CHAPITRE VII
I. On se sert de préparations fraîches ou durcies pour obtenir des coupes destinées à l'examen microscopique. Elles sont en général pratiquées après le durcissement de la pièce, qui en rend la coloration et la préparation plus faciles. Il ne faut pas négliger pourtant de faire ces coupes sur des pièces fraîches et de les examiner dans l'eau ou dans une solution de sel à 0,6 % ou dans l'une des solutions indiquées au chapitre ii. Le durcissement modifie en efl'et certaines propriétés des tissus.
Pour beaucoup de cas, il suffira de faire des coupes à la main à l'aide d'un rasoir concave sur chaque fcwe (1).
L'objet à couper est tenu entre le pouce et l'indicateur de la main gauche et dépasse légèrement le bord radial de celui-ci. On pratique une surface de coupe lisse et on taille ensuite des coupes aussi minces que possible [on fait agir la lame dans toute sa longueur].
La lame du rasoir est fixée au niveau du talon du manche, avec le pouce et l'indicateur droits [le pouce du coté du tranchant, l'index et l'indicateur au dos de l'instrument]. Il suffit alors (ïincUner légèrement le tranchant vers la préparation et de le faire glisser sur elle sans pratiquer la moindre pression.
Il est facile d'obtenir des coupes régulières en plaçant la lame du rasoir sur le coté radial de l'indicateur gauche qui tient la préparation et qui sert de point d'appui.
Il faut humecter constamment et abondamment le couteau, dans le cas de préparations fraîches, avec de l'eau ou de l'alcool très dilué, avec de
(1) Le rasoir doit être bien aiguisé. Voici comment on le passe sur le cuir : on applique la lame sur celui-ci, on tient le manche avec la main tout entière, l'index appuyant sur l.i. lame; on tire la lame à soi, le dos en avant; on amène en même temps toute la longnesr e;i contact avec le cuir, en commençant par la partie rapprochée du manche. On retourne aloi's la lame sur le dos et on la porte en avant par un mouvement inverse, le pouce appliqué sur elle.
Falcool .rt dans le cas de préparations durcies. On porte les coupes dans un récipient large et plat renfermant de l'eau ou de l'alcool dilué. Les rasoirs doiiMes n'ont aucune utilité.
Les coupes les plus parfaites, les plus régulières et les plus grandes, s'obtiennent à l'aide des microtomes. Voici les principaux modèles :
1. Microtome à cylindre mobile (i). — Il est en métal et muni d'une plaque protectrice en acier. Il est constitué par un cylindre creux dont le fond peut être relevé au moyen d'une vis agissant par en bas et soulevant la préparation. Le cylindre est pourvud'une plaque métallique à sa partie supérieure. Pour pratiquer des coupes, on se sert du rasoir creux sur chaque face et à tranchant droit, que l'on humecte d'alcool ainsi que la préparation ; on le place sur la plaque protectrice et on opère sur elle sans pression, de manière que le tranchant agisse du talon à l'extrémité. Le médecin praticien ne peut guère se servir que d'un microtome moliile dont le cylindre creux mesure de 12 à 18 millim. de diamètre, et la plaque protectrice 12 millim. environ du bord à l'ouverture centrale. Avec cet instrument, on peut employer n'importe quel rasoir à tranchant droit, alors qu'avec une plaque protectrice plus grande ou un cylindre plus large, il faut un rasoir spécial.
Le microtome cylindrique ne sert qu'à couper les préparations durcies. Si elles supportent, comme c'est généralement le cas, une certaine compression sans se modifier considérablement, on les inclut entre les deux moitiés d'un morceau de foie amyloïde ou de moelle de sureau, coupé de façon à bien remplir le cylindre creux.
Si la pièce ne peut pas être comprimée, on verse dans le cylindre creux de la paraffine liquéfiée par la chaleur pour en remplir le fond. Le morceau est placé dans le cylindre dont on remplit également la lumière restante avec de la paraffine liquéfiée. Il s'agit donc d'envelojjperldiipièce dans la paraffine sans l'imprégner complètement comme dans le cas de l'injection.
Au reste, on peut faciliter fadhérence de la paraffine à la préparation en plaçant celle-ci pendant quelques heures dans un dissolvant du produit, dans le xylol, la benzine ou l'huile de bergamote, par exemple. Les mêmes réactifs serviront à enlever la paraffine des coupes.
