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TUMEURS PRIMITIVEMENT MALIGNES. LES CYLINDROMES

Les cylindromes sont des tumeurs primitivement malignes à point de départ épithélial; ils constituent la forme la plus fréquente des néoplasies primitives des glandes salivaires. Le nom de cylindrome donné à cet épithélioma est dû à des caractères histolo-

LR giques, en particulier à l’état muqueux du stroma qui borde les travées cancéreuses.

Sur les préparations, on distingue :

— d’une part : les cordons néoplasiques formés de

cellules petites, assez régulières, creusées d’une cavité vacuolaire arrondie;

— d'autre part : le stroma extrêmement abondant par rapport aux cordons néoplasiques, formé par un tissu très lâche, surtout au voisinage des cellules cancéreuses. Les colorants (thionine, mucicarmin) colorent intensément le tissu conjonctif qui borde les cordons. Cet étui coloré, cylindroïde, est l’élément caractéristique du cylindrome.

Cet aspect microscopique ne cafactérise d’aiileurs pas un groupe absolument autonome. Les épithéliomas baso-cellulaires de la peau peuvent subir une évolution cylindromateuse partielle plus ou moins étendue. Mais on le trouve surtout dans les néoplasmes des glandes muqueuses ou séro-muqueuses.

L'évolution cylindromateuse répond à une adaptation particulière de certaines lignées épithéliales (Sergent, Ribadeau-Dumas, Babonneix).

— Au point de vue clinique : tous les caractères d’une tumeur bénigne évoluant lentement apparue depuis plusieurs années. Souvent, le malade vient consulter pour une récidive.

Le diagnostic fait le plus souvent est: tumeur mixte de la sous-maxillaire.

L'examen histologique découvre le cylindrome.

Ce sont des tumeurs malignes à évolution excessivement lente (8-10 ans), caractérisée par l’apparition de récidives locales; ne s’accompagnant pas d’adénopathie satellite, donnant finalement des métastases viscérales (surtout pulmonaires).

Nous possédons trois observations de cylindrome qui confirment ces notions :

M”* R.… Ernestine (docteur Tailhefer) : — Vient consulter pour la première fois en janvier 19344. Tumeur grosse comme une orange, située dans la région sous-maxillaire gauche; pas d’adhérence à la peau, pas de signes de malignité. Parfaitement limitée. Bosselée, uniformément dure. Elle aurait mis dix ans pour atteindre son volume actuel (?). Diagnostic : tumeur mixte de la glande sous-maxillaire.

Le 19 février 1934: Evidement sous-maxillaire gauche (docteur Tailhefer). Pièce : en partie calcifiée.

Examen histologique : F. Curie (21.231), docteur Gricouroff. Cylindrome typique.

Le 15 février 1935, donc un an après : la malade vient consulter pour plusieurs gros noyaux encore mobiles siégeant au niveau de l’angle de la mâchoire. Apparition progressive depuis trois mois. S'agit-il d’une récidive de la tumeur primitive ou de ganglions néoplasiques? On décide de réintervenir. Mais la malade a un accident et se fracture l’humérus droit au 1/3 supérieur. Radiographie osseuse. Fracture (aucun aspect de fracture pathologique sur métas-

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tase). D'ailleurs bonne réduction sur un Pouliquen et consolidation.

L'opération sur le cou est faite à ce moment : évidement carotidien avec résection de la jugulaire interne et du sterno (docteur Tailhefer).

On trouve une masse bas située au niveau de l’omohyoïdien, masse rétro-veineuse. |

Examen histologique : pas de ganglions néoplasiques. Il s’agit bien de la récidive d’un cylindrome (Gricouroff).

Le 2 décembre 1935. Cou: pas de traces de récidive.

Humérus consolidé, maïs signes de compression du radial par le cal.

Radiologiquement : cal soufflé, on se demande s’il s’agit d’une dystrophie osseuse du cal ou d’une métastase du cylindrome. La réduction n'est pas parfaite, la consolidation est obtenue.

Opération : découverte du 1/3 supérieur de l'humérus droit dans le sillon delto-pectoral.

Prélèvement pour examen histologique.

Suture.

Examen histologique : il s’agit de la métastase d’un cylindrome.

Traitement par R. X. (docteur Baclaisse).

En avril 1935 : très grosse amélioration, il n'y a plus de déformation humérale.

Revue en juin 1936 : état général et local parfait.

En février 1938 : métastases pulmonaires.

Mort 4 ans après le premier examen clinique, 14 ans après le début supposé de la maladie.

Le

Les deux autres observations concernent des malades qui avaient été opérés antérieurement et viennent avec une récidive sans diagnostic précis.

M°* V.., 43 ans (docteur Roux-Berger). — A déjà été opérée plusieurs années auparavant pour une tumeur dont elle ignore la nature.

