‹ Technique du traitement de la coxalgie [electronic resource]Chapitre 12 sur 74 · C. — Application de l'appareil · texte numérisé non relu

C. — Application de l'appareil

1° L'enfant revêtu du jersey est placé comme le tablier d'un pont sur les deux piles de livres, les épaules appuyées sur l'une et le sacrum sur l'autre. La mère lui tient la tête et l'occupe. Les deux aides, — a la rigueur un aide suffirait, — lui tiennent les pieds, tendant les .jambes comme les brancards d'une brouette.

2* Explication, « à sec », aux aides, de l'effort qu'ils auront à produire dans quelques instants, pendant la prise du plâtre, et du sens dans lequel ils

devront appliquer cet effort pour assurer, selon les indications particulières à chaque cas, telle ou telle attitude correctrice ou compensatrice. Ces efforts sont de trois sortes :

a) Rotation du pied en dedans ou en dehors;

b) Traction ou refoulement de la jambe;

c) Abduction ou adduction de la jambe.

3" Bouillie de plâtre. — Dans une cuvette vide et sèche, mesurez cinq verres de plâtre. Ajoutez trois verres d'eau. Gâchez.

Plongez une bande roulée dans cette bouillie, dont elle s'imprégnera pendant que vous l'y déroulerez et l'enroulerez de nouveau. Vous avez dix à douze minutes avant que se fasse la prise du plâtre qu'elle renferme. — A votre exemple, un aide plâtrera les autres bandes, et vous commencerez l'application.

40 Premier temps. — Application des bandes plâtrées. — Débuter par un premier tour de bande en ceinture. Continuer à recouvrir l'abdomen par des circulaires, en déroulant la bande sans pression, continuer par un spica de l'aine, puis circulaires de la jambe jusqu'au point où l'appareil devra s'arrêter, y compris le pied dans les grands appareils. Appliquer ainsi les six ou dix bandes plâtrées, prenant soin d'assurer au niveau du pli de l'aine, qui est le point fragile, la solidité en imbriquant les uns sur les autres plusieurs spicas. A ce moment, l'enfant est soulevé comme une planche horizontale parles pieds, par le bassinet par les épaules; les deux piles sont rapidement enlevées, et il est déposé sur la table. 3° Deuxième temps. — C'est celui qui décide de la valeur de l'appareil. Trois préoccupations :

a) Assurer l'adhérence intime du bassin à la carapace plâtrée qui l'entoure. A cet effet, l'opérateur, disposant ses deux mains en gouttière par une demi-flexion des doigts, vient coiffer les deux crêtes iliaques en déprimant avec les éminences thénars les fosses iliaques internes, pendant qu'il applique fortement les doigts allongés sur la fosse iliaque externe. En même temps, de tout son poids, il fixe le bassin sur la table, et il ne bouge plus jusqu'à ce que la prise du plâtre soit complète.

b) Les aides des jambes font : 1° la rotation du pied; 2° la traction ou le refoulement de la jambe, suivant le côté ; 3° l'abduction ou adduction, telle qu'elle leur a été indiquée.

c) Une troisième personne vient coiffer de ses deux mains comme de deux calottes sphériques la région du genou, afin de prendre avec le plâtre l'empreinte de la rotule et des condyles, empêchant ainsi que la jambe puisse tourner dans l'appareil autour de son axe, ce qui se produirait évidemment, malgré la fixation de l'appareil sur les crêtes iliaques, si l'on n'avait soin d'utiliser tous les reliefs de l'articulation du genou qui forment autant de clavettes entre le manchon plâtré et la jambe.

6° Troisième temps. — Quand le plâtre est définitivement durci, les aides abandonnent leur poste, et on procède à diverses éebancrures qui facilitent la respiration abdominale, la flexion du genou, le panser ment d'une fistule, etc.