Les microtomes munis d'un appareil pour les fixer à une table ne son guère pratiques. Les microtomes à cylindre non mobile, et ceux dont la plaque protectrice est couverte de verre, ne sont point recommandables non plus.
(1) Microtome deRanvier
2. Microtomes à traîneaux. — Ce sont des instruments beaucoup plus perfectionnés. Ils donnent des coupes plus minces, plus régulières et plus grandes.
L'appareil doit être lourd et à base large. Le rasoir est placé sur un traîneau [ou plot suffisamment lourd et pourvu de plusieurs pas de vis servant à fixer la lame dans différentes positions]; le traîneau est mobile sur trois rails qui doivent être bien polis et bien huilés.
La pièce est fixée dans une pince [l'étau porte-objet], qui doit être articulée de façon à pivoter dans tous les sens et à permettre de couper suivant différentes obliques.
La préparation est directement fixée dans cette pince, ou bien dans un appareil cylindrique, en faisant ou non usage d'une enveloppe de foie amyloïde ou de moelle de sureau ; ou bien on la fixe sur un bouchon qui est lui-même maintenu à l'aide de pinces.
C'est ce dernier procédé qui est le plus en usage. Pour l'employer, on excise un morceau en disque aplati, et on le fixe avec de \diCoUe liquide sur un bouchon dont on a érodé la surface avec un couteau. Le bouchon est alors placé pendant quelques heures dans l'alcool concentré ou absolu, où la masse colloïde prend une consistance solide.
On obtient l'adhérence plus facilement encore en faisant usage d'un mélange de gélatine et de glycérine : on met la gélatine pendant quelques heures dans l'eau, où elle gonfle, et l'on y ajoute son volume de glycérine, puis un peu de camphre, ou mieux encore des traces de sublimé qui empêchent le développement de moisissures. La masse liquide est filtrée sur linge et solidifiée. Pour s'en servir, on en liquéfie au-dessus de la flamme un morceau du volume d'un pois, qu'on place sur un couteau, et l'on en dépose quelques gouttes sur le bouchon où l'on met la pièce. Cette masse se solidifie très rapidement dans l'alcool.
On n'oubliera pas que les morceaux qu'on colle sur bouchon ne doivent pas être trop grands. Ils ne doivent pas avoir plus de 8 millim. de haut, pour ne pas plier devant le rasoir.
En général, on disposera le rasoir en angle aussi aigu que possible par rapport à la préparation , de telle sorte que la lame puisse être complètement utilisée pour la coupe; on ne lui donnera une situation se rapprochant de la perpendiculaire que pour les pièces petites et très dures. Mais il est difficile d'énoncer de bonnes règles générales; souvent il faut tâtonner pour donner au couteau la situation convenable.
On aura soin de tenir le rasoir du microtome à traîneau constamment humide, de même que l'objet, avec de l'alcool qu'on étend à l'aide d'un pinceau. On a construit à cet effet des appareils à égouttement [ainsi, l'irri-
gateur automatique de Beruliard, qui se fixe sur l'armature de l'instrument].
Voici, en résumé, la description de l'appareil de Jung. Il est essentiellement constitue' par le statif et par trois traîneaux : les traîneaux de l'objet, du rasoir et de la vis micrométrique. Le statif est formé de quatre plaques métalliques dont la première repose sur la table; la seconde est implantée sur celle-ci perpendiculairement et porte de chaque côté une autre plaque disposée en angle aigu ouvert en haut et portant des rails. Les coins métalliques, les traîneaux, y sont disposés et s'y meuvent sur des pieds en ivoire ou sur des boutons. Le traîneau du rasoir est placé d'un côté, les deux autres de l'autre. Le rasoir est fixé au premier par la poignée dans laquelle s'engage la vis d'arrêt : on le dispose de façon à en utiliser toute la longueur ou une partie seulement. Il a parfois la forme d'un coin, dont la face inférieure est lisse et la supérieure évasée. Le plot de l'objet, le porte-objet, est ouvert ou fermé à l'aide d'une vis : il supporte l'objet ou le bloc de la préparation auquel un dispositif spécial — l'appareil à orientation — donne la direction désirée. Or, la voie du plot du rasoir est horizontale, tandis que celle de l'objet est oblique en haut. Si l'on fait avancer le traîneau de l'objet à l'aide de la vis micrométrique, il s'élève, et avec lui la préparation, qui pourra dès lors être coupée; les coupes sont évidemment horizontales. Le nombre de tours ou de fractions de tours effectués par la vis micrométrique permet de mesurer l'épaisseur de la coupe (la valeur d'un tour est de 15 [jl pour le microtome de Jung; 10 divisions 2/3 d'un tour correspondent à 10 |x). Lorsque l'on pousse le traîneau du rasoir, on évite de presser sur lui, afin de ne pas déplacer la couche d'huile des rails (il ne faut pas huiler les plaques de verre dont sont pourvus certains microtomes). On évitera aussi défaire des coupes épaisses, afin de ne pas émousser le couteau. Il faut encore veiller à ce que toutes les vis soient bien serrées, de manière à fixer solidement la pièce et le rasoir aux traîneaux. L'obliquité d'orientation du rasoir convient surtout pour les objets difficiles à couper. Enfin, on dispose parfois la lame transversalement pour pratiquer les « coupes en tienia » : les petits objets, enrobés dons la paraffine, sont sectionnés en coupes qui restent adhérentes par leurs bords à la lame.
