‹ Technique, Indications et Résultats Éloignés de la Greffe Ankylosante du Rachis dans le Traitement des ScoliosesChapitre 26 sur 60 · CoMPLICATIONS LOCALES · texte numérisé non relu

CoMPLICATIONS LOCALES

a) Fracture du greffon.

Dans un cas, la mobilité clinique de la zone greffée, la crépitation nous avaient fait porter ce diagnostic. La radiographie ne l’a pas confirmé, le greffon était intact (Obs. IX).

Dans un autre cas de M. Lance, il y a eu 2 fractures du même greffon en 2 points différents à quelques mois de distance.

Thèse Judet. 4

Les deux ruptures furent consécutives à un traumatisme très violent.

Le traitement de la fracture de la greffe consiste en une immobilisation absolue de 3 mois qui permet généralement la consolidation. Parfois une pseudarthrose se constitue, l’intervention sanglante (pose d’un nouveau greffon) est alors indispensable (2€ fracture du cas de Lance).

b) Inflexion du greffon.

Nous ne l’avons pas observée car les délais d’immobilisation ont toujours été respectés.

c) La pseudarthrose entre le greffon et le sacrum, a été vu dans Î cas sans retentissement clinique.

d) Suppuration du greffon avec fistules.

Elle a existé dans 2 cas.

Dans l’un, on a dû enlever secondairement la totalité du greffon séquestré.

Dans l’autre, une partie seulement.

Bon résultat dans les 2 cas.

Au total, le greffon est parfaitement rigide. Il est solide et sa fracture est rare.

Résultats d'ensemble pour toutes les catégories de scolioses opérées.

Nous n'avons tenu compte que des résultats datant de plus d’un an.

rte

Les plus anciens datent de 8 ans. Ils se répartissent ainsi :

1928 2, 19293, 1930 5, 19519 199220; 193319, 1934 (3 premiers mois) 4.

Au total, 38 opérés. Æ

Il faut en déduire 3 décès.

Sur les 35 malades restant, 30 ont été revus par nous ou ont répondu à un questionnaire détaillé.

C’est donc d’après l’étude de ces 30 cas que nous avons Jugé les résultats de l’arthrodèse.

24 bons résultats.

3 résultats incomplets.

Parmi ces derniers 2 (Obs. VII et XIT ont nécessité une nouvelle greffe sus-jacente à la première et depuis sont très nettement améliorés et doivent être au total comptés dans les bons résultats dont le nombre est ainsi porté à 26.

Le troisième devra être réopéré.

3 résultats stalionnaires.

Dans aucun cas il n’y eut aggravation après l’intervention.

Au total, 26 cas sur 30 sont nettement favorables.

L'amélioration a porté sur différents points.

Sur 21 malades, accusant un mauvais état général, de la fatigue et une absence de résistance, 17 ont

A pes

observé un changement considérable. Dans tous les cas opérés sauf deux, l’activité a été heureusement transformée : une jeune fille vouée au décubitus perpétuel peut faire actuellement d’assez longues marches. La plupart des opérés inaptes à tout métier, travaillent maintenant.

Nous notons : plusieurs couturières ou secrétaires, un mécamieien-dentiste, un médecin, un professeur.

Enfin, 3 opérés accomplissent des travaux de force : un porteur aux halles ; ui :. nutentionnaire ; un conducteur de triporteur, et 15 sur 30 font réguhièrement de la bicyclette ou de la gymnastique.

Ceux qui présentaient des troubles respiratoires, ont constaté, dans la proportion de 90 %,, leur atténuation ou leur disparition.

Enfin, l’action de l’ankylose a été radicale sur les douleurs dans tous les cas de cette catégorie de scoliose que nous possédons.

Sur un dernier point, nous voulons insister avec force, tons les malades le soulignent, tous nous l’ont signalé et certains y voient le grand bénéfice de leur opération : c’est la possibilité de supprimer le ‘corset.