Un appareil plâtré peut être défectueux pour deux raisons : 1° Parce qu'il ne fait pas corps avec le malade. Il est alors inutile. Ce défaut vient :

a) De la couche d'ouate, souvent trop épaisse, qui est sous l'appareil et qui empêche le plâtre d'épouser intimement les reliefs, lesquels

sont des points d'appui naturels. — C'est pourquoi nous préconisons le simple jersey sur la peau.

6) De ce que l'appareil, bien fixé au niveau des crêtes iliaques, ne l'est pas suffisamment au niveau de la rotule et ne maintient pas la rotation du pied telle qu'on la désirait. — On a toujours comme ressource, dans ce cas, de prendre le pied dans l'appareil. 2° De ce que l'appareil, tout en étant irréprochable au point de vue de la contention, ne réalise pas l'attitude de correction ou de compensation désirable.

Il ne suffît pas d'obtenir la correction exacte et complète de l'attitude vicieuse, il faut maintenir intégralement, mathématiquement, cette correction.

Tous les médecins peuvent arriver aisément, à l'aide du chloroforme, à la correction et même à l'hypercorrection. Mais un très petit nombre, même parmi les spécialistes, savent conserver exactement cette correction. Et, cependant, on conviendra que tout est là.

A quoi cela sert-il de corriger, si l'on ne conserve pas la correction faite?

Or, très peu de chirurgiens, même spécialistes, je le répète, savent faire des appareils suffisamment précis pour garder mathématiquement la position nouvelle donnée au membre malade.

J'en connais qui font des appareils « comme des sacs » autour du bassin ; ils tomberaient sur les pieds de l'enfant si l'on ne prenait pas la précaution de les maintenir à l'aide de bretelles. La présence de ces bretelles suffit pour faire juger de la valeur de ces appareils.

Il va de soi que pour maintenir la correction d'une déviation tant soit peu rebelle, l'extension continue proposée par Lannelongue après cette correction ne suffira généralement pas ; il en est de même des appareils silicatés (Ollier), qui ne prennent leur forme définitive qu'après vingt-quatre heures. L'enfant a cent fois le temps de se dévier et d'imposer une forme défectueuse à l'appareil avant que celui-ci ne soit solide.

Il n'y a qu'un moyen d'assurer le maintien de la correction obtenue. C'est d'appliquer un plâtre, et de maintenir très mathématiquement la correction jusqu'à ce que le plâtre soit pris. La chose est possible avec le plâtre et n'est possible avec aucune autre substance.

Mais il ne suffit pas d'employer du plâtre pour être sur de faire une bonne contention.

Ainsi les appareils à bretelles dont je parlais tout à l'heure sont en plâtre, et cependant vous devinez combien ils sont insuffisants. Los enfants mis dans ces appareils avec une jambe de longueur normal»-, se retrouvent deux mois après avec un raccourcissement de 2, 3, 4 et 5 centimètres, qui s'est produit dans le plâtre et malgré lui.

Autant vaudrait ne rien mettre que de mettre des plâtres aussi défectueux. En tout cas, il est bien préférable d'employer intelligemment l'extension continue après la correction, plutôt que ces appareils mal construits.

L'art de construire un appareil de contention parfait est presque tout dans la coxalgie.

Il faut donc à tout prix que les médecins sachent faire des bons plâtres, ce qui leur servira pour bien autre chose encore que le traitement de la coxalgie.

Mais, direz-vous, si la majorité des spécialistes eux-mêmes

ne sait pas les faire, comment pourrons-nous apprendre, nous qui ne sommes pas spécialistes, qui n'avons pas souvent l'occasion de construire de tels appareils?

Je réponds malgré que ceci puisse paraître paradoxal, qu'il n'est pas plus difficile de faire un bon plâtre de coxalgie que d'en faire un mauvais.