Se présente le 8 juillet 1929 pour une tumeur située au niveau de la branche horizontale du maxillaire inférieur, on croit sentir autour quelques ganglions.

Opération : évidement en bloc de la région sousmaxillaire (docteur Roux-Berger). Opération satisfaisante mais on est gêné par le tissu de cicatrice de l'opération antérieure.

Suture assez difficile en raison de la grande quantité de peau enlevée.

Examen de la pièce : la tumeur est constituée par un tissu mou, rouge foncé, homogène.

Examen histologique : pas de ganglions envahis.

Cylindrome de la glande sous-maxillaire.

En décembre 1929, la malade semble présenter une récidive locale, Puis ne vient plus à la consultation et est perdue de vue,

2° M. F. Robert, 34 ans (docteur Poux-Berger). — Le malade a subi en 1917 une première intervention par un chirurgien étranger. On ignore les raisons et les résultats de l’opération.

En 1931: opéré à Charleville pour une tumeur sous-maxillaire gauche, très adhérente aux muscles.

Examen histologique: tumeur ayant la structure du corps thyroïde (Laboratoire municipal de Reims).

En avril 1933, vient consulter le docteur Roux- Berger.

Récidive : on constate une tumeur sous-maxillaire gauche, diffuse, bien limitée par places. Pas complètement fixée.

Peau non envahie.

Palper intra-buccal : on perçoit la tumeur, muqueuse non envahie, Amygdale gauche un peu saillante, consistance normale. Pas de ganglions.

Très sensible à la palpation, comme une lésion inflammatoire (douleur en se rasant).

Opération : extrêmement difficile à cause du caractère diffus de la tumeur et de son infiltration dans les muscles. Hémostase laborieuse.

Examen de la pièce : tumeur diffuse, dure, homogène, grisâtre. Pas de ganglions au voisinage.

Examen histologique (F. Curie 19.631), docteur Gricouroff.

Cylindrome de la glande salivaire.

Tumeur dont la malignité reste, en général, longtemps locale.

En janvier 35 (quatre ans après la première intervention) : Bon état général. Mais récidive qui évolue lentement. |

Induration diffuse à la face interne de la branche horizontale du maxillaire ; induration sous-mentale

us M ARE 4 également suspecte. On est obligé de conseiller Pabs- 1 tention, vu le caractère diffus et le peu de sensibilité de ces tumeurs. |

Mars 35 : augmentation lente.

Apparition d’une voussure intra-buccale.

Douleurs. d a de Mars 36 : Tumeur énorme.

2e Face cutanée : tumeur étendue qui, partie de la région sous-maxillaire, se prolonge vers la région parotidienne et sous-mentale. On voit même le long de la branche montante un prolongement ptérygoïdien. LES

Peau relativement mobile. Non envahie.

% Cavité bucale : la tumeur tombe dans le sillon ma- A

4 xillo-lingual, soulève le plancher de la bouche. La |

4 protraction de la langue est limitée. La tumeur en- F2 3h vahit les deux piliers et la loge amygdalienne. SES 6

= Malgré l'étendue des lésions, muqueuse non infiltrée. ce

< On décide de faire des R. X. | Fe Fe

| Mars 36 : premier traitement par R. X. 0

2. Juin 36 : deuxième traitement Roentgenthérapique. Octobre 36 : grosse amélioration locale. Bon état général. 2 Février 1938 : Douleurs. Région sous-maxillaire épaissie et douloureuse. Radio : vaste destruction de la branche montante du maxillaire inférieur par une lésion maligne.

Métastases pulmonaires.

Août 38 : tumeur volumineuse et ulcérée.

Métastases pulmonaires.

Décès.

Si l’on néglige la première intervention faite en 1917 sur laquelle on ne possède aucun renseignement, l’évolution s’est faite en sept ans. gs

Dans ces trois cas, le cylindrome de la glande sous-maxillaire est une découverte d'examen histologique.

Cliniquement : pas de caractères nets de malignité.

Malgré le volume de la tumeur : la peau «et la muqueuse restent extrêmement longtemps non envahies (contrairement à une tumeur ganglionnaire cancéreuse).

Pas de ganglions satellites. Pas d’infestation ganglionnaire à distance.

Pronostic fatal : évolution lente, 8-10 ans, dominée par la fréquence des récidives locales. Métastases pulmonaires généralement tardives.

Les radiations ne semblent pas totalement inefficaces. (On a pu le voir dans une de ces observations.) Elles sont capables non pas de guérir ces lésions, mais de les influencer favorablement en donnant une régression plus ou moins importante de la masse tumorale. Régression qui peut être utilisée pour une action chirurgicale dans les cas extrêmes.

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