs, et il ne faut ])as s’étonner de le rencontrer en psycbopbysiologie sensorielle. Le seuil véritable est-il donné par la marche descendante à partir d’une valeur supérieure au seuil ? mais peut-être y a-t-il là encore un phénomène analogue à la surfusion et descend-on au-dessous du seuil réel. La valeur la plus probable paraît devoir être donnée par une moyenne des deux valeurs obtenues par ces méthodes inverses b ,

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