Si les spécialistes dont je parle ne savent pas les faire, c'est parce qu'ils ont de mauvais principes et qu'ils ne veulent pas en démordre. De même il y a des chirurgiens de profession qui ne seront jamais propres ni aseptiques, et cependant l'asepsie et la propreté sont, je pense, à la portée de tous les médecins. Mais, vous le savez, il n'y a pas de pires sourds que

Vous allez juger de la facilité de faire un bon appareil de coxalgie en lisant après le sommaire de ce chapitre, les quelques pages suivantes.

Il y a deux conditions à remplir pour faire de bons appareils de

coxalgie.

La première, c'est de ne pas interposer, entre le plâtre et les parties à maintenir, une couche d'ouate telle que les os, dès que l'ouate se sera tassée, puissent jouer dans l'intérieur de l'appareil.

Or, beaucoup de spécialistes appliquent quatre ou cinq doigts d'épaisseur d'ouate entre la peau et leurs bandes plâtrées; vous voyez ce que cela peut faire après quelques semaines, lorsque l'ouate s'est tassée ou a été arrachée peu â peu par l'enfant.

ÉTUDE TECHNIQUE DES iMOYKNS THÉRAPEUTIQUES

La deuxième condition, c'est de bien modeler le bord supérieur du bassin, de coiffer les crêtes iliaques, en faisant une dépression d'ungros doigt au plâtre au-dessus de ces crêtes iliaques; sans quoi, l'appareil étant circulaire, les crêLes peuvent remonter ou redescendre à leur gré et reproduire la déviation dans le plâtre et malgré le plâtre. — Ce modelage, les spécialistes dont je parle ne le font pas davantage.

Voici les règles très simples et très sûres qu'il faut suivre pour faire du premier coup un appareil plâtré de coxalgie très exact.

1° Comme revêtement du sujet '(fig. 34), au lieu d'ouate1, mettez à l'enfant, en guise de caleçon, un maillot ou jersey ordinaire ou bien même deux jerseys l'un sur l'autre; la manche recouvrira la jambe, et le bord inférieur du maillot deviendra ici le bord supérieur (Qg. 34).

L'appareil ira des fausses côtes au pied malade inclusivement. Comme la manche s'arrête à mi-jambe et ne recouvre pas le pied, vous le chausserez de l'autre manche du jersey que vous aurez coupée d'avance. Le bord supérieur de cette sorte de chaussette empiétera sur l'extrémité inférieure de l'autre manche jusque vers le genou.

L'enfant, ainsi revêtu du jersey ou du double jersey, est placé sur un pelvi-support, que vous pouvez improviser partout avec deux caisses, deux petits bancs ou deux piles de livres, de manière à soutenir les épaules et la tête d'un côté, et le bassin de l'autre (6g. 35).

Les pieds sont maintenus dans la position voulue par un aide. 2° Reste à faire le plâtre.

On parle partout d'attelles en bois, ou en métal, ou en plâtre. Ces attelles ne sont pas nécessaires.

Voici la manière la plus simple et la plus sûre de faire un bon plâtre du premier coup.

Vous avez des bandes de tarlatane gommée du commerce, de 5 à 6 mètres de long et de 10 à 15 centimètres de large.

Trempez-les dans une colle de plâtre que vous avez préparée séance tenante avec trois verres d'eau froide et cinq verres de plâtre {donc, ni sel ni eau chaude).

Ces bandes de mousseline mises roulées dans cette bouillie ne

•1 je me sers volontiers d'ouate en n'en mettant qu'une très légère couche, el j'ai des appareils parfaits; mais je n'ose pas en recommander l'emploi, parce qui! est trop difficile pour les débutants d'en mettre juste assez, mais pas trop!

MANIÈRE DE PAIRE UN APPAREIL PLÂTRÉ DE COXALGIE 03 s'en imprègnent pas; mais déroulez-les dans la cuvette de bouillie

Fig. 34. - L'enfant revêtu do sou maillot simple ou d.ub'.e, mis à la manière d'un caleçon.

et enroulez-les de nouveau « tour par tour » (fig. 36); elles s'imprégneront ainsi de la quantité de colle qu'il faut.