On enlève les coupes du rasoir au moyen d'un pinceau fin, et on les porte dans un récipient renfermant de Teau ou de l'alcool dilué. On peut aussi opérer très bien avec une aiguille en argent, mousse et flexible. On évite naturellement de toucher le tranchant de l'instrument. On aura soin de tenir l'appareil en parfait état de propreté, on le garantira du contact des acides et de l'humidité, et on le recouvrira d'une cloche ou d'une caisse en bois ou en verre.
On coupe à sec les préparations à la paraffine. Comme elles s'enroulent facilement, on a imaginé des ètaUurs de coupes : ils sont composés d'un fil métallique recourbé en crochet, fixé au rasoir, et se placent par leur partie antérieure au-dessus de la préparation. Mais on peut empêcher l'enroulement d'une façon très simple : on dispose une bande étroite de papier-
carton (carte de visite) avec laquelle on comprime, de la main gauche, la coupe sur le rasoir. On peut aussi employer une petite spatule en corne ou une aiguille, un pinceau avec lequel on retient le bord de la coupe qui commence à s'enrouler. Lee et Henneguy conseillent de tailler le bloc paraffiné en prismes à arête aiguë, de manière à donner aux coupes la forme d'un triangle juste assez large à sa base pour contenir la section de la pièce, et dont la hauteur ait deux fois environ la longueur de la base ;• on oriente l'arête du prisme vers le tranchant de la lame. La coupe placée sur un porte-objet avec la dernière spire en bas, il suffît de chaufTer légèrement pour que la partie contenant l'objet se déroule complètement.
Microtome de Gudden. — Il permet de pratiquer des coupes dans l'eau et convient surtout pour les grandes coupes du cerveau. La pièce est placée dans un cylindre métallique et est soulevée à l'aide d'une tige. Le cylindre et le couteau se trouvent dans une cuvette pleine d'eau. Pour fixer l'objet au cylindre, on emploie un mélange composé de :
La pièce destinée à être coupée sous l'eau est soigneusement de'barrassée des parcelles d'enveloppes qui pourraient y adhérer encore. Les pièces durcies au bichromate de potasse, lorsqu'elles sont à point, sont d'ordinaire assez résistantes et élastiques tout à la fois, pour être manipulées sans risque dans un liquide quelconque. Lorsqu'on les sèche avant de les introduire dans le microtome, il faut les manipuler avec soin, le cerveau et la moelle épinière surtout. La pièce à inclure est-elle bien propre, on commence par lui donner un bain d'eau à 35" ou 40°, afin que le mélange stéarinique se moule exactement sur toutes les parties. En se refroidissant dans le cylindre, ce mélange se prend, généralement, de la périphérie vers le centre, et la pièce se trouve parfaitement saisie dans la masse. Pendant que la pièce baigne, on fait fondre dans une cupale ou, s'il s'agit d'un cerveau entier, dans une casserole en fer battu, des morceaux de stéarine mélangés à des morceaux de paraffine, ou bien des morceaux de la masse sus-indiquée, la quantité étant proportionnée au volume de la pièce. Pour remplir le cylindre du microtome, la masse fiuide ne doit pas être en état d'ébullition ; il faut, lorsque les morceaux sont fondus, enlever le tout de dessus la llamme et laisser la masse se refroidir un peu, de sorte que le doigt puisse supporter le contact de la masse fiuide. A ce moment, la pièce est sortie du bain d'eau chaude, séchée entièrement avec un linge très fin et avec des morceaux de papier joseph ; on la place dans la position qu'elle doit occuper pour être coupée. Tout d'abord, on ramène le fond du cylindre à une hauteur correspondant à celle de l'objet à couper, en tournant la roue dentée. On le place par un de ses côtés sur le fond du cylindre et dans l'espace compris entre les trois boutons métalliques qui en garnissent le milieu ; il faut parfois le caler entre ces boutons avec des morceaux de liège, d'allumettes, etc., placés là où le couteau ne passera pas. Alors on remplit doucement le cylindre
Stéarine
firaisse de porc Cire
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avec la masse fluide, en ayant soin de ne pas arroser la pièce. Le cylindre rempli, le mélange se rétracte, et on ajoute encore une petite quantité de la masse qu'on laisse alors prendre dans l'immobilité: la masse est durcie au bout de quelques heures. On remplit alors la cuve du microtome avec de l'eau bouillie, refroidie et tamisée à travers deux linges. Cela fait, on recouvre le microtome. Le lendemain, on enlève, circulairement et par couches excentriques, en évitant les rayures de l'anneau, la stéarine, de façon que la lame ne tranche que la pièce (Mercier).
