‹ Technique du traitement de la luxation congénitale de la hanche [electronic resource]Chapitre 21 sur 70 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

L'EXTENSION CONTINUE PRÉALABLE

A. — Nécessité de cette extension préalable.

J'estime qu'il est un très grand nombre de luxations congénitales de la hanche qui sont encore aujourd'hui considérées comme irréductibles et qu'on pourrait cependant réduire si l'on voulait bien les soumettre à une extension préalable de 15 à 25 kilogrammes surveillée patiemment, pendant plusieurs mois.

On oublie trop de nos jours cette influence énorme de l'extension préalable.

Encore tout récemment nous en avons eu la preuve palpable.

Il s'agissait d'une jeune fille de 16 ans et demi avec une luxation droite (voir obs. 2°, p. 242).

Un de mes assistants, — un peu influencé par les affirmations de certains spécialistes qui disent et écrivent couramment que l'extension préalable ne sert^à rien, — m'a demandé de faire la réduction sans cette extension préalable.

J'ai voulu faire « un essai loyal ». J'ai commencé la séance par une extension forcée extemporanée de 100 kilogrammes pendant 12 minutes. Après quoi j'ai fait consciencieusement et vigoureusement la 1", la 2* et la 3° manœuvre et les ai fait faire successivement par ce même assistant, qui avait demandé cette tentative immédiate, et après lui par tous les autres. Eh bien, 50 minutes d'efforts considérables et variés n'ont servi à rien. Nous avons dû abandonner la partie. Nous avons décidé de soumettre l'enfant à une extension continue de 18 à 20 kilogrammes pour plusieurs mois; après 2 mois de cette extension, je fais une 2" tentative de réduction; celle-ci est obtenue, en moins de 40 minutes, malgré les 16 ans passés de la jeune fille, par quelques manœuvres douces. Voilà, ce

me semble, un fait assez probante Mais Pravaz n'avait-il pas fait déjà celte preuve, en arrivant à réduire véritablement des luxations congénitales de la hanche sans avoir l'appoint du chloroforme, et quelles luxations? des luxations doubles de 14 et IS ans. J'en suis personnellement certain ayant eu l'observation d'une de ses opérées qui était la grand'mère d'une de mes petites luxées.

Le secret de ses guérisons se trouve là, dans le soin qu'il mettait à soumettre ses malades pendant 4, 6, 8 et même 12 mois à une extension préalable d'une valeur énorme : 18 et 20 kilogrammes, extension vraiment continue, car il voyait ses malades tous les jours pour s'assurer que la traction était bien appliquée et bien agissante.

Sans doute, nous pouvons aujourd'hui, par des manœuvres un peu vigoureuses, réduire séance tenante la luxation congénitale jusqu'à 6 ans et 10 ans sans extension préalable; mais est-ce une raison pour se priver des bienfaits de cette extension continue préalable qui doit logiquement reculer notablement les limites de réductibilité de la luxation congénitale et qui, dans les cas considérés comme réductibles, doit faciliter énormément la besogne? Usez-en, vous qui le pouvez, qui avez les malades près de vous; usez-en dans tous les cas tant soit peu rebelles soit par l'âge (passé 6 ans), soit par la hauteur ou la forme postérieure de la luxation chez les enfants plus jeunes.

Faites-la même chez les tout petits enfants si vous désirez personnellement ou si les parents vous demandent la réduction sans chloroforme, car celle-ci deviendra alors possible. N'oubliez pas que Pravaz faisait cette réduction sans anesthésie, dans des cas autrement graves, grâce à cette extension préparatoire.

B. — Manière de faire de r extension préalable.

Il y a bien des manières de faire une extension continue sur la cuisse et le membre inférieur tout entier.

Il n'est pas de médecin qui n'en ait fait pour le traitement d'une fracture de cuisse ou d'une coxalgie. Si vous avez un procédé que vous connaissez bien (extension d'Hennequin ou de Tillaux avec

1. Plus probant encore est le cas, cité dans la noie de la page 49, d'une femme de 2G ans, chez qui une extension de 28 kilogr., continuée pendant 2 mois 1/2 nous a permis de réduire.

l'extension continue préalable

le diachylon), tenez vous-y, en y apportant cette modiiîcation très agréable pour le malade : la permission de s'asseoir. La position horizontale du tronc n'est pas obligatoire ici comme dans l'extension de la coxalgie.

S'il n'y a pas de procédé que vous préfériez a priori, en voici un que je vous conseille parce qu'il peut être employé partout et

Fig. 37. — Guêtre ea coutil ou en cuir pour l'extension continue

que les parents sont d'ordinaire capables de le bien surveiller, chose nécessaire pour que l'extension soit vraiment continue. Faites faire en coutil ou mieux en cuir doux, en basane, par

Figr. 38. — Appareil o.xtemporané d'extension continue. — Le pied est bandé jusqu'au dessus des malléoles. Une bande est placée en étrier sous la plante : les deux chefs de cette bande remontent jusqu'à la racine de la cuisse.

votre cordonnier, un long bas qui remontera jusqu'au tiers supérieur de la cuisse et qui sera lacé par devant, avec des œillets et des pattes à la manière des chaussures lacées; on ménagera une

Fig. 39. — Les deux chefs de la bande en U sont recouverts jusqu'au-dessus du genou. Ils sont ensuite rabattus de chaque côté du membre, et l'on continue lo bandage en descendant jusqu'aux malléoles.

fenêtre dans le talon, ou tout au moins on n'y mettra pas de couture pour éviter de le blesser. Du milieu de la partie jambière du bas part, de chaque côté, une lanière de cuir, qu'on maintient écartée des malléoles (sur lesquelles elle pourrait amener une pression douloureuse) au moyen d'une baguette de bois transversale, sensiblement plus large que la plante du pied et à chaque bout de

laquelle se trouve un crochet passant dans un trou pratiqué à l'extrémité de chaque lanière.

A la partie médiane de la baguette est un autre crochet où se fixe la corde qui soutient le poids; cette corde passe sur une poulie,

Fig. 40. — Extension continue dans le cas de flexion notable do la cuisse sur le bassin ; pendant une première période on élève la poulie de façon à donner à l'extension la direction donnée par la flèche 1. On abaisse progressivement la poulie au fur et à mesure que la correction se fait, ce qui donnera, dans la suite, les directions 2 et 3. Dès que la direction de la cuisse est devenue presque normale, on applique la traction suivant le mode ordinaire. Pour éviter le gonflement du pied et do la jambe, on. les entoure d'un bandage ouaté.

et, à défaut de poulie, sur la tringle transversale du pied du lit ou du cadre, ou bien encore dans un trou creusé dans la paroi pleine terminant le cadre ou le lit en bois. Rien n'est plus facile à adapter.

A l'extrémité de cette corde, on met un poids en plomb ou en sable de la valeur voulue.

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