EXTENSION CONTINUE
Sommaire. — La meilleure ou la pire des choses, suivant l'usage qu'on en fait. — Le plus souvent on la fait mal, on l'installe mal, on la surveille mal. On s'endort dans la satisfaction trop prompte du devoir accompli, et pendant ce temps l'enfant se déforme. Conclusion. — Ne pas faire d'extension continue, si l'on ne peut compter sur l'intelligente sollicitude des parents et sur la surveillance prescpue quotidienne du médecin. — Y recourir en ville rarement, à l'hôpital jamais. — Lui préférer l'immobilisation par l'appareil. — En présence d'une déviation, faire plutôt la correction immédiate suivie de l'application d'un plâtre. — Technique de l'extension continue : un bas ou une guêtre lacée par devant, à laquelle s'attache le poids au moyen d'une corde passant sur une tringle ou sur une poulie. Toutes les six semaines, vérifier la direction et la position, l'enfant nu sur une table.
Vous savez déjà certainement faire l'extension continue; il ne s'agit que de l'appliquer à la cuisse malade.
Il y a dix manières de fixer au membre malade les liens qui doivent soutenir le poids de l'extension. Si vous avez un procédé que vous connaissiez bien, tenez-vous-y.
Si vous êtes habitué aux bandes de diachylon, c'est très bien : faites-les remonter jusqu'au tiers supérieur de la cuisse pour agir non pas seulement sur la jambe et le pied, mais sur la cuisse directement.
Si vous n'avez pas de système préféré, voici celui que je conseille, parce qu'il peut être employé partout et que les parents sont d'ordinaire capables de le bien surveiller en votre absence, ce qui est nécessaire pour que l'extension soit vraiment continue.
Faites faire en coutil, ou mieux en cuir doux, en basane, par votre cordonnier, un long bas qui remontera jusqu'au tiers supérieur de la cuisse, qui sera lacé par devant, avec des œillets et des pattes comme dans les chaussures lacées ; qu'on laisse une fenêtre,
EXTENSION CONT1NUH *'
ou tout au moins qu'oo ne mette pas de couture sous le talon, pour éviter de Le blesser. Du milieu de la partie jambière du bas part de chaque cété une lanière de cuir qu'on maintient écartée des malléoles, sur lesquelles elle pourrait amener une pression douloureuse, écartée au moyen d'une baguette de bois transversalement
Fig. 30. — Guôtre on coutil ou en cuir pour l'extension continue.
posée, sensiblement plus large que la plante du pied et à chaque extrémité de laquelle se trouve un crochet passant dans le trou que porte l'extrémité de chaque lanière (fig. 30, 31, 32).
Fig 31. — Appareil extemporané d'extension continue. Le pied est bandé jusqu'au-dessus des malléoles. Uae bande est placée en étrier sous la plante : les deux chefs de cette bande remontent jusqu'à la racine de la cuisse. ,
A la partie moyenne de la baguette est un autre crochet où se fixe la corde qui soutient le poids; cette corde passe sur une poulie, ou, à défaut de poulie, sur la tringle transversale du pied du lit ou
fig. 32. Les deux chefs de la bande en TJ sont recouverts jusqu'au dessus du genou. Ils sont ensuite rabattus de chaque cote du membre et l'on continue lo bandage en descendant jusqu'aux malléoles.
du cadre, ou bien encore dans un trou creusé dans le rebord terminant le cadre ou le lit en bois. Rien n'est plus facile à adapter. A l'extrémité de la corde on met un poids en plomb ou en sable de la valeur de deux, trois, quatre kilogrammes, suivant l'âge de l'enfant et le résultat qu'on veut obtenir; s'il s'agit «l'une déviation à corriger, on augmente la valeur du poids.
Le bas sera lacé plus ou moins étroitement, en tout cas assez solidement pour qu'il ne soit pas entraîné par le poids extenseur.
C'est là une affaire de tâtonnement de la pari des mères, qui guetteront le degré de tolérance de l'enfant.
Voilà pour le cas où l'on tire sur une jambe sensiblement droite.
Mais si la jambe est très pliée, presque à angle droit, il faut modifier un peu le système, qui, sans cela, donnerait une traction trop indirecte.