Dès ce moment, on se met à couper. La cuve doit être toujours suffisamment pleine d'eau propre. Le couteau doit être couvert par l'eau; il coupe de haut en bas, en s'appuyant à droite contre la règle métallique placée diagonalement sur le fond de la cuve. Il doit être dirigé plutôt par les pouces de l'opérateur que par les mains, les autres doigts n'appuyant que légèrement; le pouce gauche pousse la lame dans la direction du pouce droit; celui-ci reprend, pendant que le premier revient en arrière, et ainsi de suite. La lame doit passer sur toute l'étendue du champ de section; on lui donne une direction parallèle au bord de la cuve. La coupe flotte sur l'eau, on la pêche des deux mains. Si la pièce vacille, on la déchausse et on la garnit de térébenthine et de cire à chaud.
Gela arrive lorsque le durcissement est incomplet ou que des vides se sont produits à son pourtour pendant le refroidissement.
Il existe aussi d'autres détails de manipulations qu'on acquiert rapidement par l'expérience. On pêche la coupe sur l'eau au moyen d'un morceau de papier, ou de préférence avec une toile métallique, un treillis fm en cuivre, où on l'étalé lentement à mesure qu'on la sort de l'eau. On l'immerge alors dans un bain d'eau distillée. Mais, s'il s'agit d'une coupe du cerveau entier, on plonge une plaque de verre qui fera porte -objet dans l'eau de la cuve, on la glisse sous la coupe, et l'on passe alors celle-ci dans une assiette renfermant de l'eau distillée (A. Mercier).
3. Microtomes à congélation. — Ils méritent une description spéciale. On place la coupe à la face supérieure d'une plaque métallique sur la face inférieure de laquelle on vaporise de l'éther [à l'aide d'une double boule en caoutchouc].
L'objet doit avoir 4 millim. de haut au plus pour se congeler facilement et régulièrement. On l'imprègne au préalable d'eau et on lui enlève toute trace d'alcool. L'imprégnation par l'eau est effectuée plus rapidement à 30° qu'à la température ordinaire. Mais, règle générale, il est bon de laisser au moins une nuit entière la pièce dans une grande quantité d'eau si elle a été durcie à l'alcool ; et au moins de douze à vingt-quatre heures si elle a été incluse dans la celloïdine. Les morceaux qui ont été placés dans le liquide de Millier peuvent être coupés directement ou après un très court séjour dans l'eau; le durcissement complémentaire dans l'alcool n'est pas nécessaire pour pratiquer les coupes en congélation.
On presse légèrement l'objet avec le manche du scalpel,jiisqu'à ce qu'il soit congelé. S'il ne se congèle pas complètement, c'est qu'il renferme
encore de l'alcool : il faut le porter à nouveau dans l'eau pendant quelques heures. On peut arriver pourtant à un résultat, en introduisant une goutte d'eau entre la préparation et la plaque métallique; on peut aussi badigeonner la face inférieure de la pièce avec une couche mince de colle liquide. Le morceau doit être congelé complètement, mais sans être trop dur, sinon le couteau ne mordrait pas convenablement et les coupes auraient un aspect ligné.
