LES CONDITIONS MATÉRIELLES ET MORALES D'UNE OPÉRATION
I. - CONDITIONS MATÉRIELLES ET MORALES QUE DOIT REMPLIR LE CHIRURGIEN-PRATICIEN.
La chirurgie prend chaque jour une extension plus grande. Les cas opératoires se multiplient ; les indications sont mieux connues ; la technique chirurgicale progresse ; les accidents du travail sont l'objet de soins plus éclairés et plus efficaces. Le nombre des chirurgiens se multiplie en France et à l'étranger. Dans chaque chef-lieu de déparlement, plusieurs opérateurs exercent dans les hôpitaux ou les maisons chirurgicales privées. La fréquence des interventions et les soins plus précis donnés aux accidents rendent ces centres chi- Teclinique chirurgicale. 1
rurgicaux insuffisants. Il faut dans cliaque sous-préfecture et même dans chaque chef-lieu de canton un ou plusieurs chirurgiens-praticiens (jui sachent exécuter les pansements délicats, les opérations courantes ou soigner les accidents avec compétence, adresse et asepsie. C'est surtout pour ces collègues que nous écrivons les pages qui suivent. Nous déconseillons l'application de soins chirurgicaux à domicile. Tout chirurgien-praticien, dût-il exercer dans un village, prendra à tâche de faire venir chez lui ou dans un étahlissement de la localité tous les malades qu'il doit panser, opérer ou examiner d'une façon complète. Chaque chirurgien-praticien doit avoir dans son domicile, ou non loin de là, une petite pière chirurgicale. Cette salle lui servira à grouperions ses pansements, à examiner ou à traiter les malades chez lesquels l applicalion instrumentale est indispensable. A côté de celte pièce s'en trouvera une seconde avec un ou deux lits de repos où les patients pourront séjourner vingtquatre ou quarante-huit heures. Le pharmacien et la sage-femme de la localité pourront être toujours prêts à l'aider et constitueront des aides suffisants.
Le chirurgien-praticien doit avoir acquis une instruction professionnelle théorique et pratique. 11 sera nécessaire pour lui d'avoir étudié l'anatomie et la chirurgie cadavéï'ique. Il doit avoir suivi quelques cours de chirurgie pratique et clinique, comme on en donne dans certains centres médicaux. Cette éducation chirurgicale peut, pour un médecin jeune, s'acquérir en l'espace d'un an. Nous avons eu près de nous quelques confrères qui l'ont acquise en six mois.
Il ne suflit pas de se fier à l'asepsie et à l'aneslhésie pour pratiquer n'importe quelle opération. L'asepsie et l'anesthésie sont des conditions sans lesquelles la chirurgie ne peut être exécutée, mais que chacun néanmoins peut réaliser ; elles ne constituent pas les qualités de l'opérateur.
Pour être chirurgien, il faut :
1° Être adroit manuellement ;
2° Avoir une expérience clinique suffisant*: ;
3" Connaître l'anatomie.
Faute de ces trois conditions, la carrière chirurgicale, même dans un petit centre, ne peut être remplie et l'opérateur s'expose à des mécomptes ou à des responsabilités.
Je m'explique : pour enlever une tumeur, par exemple, il ne s'agit pas de la contourner et de la raser de près, en pinçant ce qui saigne et en coupant ce qui tient. L'opérateur doit suivre les plans anatomiques, les organes essentiels qui entourent le néoplasme et faire une véritable préparation anatomique de la région où il s'est déve-