Fi". 35. — PelvUsupport improvise.

Vous prenez la première bande sans l'exprimer et vous en faites l'application sur le malade.

Pendant ce temps, une personne ou deux qui vous ont vu pré-

parer cette bande, en prépaient une, deux, trois, quatre, cinq autres.

Elle vont (surtout si elles sont deux ou trois) aussi vite pour les préparer, sensiblement, que vous pour en faire l'application sur le malade.

Au reste, si vous n'avez personne pour ce travail, si vous n'avez pour vous aider, — ce qui sera bien rare, — qu'une personne

Fig. 36. — Manière de préparer les meilleures bandes plâtrées. — On roule une bande do mousseline gommée dans de la colle plâtrée (trois verres d'eau pour cinq verres de plâtre).

occupée à tenir les pieds du malade, vous pouvez préparer vousmême toutes les bandes, avant d'appliquer la première.

En effet, j'ai calculé qu'avec une pareille bouillie, faite avec du plâtre à modeler ordinaire, les bandes imprégnées mettent environ de dix à quinze minutes avant de se prendre.

Vous avez donc le temps de les préparer et de les enrouler toutes sur le malade, à raison d'une demi-minute par bande (il faut sept ou huit bandes pour un enfant de dix ans), avant qu'elles commencent à sécher.

A la cinquième ou sixième minute, l'appareil est fini. Vous enlevez l'enfant du pelvi-support, vous le posez sur la table, vous vérifiez et vous rectifiez la position que vous maintenez en attendant que cela sèche, c'est-à-dire de cinq à six minutes, comme je l'ai dit.

Mais revenons un peu en arrière pour fixer deux points : la manière de rouler les bandes autour du corps et la manière de modeler ensuite les parties à maintenir.

1" Comment rouler les bandes (fig. 37). — On les roule et on les applique exactement sur le maillot, mais s'ays pression; on les roule comme on ferait un spica de l'aine avec une bande de toile.

Si on les applique exactement, f appareil ne sera pas trop lâche.

Si on ne fait pas de pression, il ne sera pas trop serré.

Fig. 37. — On roule la premicro bande.

On recouvre ainsi régulièrement le tronc, depuis la circonférence passant par l'appendice xyphoïde jusqu'au pied inclusivement. »

Il faut, ai-je dit, six à sept bandes de 6 mètres de long et de 15 centimètres de large pour un enfant de dix ans.

Souvenez-vous que l'appareil se brise surtout à la région inguinale. Consolidez donc ce point en repliant la bande plusieurs fois sur elle-même ou en imbriquant les uns sur les autres plusieurs spicas; cela vous dispense d'y mettre une attelle quelconque (fig. 38 et 39.)

2° Comment modeler les parties à maintenir : crêtes iliaques, genou (fig. 10, il, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48). — On s'occupe de ce modelage dès que l'enfant est descendu du pelvi-support et remis sur la table, quelques minutes avant la prise du plâtre.

Calot. — Traitement do la coxalgie. 5

On coiffe les crêtes iliaques en Taisant, au-dessus (non pas sur, mais au-dessus) et en avant d'elles, une dépression au plâtre avec les mains légèrement fléchies, ponce en avant, et l'index avec

Pig, 38 pour consolider la partie fragile de l'appareil au niveau de l'aine malade, on roulio la bande sur elle-même plusieurs l'ois. Ce qui remplace les attelles de renforcement.

les autres doigts en arrière. De plus, on déprime aussi le plâtre au-dessous de la crête iliaque sur la. fosse iliaque externe, de manière à placer la crête entre deux dépressions : la supérieure,

Fig. 39. — Dernière bande.

plus profonde, dans l'espace ilio-costal, et l'inférieure, sur la fosse iliaque externe, moins marquée.