On place l'objet sur la plaque du microtome, de telle sorte qu'il soit attaqué par le rasoir par un angle ou par un côté tout entier. Il y en a qui conseillent de verser sur le rasoir, soit de la solution physiologique de sel marin, soit de la solution aqueuse d'acide chromique au tiers : la coupe nage dans ce liquide et on en prévient l'enroulement.
Ces microtomes n'ont pas une grande importance pour la coupe des objets frais qui viennent d'être prélevés sur le cadavre : ceux-ci subissent, en se congelant, de telles altérations qu'on ne peut souvent penser à en faire un examen minutieux. Maisils sont très utiles pour les objets qui ont été complètement durcis dans le liquide de Millier; les tissus ne sont pas altérés, et de plus le procédé est très simple et n'exige aucun préparatif, à fixation sur bouchon, etc. Disons aussi que les coupes sont beaucoup plus lines et plus régulières qu'avec les autres microtomes.
Les préparations durcies à l'alcool fournissent souvent aussi de bonnes coupes par congélation, lorsqu'elles ont été soigneusement incluses dans la celloïdine.
L'éther employé pour la congélation doit être pur. Les coupes sont déposées à mesure dans l'eau salée où elles dégèlent immédiatement.
On peut les traiter de diverses manières : 1° examiner dans l'eau salée, sans coloration: les contours des éléments sont très délicats, le tissu en général transparent j 2° examiner dans la glycérine, sans coloration: c'est rarement utile, parce que les contours sont à peine perceptibles ; 3° colorer au picrocarmin et monter dans la glycérine : les contours restent peu accusés, l'élection est plus lente, mais, si Ton conserve la préparation, elle devient très accusée ; 4*^ colorer à la vésuvine, en solution aqueuse glycérinée, qui, dans ces conditions, colore assez bien les noyaux; 5° ajouter progressivement de l'alcool au liquide où baignent les coupes, de façon à coaguler les albumines cellulaires, ce qui s'obtient assez rapidement, la tranche étant bien mince, puis traiter comme les coupes de tissus durcis dans l'alcool. La congélation amène la dissolution de l'hémoglobine des globules rouges, de sorte qu'il est plus difficile de les reconnaître [Bizzozero etFirket (1)].
Les microtomes se vendent chez MM. Becker (Goettingen), Jung (Heidelbcrg), Katsch (Munich), Long (Berlin), Scbanze (Leipzig). Signalons aussi
(1) E. Bizzozero et Ch. Firket, Manuel de microscopie clinique. Bruxelles, 1884, p. 48
42 COiNFECTION ET CONSERVATION DES COUPES
le rocking-microtome ou le microtome à bascule de la Cambridge Society, et celui de Demaige, de Paris, qui conviennent fort bien pour l'élaboration des coupes en séries ; puis les microtomes de Roy-Malassez et de Minot.
II. Coupes en séries. — La préparation des coupes en séries réclame une technique spéciale.
1. Préparations à la celloïdine. — Méthode de Weigert. C'est le procédé pratique des plaques ou pellicules collodionnées. 11 est aussi applicable aux coupes non enrobées dans la celloïdine. On coupe des bandes de papier closet deux fois plus larges que les coupes. La coupe est d'abord pressée avec une aiguille sur la lame du microtome, si elle n'y adhère pas d'elle-même. On applique la bandelette de papier sur la coupe et l'on tire à soi de haut en bas, en suivant l'obliquité de la lame. On cueille facilement la coupe lorsqu'elle ne nage pas dans une quantité trop grande d'alcool. La seconde coupe est ensuite appliquée de la même manière à droite de la première. Il faut avoir soin de tenir ces bandes en constant état d'humidité pendant qu'on y applique les coupes et surtout lorsqu'on les y a étalées. D'autres bandes seront tenues prêtes : on dispose, dans ce but, à coté du microtome, une assiette plate où l'on place une feuille de papier à filtrer imbibée d'alcool — un excès d'alcool ferait flotter les coupes — et, par dessus, une autre feuille de papier closet. C'est sur cette dernière qu'on dispose les bandes séparées, les coupes en haut. Il n'y a qu'un rang de coupes par bandelettes; le second rang sur la seconde bandelette est placé dans l'assiette à coté de la première, à sa droite. Il faut avoir soin de tendre légèrement le papier pour éviter le plissement des coupes. On peut laisser celles-ci dans l'assiette pendant plusieurs heures.
