‹ Technique, Indications et Résultats Éloignés de la Greffe Ankylosante du Rachis dans le Traitement des ScoliosesChapitre 18 sur 60 · ÉVOLUTION DU GREFFON · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DU GREFFON

Les deux phases de Pévolution du greffon ont été maintes fois décrites :

D'abord, une décalcification, on pourrait presque dire une résorption.

Puis les contours réapparaissent, l’opacité augmente amsi que le volume.

Nous soulignons encore ces faits car leur conséquence pratique est primordiale : 1l faut immobiliser 10 à 12 mois le rachis pour donner au greffon le temps d'accomplir ce eyele biologique. Il n’est vraiment apte à remplir son rôle de tuteur qu’au bout d’un an environ. À noter cependant que Fèvre et Lance tendent à raccourcir ces délais. Nous avons vu dans quelles conditions, en étudiant le traitement post-

opératoire.

L'aspect Radiologique des greffons anciens (10-12 ans), est très particulier. Ils sont très opaques à la radio, noirs, volumineux. La forme s’est modifiée La portion de la greffe incluse dans l’apophyse épineuse a disparue. Les parties situées entre les apophyses prennent un aspect légèrement arciforme,

concave en avant (fig. 13).

CR es

En un mot il y a une véritable organisation segmentaire du greffon que traduit l’image en dent de peigne, sur les radios,"de profil. Pour employer une

expression un peu finaliste : il semble qu’il s’adapte à sa fonction et que les forces qui s’exercent sur lui, lui fassent subir un véritable modelage en même temps que sa résistance et son volume s’accroissent.

Au cours de certaines réinterventions pour greffes étagées (1 Fèvre, 1 Lance) on a pu constater que le greffon était fixé dans un lit de tissu fibreux. Son aspect est blanc Cos de bœuf ». [Il est peu vascularisé. On est frappé de l’importance du tissu fibreux qui l’entoure et de la prolifération d'éléments osseux à point de départ des apophyses épineuses fracturées. Il semble bien qu'il faille faire une large part à ces deux éléments dans la solidité de l’ankylose. Dans un cas où le greffon sequestré dût être enlevé en entier ’ankylose est néanmoins parfaite et l’image radiographique n’a pas été modifiée par l’ablation de la

oreffe.

Rôle trophique. — Peut être aussi l'importance de la réaction des tissus autour du greffon, qui suppose un remaniement et une grande activité circulatoire, explique-t-elle partiellement le rôle trophique de la greffe osseuse.

Pour notre maître le Professeur Ombrédanne, cette action trophique est vraisemblable. Elle serait analogue à celle que nous connaissons au greffon dans

Thèse Judet. 3

Fig. 13. — Profil radiologique d’un greffon vieux de 3 ans. Aspect en « Arche de pont » (Fusion parfaite du greffon et des apophyses).

Font

certames dystrophies osseuses : kyste fibreux et peutêtre coxa vara.

Si l’action biologique du greffon paraît probable, son mécanisme est encore obscur : pouvoir ostéogénique du fragment tibial, apport calcique, et surtout remaniement circulatoire auxquels, tout récemment, Lefort, de Lille, attribuait une action de premier plan, en sont autant de facteurs dont le rôle et l'importance restent à établir.

Action du greffon sur la eroissance. — Enfin nous nous sommes efforcés de préciser l’action du greffon sur la croissance.

Chez tous les opérés âgés de moins de 15 ans, dont la taille avait été mesurée, la croissance s'était faite dans des conditions sensiblement normales. Les chiffres varient de 2 à 15 centimètres. Ces constatations sont d’ailleurs en accord avec celles de nombreux auteurs. Moreau, à la Société belge d’orthopédie a présenté une fillette greffée à l’âge de 2 ans dont la croissance n’était nullement entravée.

Des constatations analogues ont été faites par Albee, Waldestrom et tout récemment Balascesco et Marian, de Bucarest. |

D'autre part, ces auteurs comme nous-même, n’ont pas observé que le greffon, à mesure que se développe la colonne vertébrale, perde de sa rigidité et ne joue plus son rôle de tuteur.

Ainsi trois faits importants se dégagent de ces re-

marques :

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Le greffon, loin de se résorber ou de disparaître, s’accroît avec le temps.

Il semble qu'il subisse un remaniement morpholo gique qui lui confère la forme la plus apte à résister aux pressions importantes qui s’exercent sur lui.

Enfin, le greffon croît avec la colonne vertébrale.

Ces faits nous amènent à concevoir que le transplant tibial ne se comporte pas comme un os mort, comme un corps étranger inclus dans l’organisme. Il présente une vie propre, il est le siège de phénomènes d’ossification, il est susceptible d’accroissement, 1l s’allonge avec le rachis. C’est donc comme on l’a dit un (os de greffe » évoluant comme le reste du système osseux, comme une véritable apophyse de la colonne vertébrale.

Ces faits sont d’ailleurs d’un intérêt très général qui dépasse le cadre des arthrodèses rachidiennes. ils recevront peut-être une autre interprétation quand nos conceptions sur les transplants osseux seront : moins hypothétiques.

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