Avec les mains, l'on abaisse ou l'on remonte un des côtés du bassin, suivant ce qu'exige la correction.

On applique également le plâtre sur les condyles fémoraux et de chaque côté delà rotule, en renfermant par conséquent la rotule entre deux dépressions...

MANIÈRE DE PAIRE UN APPAREIL PLATRE DE COXALGIE 07 Kl voilà tout le secret pour faire des appareils plâtrés parfaits!

Figf. 10, — L'appareil terminé, on remet l'enfant sur la table. — On vérifie et rectifie au besoin la position. — On coiffe les crêtes iliaques. — On emboîte la rotule entre deux dépressions latérales.

Si après la correction vous maintenez ainsi, vous ne verrez pas

>•'"-'• ••• • Mauvais appareil; Fig. 12. — Les os iliaques Fig. 13. — Appareil bien l'ait, bien — appareil plâtré sans dé- peuvent librement s'incli- modelé sur les crûtes iliaques et do

ner et se déplacer dans cet chaque côté 'le la rotulo. Los os appareil. Appareil mal iliaques ne peuvent pas se déplacer fait. m en liant ni en lias. L'appareil ne

peul pas tourner au genou.

pression, toi qu'on les fait partout malheureusement.

cette correction se perdre dans te plâtre, je ne dis pas de S ceriti-

mètres, comme on le voit chez certains spécialistes, mais pas même d'un millimètre.

Manière de découper le plâtre (fig. 49). — En haut, en forme de cœur, sur la région abdominale. v

Fi- 44 - Manière do coiffer les crôtes iliaques ; - Fig. 45. - Coupe d'un appareil bien modelé °a place des mains pour modeler l'appareil sur au-dessus des os .Laques,

les crûtes iliaques.

Au genou, vous pouvez faire une petite fenêtre pour la rolule, et une autre sous le talon également.

Vous pouvez faire une fenêtre aussi pour le traitement d un

Fi„ 16 Coupe schématique du genou Fig. 47. - Coupe schématique du genou dan, ;un

de tourner.

sens.

abcès, s'il y en a un, ou bien pour surveiller tel point suspect (fi- 51), tout en conservant tous les bénéfices de l'appareil plaire.

Pour être bien sûr de maintenir exactement, ou si 1 enfant souffre, appliquez un grand appareil prenant le pied.

Lorsque la correction sera bien acquise, après quelques mois du grand appareil, un plâtre moyen s'arrêtant au mollet vous suffira (fig. 50). Et plus tard vous ferez un petit appareil laissant le fonctionnement du genou libre, mais bien appliqué sur les condyles par deux palettes latérales affleurant en bas l'interligne, — avec lequel l'enfant marchera sans gêne et très correctement (fig. 52).

Manière de consolider le plâtre. - - Le plaire esl Irop faible, par-

Fig. 48. — Lo grand appareil brut.

tout, ou en un point. — Vous le consoliderez en mettant une ou plusieurs bandes nouvelles immédiatement; ou bien, pour ne pas risquer de le briser en replaçant l'enfant sur le pelvi-support, vous appliquerez des carrés de mousseline trempés dans la colle plâtrée sur toutes les parties de l'appareil qui sont accessibles sans qu'on bouge l'enfant, et, une demi-heure plus lard, vous roulerez quelques tours de bande pour maintenir le tout.

Le secret pour réussir ces réparations immédiates ou tardives, qui passent pour difficiles, c'est d'élendre d'abord sur toute la partie qu'on veut consolider une couche de colle plâtrée, et d'ap-

pliquer sur cette couche des carrés de mousseline plâtrée à une seule épaisseur, un par un.

Si vous employez de la colle trop épaisse ou un carré de mousseline composé de plusieurs épaisseurs, la nouvelle pièce ne s'incorporera pas à l'ancienne, tandis qu'en procédant comme je viens de le dire, la pièce nouvelle s'adaptera très intimement et très soli-

Fig. 49. — Le même, découpé sur le ventre et sur le pied, et poli.

dément à l'ancienne, et vous serez aussi habile à faire « le vieux que le neuf » .