Lorsque toute la pièce est coupée, on applique les bandes de papier, les préparations en dessous, sur une plaque de verre recouverte au préalable d'une mince couche de collodion (1), et on exerce une légère pression. On détache facilement la bande de papier, et les coupes restent adhérentes en conservantleur sériation. Si les coupes sont encore trop humides, on les sèche suffisamment en étendant sur elles une feuille de papier à filtrer. On recouvre immédiatement ces préparations d'une seconde couche de collodion également mince et régulière; on étend cette seconde couche comme la première. On peut alors pratiquer les autres traitements de la coupe. On en fait le numérotage [avant que la seconde couche soit complètement sèche] avec un crayon fin trempé dans le bleu de mélhyle.
(1) On étend sur la plaque une certaine quantité de collodion, on lui imprime des mouvements, de façon que le liquide s'étale dans tous les sens, et on fait égoutter l'excès par un des angles. Cela fait, on dresse la plaque pour la faire sécher.
Lorsque l'on porte les plaques de verre ainsi préparées dans le bain colorant — pour le système nerveux, on s'adresse avant tout à l'hématoxyline de Weigert — toute la masse de collodion se détache très rapidement avec les coupes. Si l'on désire différer la coloration, on plonge la plaque dans l'alcool à 90°.
On achève la coloration et l'on découpe sous l'eau avec des ciseaux les plaques de collodion [ou bien on les étend sur une feuille de papier closet imbiJ)ée d'eau et on les coupe avec le papier], puis on passe dans l'alcool à 90°. Éviter l'alcool absolu. Il ne faut pas éclaircir les coupes dans l'essence de girofle, ni les soumettre à l'action de l'huile d'origan qui est sensible à des traces d'eau, mais éclaircir dans le mélange de :
Ce mélange est conservé dans un flacon et peut servir à nouveau; on met au fond de celui-ci un peu de sulfate de cuivre blanc sublimé, qu'on change lorsqu'il devient bleu.
Les coupes sont disposées entre deux feuillets résistants et subissent, avec facilité, les diverses manipulations. Cette méthode rend de grands services, bien qu'on lui ait reproché de ne pas être applicahie aux coupes enrobées dans la paraffine, et bien que parfois la coloration et la décoloration des coupes soient ralenties et ne s'opèrent pas d'une manière égale, et que des bulles d'air s'interposent entre les feuillets.
2. Coupes en séries à la paraffine. — On colle les coupes en séries sur le porto-objet, avec un mélange de trois parties d'essence de girofle et d'une partie de collodion. Le traitement consécutif, l'enlèvement de la paraffine, les autres manipulations, sont celles que nous avons déjà indiquées au chapitre V. On peut numéroter le porte-objet. Si les préparations ne sont pas collées au préalable, on les place directement sur le porteobjet.
Lorsque les coupes sont trop grandes pour pouvoir être portées en nombre sur le porte-objet, on emploie un procédé imité de celui de Weigert, et qui est le suivant.
Procédé iie Strasser. — On prépare des plaques sur papier à la gomme collodionnée en badigeonnant du papier à écrire bien tendu avec un mélange de :
On sèche le papier et on y frotte aussi rapidement que possible du collodion qu'on a dilué dans l'éther jusqu'à ce qu'il ait la consistance de la glycérine ordinaire, et auquel on a ajouté i % volume d'huile de ricin. On
Xylol
Acide carbolique pur
3 parties 1 »
Mucilage officinal de i^ninme aral)iqae.
Glvcéi'ine
4 parties 1 »
répète le badigeonnage plusieurs fois. La plaque de papier à la gomme coUodionnée est ainsi préparée, et on y porte, avant de couper le morceau de paraffine, une masse collante composée de :
Collodion 2 volumes
Ether 2 »
Huile de ricin 3 »
Les coupes, aussi lisses que possible, sont portées sur cette masse collante et recouvertes ensuite de la même substance.
On enlève alors la paraffine. Pour cela, on porte les plaques pendant une demi-heure au moins dans l'huile de térébenthine, puis dans le chloroforme. Du chloroforme, on les fait passer pendant quinze minutes dans l'alcool à 80° ou 85". Si, avant de les colorer, on porte les plaques dans l'eau ou dans l'alcool à 10**, la gomme et la plaque de papier se détachent; puis on procède comme dans la méthode de Weigert. Il est évident qu'on se servira des bains colorants aqueux afin d'enlever le papier.
