Liquide de Muller
Bichromate de potasse 2,5 0/0
Sulfate de soude 1 »
Eau 100 »
Il faut dissoudre le bichromate dans l'eau bouillante.
Le durcissement complet réclame, à la température ordinaire, au moins douze semaines pour les pièces de petites dimensions, et jusqu'à un an pour les organes tels que le cerveau. Mais on peut diminuer cette durée en plaçant les préparations à l'étuve [il faut s'attendre pourtant, alors, à des résultats plus inégaux] et en renouvelant souvent le liquide.
On emploie une quantité représentant dix à vingt fois le volume de l'organe. On renouvelle la solution les deuxième, quatrième, sixième et douzième jours, et, dans la suite, tant qu'elle se trouble et qu'il s'y développe des moisissures. Celles-ci n'ont pas toujours la même action : il arrive parfois qu'elles facilitent le durcissement de la pièce. L'addition de camphre au liquide ne paraît pas arrêter le développement de ces moisissures, qui ne disparaissent que par le renouvellement du liquide luimême.
Les préparations peuvent être conservées dans le liquide de Muller plusieurs années, pendant dix ans même, mais il convient, au bout de six mois, d'y ajouter un égal volume d'eau.
Si l'on désire durcir les pièces consécutivement, on les lave d'abord pendant quelque temps, selon leur volume, dans de l'eau fréquemment renouvelée, puis on les met durant un jour dans l'alcool à 30° et, après, à 96°. Quand celui-ci laisse un précipité , on le renouvelle. Les préparations peuvent être conservées dans l'alcool pendant plusieurs années , mais elles sont alors rendues plus difTiciles à colorer. Le meilleur procédé et le plus simple consiste à commencer à utiliser les vieux alcools des pièces ayant déjà servi. Ces vieux alcools pénètrent lentement les tissus immobilisés par le liquide de Muller et en assurent la fixation définitive. Après quelques bains ainsi alcoolisés et de plus en plus forts, on reçoit définitivement la pièce dans l'alcool fort et l'on ferme le réceptacle avec soin (1).
(1) M. Letulle, L'Inflammation. Paris, 1893, p. 455.
Le liquide de Millier présente sur l'alcool les avantages suivants : a) Les tissus s'y ratatinent moins, les cellules et la substance intermédiaire y sont mieux conservées que dans l'alcool;
I)) Les globules rouges y gardent leurs formes infiniment mieux que dans l'alcool; ils y deviennent jaunes ;
c) Les préparations au M aller fixent beaucoup mieux les couleurs en général, surtout l'hématoxyline akmée, dont l'emploi est si fréquent. Mais cela n'a lieu que si leur séjour y a été prolongé pendant un temps suffisant. Dans le cas contraire, la coloration serait moins complète qu'avec l'alcool. Ainsi, le picro-carmin devient moins actif; mais on peut remédier à cet inconvénient en prolongeant le bain.
d) Le prix de ce liquide est moins élevé. L'alcool et le liquide de Millier suffisent, dans la pratique ordinaire, pour durcir les tissus.
Lorsque les pièces ont de grandes dimensions, le durcissement se fait d'une manière moins égale ; il est beaucoup moins marqué au centre. Au début surtout, il se fait une continuelle décomposition du liquide, qui, s'il n'était renouvelé, altérerait les éléments nerveux. Il faut en outre employer de grandes quantités : 6 à 10 litres pour un cerveau humain, 1 lit. 1/2 à 2 lit. 4/2 pour la moelle allongée. Après la première quinzaine, il suffit de changer le bain une fois tous les huit jours. La dépense n'est pas aussi considérable qu'on pourrait le croire, car le bichromate de potasse est d'un prix modique, et, au lieu d'employer de l'eau distillée, on peut se servir d'eau bouillie et filtrée ; cependant, pour les petites pièces, on aura recours à l'eau distillée pendant les premiers jours. De plus, les bains de la 2*^ ou de la 3"^ semaine peuvent être, après filtration, employés de nouveau pour les premiers bains de nouvelles pièces. Lorsqu'on change le liquide d'un bocal, il faut donner une nouvelle position aux pièces, surtout à celles d'un grand volume, et les faire reposer sur une couche d'ouate ; pour le cerveau, on introduit même de l'ouate entre les circonvolutions et on enlève la pie-mère. Il faut que les pièces nagent largement dans le bain ; au besoin, on y pratiquera des incisions pour permettre au liquide de pénétrer rapidement et régulièrement. Les bocaux doivent être opaques et placés à l'abri de la lumière, solaire (Mercier) (1).
En règle générale, pour les deux ou trois premières semaines, lorsqu'il s'agit du cerveau, on emploie des solutions faibles. Remarquons aussi que le durcissement se fait d'une manière inégalement rapide suivant les organes, et même, comme c'est le cas pour le système nerveux, suivant les parties d'un même organe. Le temps nécessaire pour l'obtenir varie avec l'état de fraîcheur de la pièce, les soins apportés à changer le liquide, le volume et la consistance de l'organe, la température du liquide et du milieu ambiant ; pour un cerveau, il faut de six à huit mois. Remarquons que les parties devenues trop foncées s'effritent et se colorent difficilement; la pièce doit être partout également résistante. Il faut surveiller l'action du liquide pour éviter le surdurcissement qui rendrait les pièces insensibles aux colorants, quel qu'ait été le traitement préalable (eau tiède par exemple) qu'on lui ait fait subir (Mercier).
(1) Mercier, Les coupes du système nerveux. Paris, 1894.
Excepté pour le système nerveux, l'usage du liquide de Millier est devenu, beaucoup moins fréquent.