Manière d'élargir le plâtre. — L'appareil est trop serré en un point. — Si l'enfant accuse une compression ou une douleur en un point, vous pouvez pratiquer une petite fenêtre en ce point précis : talon, malléole, genou, épine iliaque.

Vous rebouchez cette fenêtre avec un carré d'ouate et une bande de mousseline ordinaire.

L'appareil est trop serré partout : sensibilité obtuse ou nulle dans les orteils; orteils violacés ou exsangues. — Cela n'arrive que si vous avez appliqué vos bandes plâtrées avec pression. On peut y remédier sans enlever le plâtre. Faites une incision médiane

sur la partie abdominale, puis sur la partie jambière de l'appareil ; écartez les bords de 1, 2, 3 centimètres, jusqu'à ce que soient revenues la sensibilité et la coloration normale des orteils, et fixez les bords à ce degré d'écartement avec un carré de mousseline trempé dans de la bouillie plâtrée, ou môme simplement avec une bande de mousseline non plâtrée roulée tout autour de

Fig. 50. — Appareil moyen.

l'appareil, qu'on peut serrer un peu davantage les jours suivants.

Manière de resserrer le plâtre. — L'appareil est trop lâche ou trop large : on passe Jes mains entre le ventre de l'enfant et le plâtre; la jambe ballotte dans le plâtre. — Cela n'arrive que si l'on n'a pas appliqué exactement les bandes sur le jersey. Vous y remédierez en faisant de môme une incision sur la partie pelvienne et sur la partie jambière de l'appareil, en enlevant sur chaque bord, ou de préférence sur l'un des deux bords, une largeur de 1 , 2, 3 centimètres du plâtre, du haut en bas, et en rapprochant ensuite les bords, que vous fixerez par un carré de mousseline plâtrée.

Mais, en ces cas, il est encore plus simple, meilleur et plus précis, de remplacer complètement l'appareil.

Manière de pratiquer une fenêtre dans le plâtre. 11 est facile, avec un bistouri ou môme un couteau ordinaire bien tranchant, de pratiquer une fenêtre de la dimension voulue dans l'appareil,

On coupe couche par couche très doucement, jusqu'à ce qu'on ait la sensation de loucher le tissu du jersey au lieu du plâtre dur.

La difficulté est justement de ne pas traverser le jersey sans s'en apercevoir et de ne pas blesser l'enfant.

Fig-. 51. — Le mémo avec des fenêtres à la hanclio et au genou.

Avec un peu d'habitude l'on y arrive; mais si vous n'avez pas cette habitude, en prévision de l'obligation où vous serez de pratiquer une fenêtre soit à la hanche pour surveiller un point suspect, soit au genou ou au talon, pour éviter toute constriction de ces parties susceptibles, vous aurez eu la précaution d'appliquer sur le jersey en ces divers points un carré d'ouate d'un centimètre d'épaisseur avant de mettre le plâtre. Grâce à ce carré d'ouate, vous pourrez ouvrir des fenêtres en ces endroits sans aucune crainte de blesser l'enfant. Le double jersey donne également une sécurité parfaite.

Manière d'enlever le plâtre. — Pour enlever l'appareil en entier.

à chaque renouvellement, je vous conseille de mettre l'enfant dans un bain ordinaire d'un quart d'heure à vingt minutes.

L'appareil se sera ainsi ramolli, de telle sorte que vous pourrez le sectionner très facilement avec un couteau ordinaire. Vous commencerez la section par la partie abdominale, en glissant votre main entre la peau et le plâtre pour soulever celui-ci, ce qui est possible vu sa mollesse et son humidité; et vous continuerez par la partie jambière, en glissant toujours votre main entre la peau et l'appareil, que vous présentez ainsi au couteau. La section et l'enlèvement du plâtre

ne demandent que deux à trois minutes, dans

ces conditions.