3. Méthode de Darkscheuiitsch. — Cet auteur a préconisé un procédé relativement simple, permettant de pratiquer et de conserver les coupes en séries.
On remplit d'alcool un cylindre en verre ou un flacon ayant approximativement le diamètre des coupes, et l'on découpe des disques de papier buvard, d'une grandeur correspondante, qu'on numérote et qu'on place en ordre après imbibition dans l'alcool. On enlève la coupe du rasoir au moyen du morceau de papier qu'on place dessus avec une pression douce; les disques sont placés en colonne, la coupe en haut, avec leurs numéros d'ordre, dans le cylindre de verre ou dans un bocal d'un diamètre à peu près égal à celui des coupes qui vont être traitées.
On les conserve aussi longtemps que l'on veut. Pour les colorer, on aisse écouler l'alcool, on lave, si c'est nécessaire, dans l'eau distillée, et on verse dans le bocal la solution colorante. On renouvelle ce mode de procéder pour les lavages ou les bains subséquents. Dans les derniers actes des manipulations, on peut sortir les rondelles et les étaler sur des assiettes [isolément ou en commun]. Les coupes ne se détachent pas d'elles-mêmes.
4. Méthode d'Obregia à la photoxyline. — On prépare deux solutions :
l'' Solution A. On dissout du sucre candi pulvérisé dans de l'eau bouillante jusqu'à consistance sirupeuse; à 30 cent. cub. de cette solution on ajoute 20 cent. cub. d'alcool à 95°, puis 10 cent. cub. d'une solution sirupeuse de dextrine pure. La solution de dextrine s'obtient en ajoutant à une certaine quantité d'eau distillée, dans un tube à réactif, de la dextrine, pour obtenir, par la chaleur et l'agitation, un liquide d'une consistance sirupeuse.
2' On verse sur un porte-objet tenu horizontalement une quantité suffisante de ce liquide pour le recouvrir, et on laisse égoutter par un angle. On sèche la plaque en la posant à plat dans un endroit sec, à l'abri de la poussière.
3° Solution B ;
On laisse reposer et on décante le liquide dans un Uacon bouché à l'émeri. Au lieu de la photoxyline, on peut employer, dans les mêmes proportions, le coton celloïdiné très pur. On coupe.
4° On taille dans du papier de soie satiné une bandelette de la longueur du porte-objet et on la place dans une cuvette où on l'arrose d'alcool à 90*», le côté satiné en haut. On enlève les coupes de dessus la lame du microtome, au moyen d'une autre bande semblable que l'on applique sur la première ; les coupes sont ainsi placées entre les deux bandelettes et par ordre. On enlève la seconde bandelette, et on dispose les coupes sur la première comme on le désire.
On soulève alors délicatement celle-ci, les coupes en haut, et on l'applique sur une couche de papier-filtre reposant sur un plan incliné, jusqu'à ce que le luisant des coupes, produitpar un excès de liquide sur la bandelette, commence à disparaître; on soulève immédiatement la bandelette qu'on applique, les coupes en bas, sur le porte-objet préparé. On étend une feuille de papier à filtrer sur le tout, on appuie légèrement avec le doigt, et on finit par enlever la bande de papier satiné.
0° On recouvre la plaque avec la solution B, en laissant égoutter lentement l'excès du liquide, et on la laisse posée à plat, à Tair, jusqu'à ce qu'il se forme une pellicule.
Q° On numérote les plaques à l'aide d'une couleur à l'huile, telle que le jaune de chrome. Immédiatement on les plonge dans un bain d'eau fraîche et la pellicule se détache avec les coupes qui y sont fixées ; elle est fine et résistante.
Les coupes font corps avec la pellicule, ce qui facilite les manipulations subséquentes, qui deviennent en même temps plus rapides.
7<> On colore comme il a été dit pour les pellicules de Weigert. Mais le carmin et l'hématoxyline n'imprègnent pas ces préparations, et les couleurs d'aniline attaquent l'essence de girofle. Avec le coton celloïdiné, ces désavantages n'existent point.
Ce procédé convient aux pièces enrobées ou non dans la celloïdiné , de même aux pièces paraffinées ; mais ces dernières exigent quelques manipulations complémentaires.
Photoxyline . . . .
Alcool absolu . . . Ether sulfurique,
6 gr.
•aa ICO cent. c.