Le mieux, en ce cas, est d'employer un système de traction un
Fig. 33. — Extension continue dans le cas fie flexion notable de la cuisse sur le bassin; pendant une première période on élève la poulie de façon à donner à l'extension la direction donnée par la flèche 1. On abaisse progressivement la poulie au fur et à mesure quo la correction se fait, ce qui donnera, dans la suite, les directions 2 et 3. Dès que la direction de la cuisse est devenue presquo normale, on applique la traction suivant le mode ordinaire. Pour éviter le gonflement du pied et de la jambe, on les entoure d'un bandage ouaté.
peu analogue à celui dont se serf Ilennequin pour les fractures de cuisse (fig. 33).
La partie moyenne d'une serviette pliée suivant sa longueur est appliquée sur la partie antérieure du tiers inférieur de la cuisse. Les parties latérales de la serviette passent ensuite derrière la cuisse, près du jarret, pour s'y entre-croiser et revenir en avant se nouer au niveau de la tubérosité antérieure du tibia!
A ce nœud s'attacbe la corde qui soutient le poids extenseur.
Si le fémur est en rotation externe, vous mettrez la corde un peu en debors du nœud. Si le fémur est en rotation interne, vous la mettrez un peu en dedans.
— Mais la jambe repliée et le pied? — Eh bien, la jambe repliée et le pied, vous pouvez les maintenir en calant le genou de chaque côté avec un épais coussin de sable, ou bien en creusant légèremenl le matelas pour placer la jambe et le pied dans cette dépression.
EXTHNS10N CONTINUE
Pour produire ce creux, on découd le matelas à la partie inférieure du côté correspondant à la jambe malade; on enlève la bourre sur un espace un peu plus large que la jambe et un peu plus long que la jambe et le pied, et on maintient le creux ainsi t'ait en fixant sur son pourtour, avec des épingles de sûreté, les deux parois de toile du matelas.
Lorsque la jambe s'est défléchie, qu'elle est revenue à une position rapprochée de la normale, la corde qui soutient le poids se rapproche des malléoles et finalement on peut reprendre le mode d'extension ordinaire, la jambe reposant sur le même plan que la cuisse.
Il est difficile, en pareil cas, d'agir sur le levier supérieur pour aider à la correction de la déviation lombaire.
L'os iliaque est porté en avant et l'ensellure augmente sous l'effet de la traction de la jambe. On cherche à repousser le bassin d'avant en arrière, c'est-à-dire de haut en bas pour l'enfant couché, avec des sangles bien serrées, en ayant soin d'interposer entre la peau et les sangles des coussins de protection; on empêche ainsi plus ou moins complètement les reins de s'enseller et on rend plus effective la traction sur le genou.
Contre-extension. — Le moyen le plus simple, c'est d'élever les pieds du lit de l'enfant et de fixer, c'est-à-dire de retenir par quelques tours de bande Velpeau, le tronc de l'enfant sur le cadre ou sur le lit en bois; ou bien on peut faire une contre-extension directe en mettant un écheveau de laine très douce à la racine du membre sain et en adaptant les deux extrémités de cet écheveau à des anneaux situés à la partie supérieure du cadre ou du petit lit, de manière à tirer en haut le côté correspondant du bassin de l'enfant.
Si la jambe est en abduction, l'écheveau se place sur l'aine du côté malade.
Si la jambe est en adduction, l'écheveau se mettra du côté sain.
Le maintien du tronc par un gilet de coutil, dont les extrémités sont fixées au cadre, assure également cette contre-extension.
Après un peu, très peu de temps, le soin de l'extension, telle que je viens de la décrire, pourra être confié à la mère de notre petit malade ou à une garde attentive ; c'est pour cela que j'indique ce système de préférence à tel ou tel autre, car le médecin ne peut guère exercer lui-même une surveillance suffisante.
En suivant vos instructions et après quelques tâtonnements, les
Caî-ot. — Traitomcnt do la coxalgie. \
mères intelligentes sauront obtenir beaucoup par l'extension continue ; mais ce moyen thérapeutique demande de très grands soins et une certaine adresse. Si vous n'êtes pas bien secondé, il vaut autant y renoncer.
Dans les hôpitaux, où il y a trop de malades, ce n'est pas non plus un système pratique.
Enfin il ne faut pas demander à l'extension continue plus qu'elle
ne peut donner.
Il y a des cas de coxalgïes douloureuses ou de déviations rebelles, où elle ne suffît pas à faire disparaître soit la douleur, soit la déviation.
Cette douleur ne sera calmée qu'avec l'appareil plâtré, et cette déviation ne sera effacée que par une correction faite sous chloroforme, suivie immédiatement de l'application d'un bon appareil plâtré.