Quant à nous, nous l'enlevons souvent sans

bain préalable, en coupant sur la ligne médiane avec un bon bistouri et en nous aidant

d'une éponge humectée d'eau chaude, avec

laquelle on ramollit la partie sur laquelle porte

la section. On écarte les bords dans la mesure

où on le peut, et on redouble d'attention lors- Kg. 52. -Le petit appareil

1 , do marche lorsque la

qu'on sent qu'on arrive au jersey. Avec un coxalgie est guérie

peu d'expérience, on réussit ainsi à enlever

le plâtre sans jamais érafler 1 epiderme de l'enfant.

Objections faites à l'emploi de 1 appareil plâtré.

1° Il empêche la surveillance de la hanche malade, a-t-on dit : un abcès, par exemple, qui se produirait sous le bandage, pourra nous échapper et s'ouvrir spontanément à notre insu. — C'est l'objection que me faisait Lannelongue pour repousser, il y a quelque dix ans, l'appareil plâtré que je proposais pour le traitement de la coxalgie.

Je réponds : — 1° L'abcès met toujours plusieurs mois au minimum à se former et, après sa formation, plusieurs mois encore au minimum avant de s'ouvrir spontanément au dehors, si bien que, dans la pratique, il suffit de faire une exploration attentive cà tous les changements d'appareils, soit tous les trois ou quatre mois environ, pour éviter sûrement cette ouverture spontanée.

2° 11 nous est possible, si nous avons la plus petite crainte à ce sujet, do supprimer l'inconvénient dont on se plaint théoriquement. Pour Cela, nous pratiquons dans l'appareil une petite fenêtre au niveau des points suspects de la hanche; le couvercle plâtré enlevé, presque à l'emporte-pièce, avec un couteau, se réâpplique très exactement et est maintenu à l'aide d'une bande de mousseline. On l'enlève aussi souvent qu'on le veut pour faire l'examen de la région. Le volet peut être assez large, sans nuire à la solidité d'un appareil bien construit.

Cela permet d'attendre tranquillement le changement du plâtre pour faire un examen plus complet de la région.

2° Les appareils amènent à la longue une certaine atrophie du membre inférieur. — Ce reproche est un peu fondé, et les meilleures choses ont leurs petits inconvénients. C'est pour cela, du reste, que nous n'appliquons un appareil plâtré que lorsque nous y sommes obligés. Dans les cas où le repos dans la position couchée sur un cadre suffit, nous nous passons du plâtre pour ne pas atrophier ou enraidir la hanche (voir 1er cas). Je puis ajouter que tous les autres appareils atrophient tout autant sans maintenir aussi bien, à beaucoup près; ils ne rachètent donc pas, comme le plâtre, ce petit inconvénient.

3° Ils sont mal supportés. — L'assertion est fausse si l'appareil est bien fait. Non seulement tous les enfants le tolèrent, mais encore tous sont heureux d'avoir un tuteur qui, dès son application, supprime toute douleur et leur donne une sécurité et une tranquillité absolues.

L'appareil plâtré procure un parfait bien-être aux coxalgiques : il suffit de visiter les salles de nos hôpitaux pour s'en convaincre.

4° Les appareils plâtrés sont d'un entretien difficile et se souillent fréquemment. — Cela n'est vrai que pour les tout petits enfants, et il est possible d'arriver, même chez eux, â préserver le bandage pendant assez longtemps à l'aide de petits moyens, en le recouvrant de toiles imperméables au niveau du bassin, en avant et en arrière, par exemple; c'est affaire d'ingéniosité et d'attention de la part des mères; mais il faut cependant, pour ces tout petits, se résigner à remplacer l'appareil de temps à autre.