À leurs yeux, cette considération est capitale et à elle seule aurait sufli à les décider à l’intervention : libérés de leur corset, ils ont la sensation de rentrer dans la vie normale. Lance sur le nombre considérable des jeunes filles scoliotiques qu’il a traitées, n’en a jamais vu une vouée au corset se marier. Sur 16 jeunes filles opérées dans le service, 3 sont mariées, l’une a un enfant.

Les résultats de nos interventions sont nettement favorables dans 86 %, des cas.

À ce point de notre travail, nous voulons examiner l’objection qui ne manquera pas de venir à l'esprit de certains

Les scoliotiques que l'intervention a ainsi améliorés, n'auraient-ils pas éprouvé la même et heureuse transformation sous l'influence de thérapeutiques plus simples et dénués de risque : corset, décubitus, gymnastique.

En diminuant les pressions sur certains points des vertèbres, n’aurait-on pu diriger leur croissance et modifier leur forme ?

N’était-1l pas plus simple de mettre en Jeu les forces dont la loi de Delpech résume laction ?

Ainsi croit-on formuler la question si légitime qui se pose devant tout essai thérapeutique : quelle eût été l’évolution du même cas abandonné à lui-même ou soumis à une autre méthode.

En ce qui nous occupe, la question est sans objet, l'intervention sanglante trouvant sa raison dans l'échec des autres procédés. C’est de leur impuissance qu’elle a tiré ses indications.

L’arthrodèse rachidienne qui, dans le service du professeur Ombrédanne, a été appliquée aux scolioses suivant les indications limitées et précises

que nous avons vues donne 90 % de bons résultats, avec 6,8 % de mortabilité.

Devant ces résultats que l’on peut qualifier de remarquables, nous pensons que les indications de la méthode peuvent être élargies.

Tout d’abord, on ne doit pas être limité par les considérations d'âge qui sont tout à fait accessoires quand il existe d’autres indications à intervenir. Le très Jeune âge, nous l’avons montré, n’est pas un obstacle à l’ostéosynthèse du rachis.

D'autre part, dans les scolioses paralytiques, dans les scolioses douloureuses et dans les scolioses cervicodorsales, l'indication est formelle. Il faut intervenir. Il n’y a done aucun intérêt à attendre en multiphant plâtres ou corsets. La déformation ne peut que s’accroître, ou les douleurs persister, ou l’appareillage entraîner des troubles comme dans les formes cervico-dorsales.

L’indication peut donc être posée d’emblée et très précocement.

Dans les scolioses de l’adolescence le problème est plus délicat. Le pronostic est très difficile à porter et l’évolution est souvent déconcertante du fait d’aggravations imprévues et de stabilisations inespérées.

Jusqu’alors, c’est après une phase souvent très longue du traitement orthopédique et devant son échec confirmé que l’intervention fut décidée.

Ne pourrait-on pas, devant des rachis trop souples, devant une musculature trop déficiente, prendre une décision opératoire plus rapide ?

LR RER

Ne pourrait-on pas raccourcir cette période d’épreuve du traitement orthopédique ?

Lorsque magré sa rigueur et son intensité, les résultats sont insuflisants, il y aurait, pensons-nous, un gros avantage à le reconnaître assez rapidement : on fixerait des rachis moins déformés, avant le stade des grands affaissements et des grandes altérations thoraciques. On augmenterait le nombre de ces beaux résultats esthétiques dont nous avons signalé quelques-uns en étudiant les opérés du service.

En faveur de ces interventions plus précoces, s'inscrivent en outre : les considérations sociales.

Combien de malades ne peuvent faire les frais d’appareillages successifs et ne peuvent sacrifier la rémunération de mois ou d’années de travail.

Combien d’autres, pour lesquels ces arguments ne jouent pas, préféreraient le risque d’une intervention à cette impotence prolongée.

Toutes ces raisons, à notre sens, invitent à élargir les applications de la greffe rachidienne.

La baisse de la mortalité opératoire nous y

autorise.

CHAPTÉREM

Page 1