I» A HT II-: CLINIQUE
s'en servant comme de formes, deux chaussures ordinaires. Ceci fait, je fais fabriquer une talonnette en bois ou en liège, exactement pareille à la talonnette en plâtre que j'ai gardée. Je la mets dans la chaussure du pied malade, et voilà l'enfant capable de bien marcher avec une chaussure sensiblement pareille comme aspect à celle du côté sain.
Dans la partie antérieure de cette chaussure, pour caler les orteils, je fais mettre un tamponnet d'ouate, et parfois, m 'inspirant de ce qui se fait clans les chaussures d'O'Connor, une toute petite articulation, pour donner plus d'aisance et de souplesse à la marche.
Avec des chaussures ainsi faites, qu'on peut fabriquer partout, on se passera heureusement de toutes les opérations sanglantes portant sur le pied (Wladimirov Mikulicz), destinées à corriger les raccourcissements du membre inférieur.
Encore un mot sur la mobilisation des ankyloses.
1° Ankyloses dont la mobilisation ri est pas permise. L'ankylose n'est pas toujours une terminaison défectueuse de la coxalgie.
Nous avons vu au contraire que c'était la terminaison souhaitable dans les cas, — encore en majorité à l'heure actuelle, — où il y a une usure des os, et des muscles notablement atrophiés.
Ankyloser la hanche est alors le meilleur moyen de donner à la marche une solidité et une régularité presque parfaites.
C'est aussi le meilleur moyen d'assurer l'avenir, d'empêcher l'apparition de déviations nouvelles.
Je parle, bien entendu, des ankyloses en bonne position, c'est à-dire des ankyloses en abduction légère.
Cette sorte d'ankylose avec abduction de 15 à 20", non seulement permet une marche régulière, mais, de plus, compense, au point de vue fonctionnel et pratique, les deux centimètres d'étoffe qui manquent au squelette de la jambe.
L'ankylose n'est donc pas une mauvaise chose par elle-même. Ce qui la rend mauvaise, c'est l'attitude vicieuse dans laquelle elle s'est faite. Alors il faut y toucher, mais seulement pour la corriger, pour la remplacer par une ankylose en légère abduction.
Mais que l'on comprenne bien que ce n'est pas pour la mobi-
CONVALESCENCE
liser. Au contraire, lorsque ces ankyloses se présentent avec des mouvements, nous devons tout faire pour supprimer ces mouvements. Il est donc entendu que, lorsque les parents vous demanderont de mobiliser une ankylose produite après l'usure des os de la hanche, fibreuse ou osseuse, vous vous y refusez.
Non pas qu'il soit impossible ou môme grave d'obtenir cette mobilisation. Mais c'est un mauvais service à rendre au malade, qui marchera après cela moins bien et se fatiguera plus vite, et qui risquera de voir augmenter chaque jour sa boiterie.
Il arrive trop souvent qu'après un tel traitement de mobilisation, toujours long et difficile, on est, en fin de compte, obligé de réankyloser la hanche.
Laissons ces pratiques aux rebouteurs ignorants. Nous, nous n'avons pas le droit d'y avoir recours, car nous savons trop bien que notre malade n'a pas une chance sur vingt d'en retirer un bénéfice durable, et qu'il court le plus grand danger de voir s'aggraver son état fonctionnel. — Cela est absolu pour tous les cas où l'ankylose s'accompagne d'une usure notable des os.
2° Ankyloses qu'on feut mobiliser.
Ce n'est que dans les ankyloses fibreuses succédant à des coxalgies du premier cas ou tout au plus du premier degré du deuxième cas (voir 1er et 2'ne cas), — où les os sont sans usure appréciable et où les muscles ont une vigueur sensiblement normale, — qu'il peut être question de mobilisation. Alors, oui, dès que le malade est très bien guéri depuis plus de dix mois, il est permis, en même temps qu'on le masse vigoureusement, d'imprimer à la fin de chaque massage quelques mouvements doux, mesurés et progressifs, à la hanche enraidie. — Il est préférable de laisser au repos pendant quelques mois de plus qu'il n'est de règle l'enfant à qui l'on fait cette mobilisation.
J'ai vu assez souvent les mouvements revenir et se conserver, après ces manœuvres lentes, méthodiques et prudentes. Mais bien que cela ait pu réussir en certains cas, ne faites pas de mobilisation rapide sous chloroforme, pour ne pas risquer de provoquer une inflammation.
Les ankyloses auxquelles on peut toucher sont donc l'infime exception. En outre il faut bien savoir qu'il n'est pas rare de voir les mouvements revenir spontanément à la longue, après une ou plusieurs années, sous la seule influence de la marche, et de massages intelligemment faits.
Il faut donc savoir attendre en pareil cas.
En terminant, je veux vous redire qu'en présence d'un coxalgique vous devez avoir constamment devant les yeux ce double objectif.
1° Ne pas ouvrir ou ne pas laisser s'ouvrir le foyer tuberculeux de la coxalgie ;
2° Sauvegarder la bonne attitude de la jambe et, dans les cas particuliers bien spécifiés dans ce livre, sauvegarder en outre la vigueur des muscles et la souplesse de la hanche.
Par ces moyens vous guérirez la coxalgie, soit avec une jambe normale dans les cas bénins, soit avec une jambe permettant à l'enfant de marcher encore très régulièrement, dans les cas graves s'accompagnant d'usure des os, parce que cette usure sera suffisamment compensée par une ankylose en légère abduction.
Et dans les cas, qui deviendront de plus en plus exceptionnels, où cette abduction ne suffira pas à compenser une usure trop grande des os, vous arriverez du moins à atténuer dans une très large mesure la boiterie. La jambe, même alors, restera une jambe très utile, qui permettra à l'enfant de marcher, non pas seulement sans béquilles, mais même sans canne. On n'aura plus de ces boiteries lamentables qui faisaient jadis de tous les coxalgiques de véritables infirmes ; car la cause principale des grands raccourcissements et des grandes boiteries est, nous l'avons vu, non pas l'usure des os, mais l'attitude vicieuse; et contre l'attitude vicieuse nous pouvons tout.
Mais vous n'arriverez à des résultats durables que si vous vous rappelez qu'il est nécessaire de voir le malade, non pas seulement pendant la période active du mal, la période des douleurs ou des abcès, comme le croient beaucoup de médecins, mais encore pendant un très long temps après la mise sur pied, ce temps se chiffrant souvent par deux, trois, quatre ans et même davantage ce qui me conduit à vous redire en terminant qu'on a dans la coxalgie le résultat qu'on mérite par son application et sa persévérance.