5° La peau s'altère sous l'appareil. — En aucune façon ; elle se recouvre simplement de débris épidermiques. Si l'on fait, avant l'application du bandage, la toilette complète du corps à l'alcool et à l'eau de Cologne, et surtout si l'on se sert d'un maillot ou d'une

MANIÈRE DE PAIRE UN APPAREIL PLATRE DE COXALGIE 75 ouate passés à l'étuve, on n'a pas à craindre les troubles de nutrition de la peau.

6° Les appareils plâtrés sont difficilement acceptés parles parents. - Oui, souvent, par les parents ignorants, qui n'ont jamais vu un enfant plâtré; mais non par ceux qui ont pu se rendre compte du bien-être de l'enfant ainsi maintenu, et de l'impossibilité dans laquelle la jambe se trouve de se déplacer. Cette constatation, que les mères font sur leur enfant dès les premières vingt-quatre heures qui suivent l'application de l'appareil, dissipe immédiatement leurs doutes, qui se changent bien vite en une satisfaction et une sécurité complètes.

Avantages de l'appareil plâtré.

1° L'appareil plâtré est souverain contre les douleurs de la coxalgie, s'il prend le pied et s'il est bien construit1.

2° L'appareil plâtré bien fait est le seul moyen que nous ayons de maintenir intégralement une correction d'attitude vicieuse dans la coxalgie, et l'on conviendra que ce maintien intégral de la correction est une chose capitale pour obtenir de bons résultats. Aucun autre appareil (en cuir, celluloïd ou silicate) ne peut nous donner, dans les cas tant soit peu rebelles, celte garantie capitale. 3° On pourrait soutenir aussi qu'il rend la guérison plus rapide. Comme avantages secondaires, signalons : la surveillance facile des enfants et la grande sécurité que ce bandage donne au médecin et aux familles. Il est des coxalgiques que je soigne de cette façon très loin de Berck; je les vois tous les trois ou quatre mois; dans l'intervalle de mes visites, grâce à l'appareil plâtré, parents et chirurgien sont parfaitement tranquilles.

Les religieuses que j'ai actuellement à l'hôpital Cazin-Perrochaud sont celles qui étaient jadis à l'hôpital administratif de Berck, avant sa laïcisation. Elles me disent journellement : —Les coxalgiques étaient bien autrefois, du temps de l'extension continue, les enfants qui nous donnaient le plus de mal : l'appareil de traction se déplaçait dix fois par jour, quoi qu'on fit; les enfants souffraient au moindre déplacement, et les complications étaient très fréquentes.

1. Si ce n'esl toutefois en tel cas exceptionnel, où la douleur peut être entreternie par In formation (l'un abcès dans l'intérieur dos os ou de la capsule le.noraie.

Depuis l'usage de l'appareil plâtré, les coxalgiques sont, au contraire, ceux qui nous donnent le moins d'ennuis et le plus de satisfaction. Les enfants mis dans l'appareil ne soutirent plus; ils retrouvent la gaieté, l'appétit, le sommeil; on les remue sans craindre de leur causer la moindre douleur, et nous avons la joie de les voir guérir.

Cette facilité de les déplacer sans douleur permet, en ville, de les poser sur la petite voiture dans laquelle on les promène soit dans les rues, soit à la plage : ces déplacements ne sont ni douloureux ni nuisibles pour le bon état de la jointure.

Est-il étonnant, après cela, que toutes les mères dont les enfants ont été une fois « plâtrés » soient ravies de ce traitement et n'en veuillent pas d'autres?

Encore un avantage précieux : c'est que cet appareil, le plus parfait qui existe, est aussi le seul que le médecin puisse construire facilement lui-même, séance tenante, sans le secours de l'orthopédiste ou du mécanicien. Attachez-vous donc à faire de bons appareils plâh'és très précis; c'est facile, mais c'est indispensable; vous aurez de bons ou de mauvais résultats dans le traitement de •la coxalgie, suivant que vous les ferez bien ou mal.

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