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V. FAUCHE T

Deux politos tables cl une table moyenne.

Linges. — Serviettes, mouchoirs, draps, couvertures, le tout fraîchement lessivé et bien sec.

Vaisselle. — Cinq cuvettes ou soupières, une louche à potage, deux seaux de toilette.

Objets variés. — Deux brosses à ongles (à dos de bois), épingles anglaises, savon mou, rasoir, ciseaux, allumettes, ficelle, couteau.

Eau froide. — La veille, on fera bouillir pendani une lieure 10 litres d'eau dans une marmite propre, couverte ; quand l'ébullition sera terminée, on laissera le couvercle, et l'eau refroidira pendant la nuit sans être changée de récipient.

. Eau chaude. — Quelques heures avant l'opéraliun, on mcltra sur le feu une marmite contenant 10 litres d'eau qui pourront bouillir jusqu'à l'arrivée du chirurgien.

Servielies bouillies. — On met quinze torchons dans de l'eau additionnée de quelques poignées de sel; on les fait bouillir quelques heures avant l'opération. Le chirurgien trouve ainsi des serviettes chaudes. Celles-ci ne seront point retirées de la marmite dans laquelle elles auront bouilli.

Préparation du malade. — Le malade sera à jeun. Il devra être rasé à l'avance sur une grande étendue; par exemple, pour une hernie ou une appendicite, il faudra raser depuis l'ombilic jusqu'à mi-cuisse, en comprenant la zone génitale.

Malgré les précautions indiquées précédemment, ropération à domicile constitue toujours un pis-aller. .Je l'ai pratiquée pendant douze ans, quoique ayant eu une maison chirurgicale privée dès mon inslallalion. Celte chirurgie à domicile est pourtant devenue bien facile, grâce à l'emploi du téléphone, de l'automobile et de la collaboration d'infirmières plus compétentes, de médecins jeunes et instruits. Eh bien, malgré ce dernier avantage et les résultats brillants que j'ai parfois obtenus, j'ai presque totalement renoncé à la chirurgie sur place. J'y ai renoncé pour la chirurgie réglée à cause des ennuis post-opératoires que j'ai eu à déplorer. J'y ai renoncé aussi pour la chirurgie d'urgence qui, plus que l'autre, nécessite un personnel et un milieu ad hoc. Les hernies étranglées, appendicites, fractures graves, grossesses tubaires rompues sont amenées au centre chirurgical en auto-ambulance.

Envisageons en effet, dans la chirurgie à domicile, le rôle de l'infirmière, de la famille, la préparation du malade et de la salle d'opérations, les soins pré- et post-opératoires, et enfin les fraisd'hospitalisation.

Rôle de rinûrmière. — Les bonnes infirmières sont encore rares en France. Toutefois, elles semblent devoir s'améliorer depuis que leur insiruction technique est plus complète et leur recrutement social plus élevé. Elles sont pour le chirurgien des collaboratrices précieuses, mais subissent à domicile l'influence néfaste de la famille

dans les soins à donner au malade. Elles n'ont poinl, vis-à-vis d"un opéré, rautofité nécessaire pour résister aux préjugés et «à l'ignorance de la famille.

Rôle de la famille. — La famille est rarement utile, souvent nuisible à l'opéré. Elle subit l'influence de ses caprices ou se montre timorée pour exécuter un acte favorable au patient. Elle enfermera ce dernier dans une chambre mal aérée de peur de le refroidir ou fei-mera les rideaux pour enlever la lumière si utile à la convalescence. Un parent suppliera l'infirmière de renoncer à une injection de sérum ou au lavage d'estomac parce que le sujet paraît fatigué et supplie qu'on le laisse tranquille. Parfois, les amis encombrent la chambi'e du patient ou le fatiguent de leurs tendresses.

Préparation de l'opéré. — Nous verrons dans les pages qui vont suivre combien délicate et complexe doit être la préparation d'un opéré, mais aussi à quel point cette préparation est utile pour le succès de l'intervention. Qu'il s'agisse d'approprier les cheveux, les dents, le corps, l'intestin, les organes génitaux du futur opéré, ces soins sont toujours mal donnés, les précautions mal prises, le contrôle est en effet insuffisant, lematérielsouventdéfectueux. Le futur opéré manque généralement de soumission ; je n'ai jamais vu à domicile un malade bien préparé.

Examen préalable du patient. — Ce dernier, avant d'être opéré, doit avoir pris contact avec le chirurgien. U est utile que ce dernier l'ait vu à plusieurs reprises pour évaluer sa résistance et se rendre compte de la technique qu'il doit appliquer. Les opérations au pied levé, après examen insuffisant, entraînent souvent des désastres. Tout patient opéré à domicile ne peut bénéficier des moyens actuels dont nous disposons pour l'exploration : examen des urines, du sang, du pus, des matières, des crachats, radioscopie, électrodiagnostic, cystoscopie, recloscopie, tubage d'estomac.

Préparation de la salle d'opérations. — Jamais un appartement, si bien éclairé et chaufTé soit-il, n'ofi're les conditions pliysiques requises, ni les commodités d'une maison chirurgicale ; et d'ailleurs, pour obtenir une installation suffisante, quel désarroi amène le bouleversement des meubles et des habitants!

Pendant l'opération, un instrument, un objet de pansement peut manquer ; l'éther peut s'enflammer par un foyer voisin; le chloroforme donne des vapeurs toxiques dans la pièce où brûle une lampe à pétrole ou un bec de gaz.

Suites opératoires. — Les suites opératoires sont moins simples, moins régulières. Les pansements ne sont point faits exactement au jour et à l'heure qu'il convient. Les accidents post-opéra-

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toires sont innombrables ; le pansement se déplace, il reste trop longtemps ou est renouvelé trop souvent. L'appareil est trop serré ou trop lâche, .le ne parle pas des accidents moiiels qui ne se seraient pas produits dans une clinique. Un malade présentedes vomissements noirâtres : le médecin veut laverl'estomac. Le maladeéreinté supplie qu'on le laisse tranquille ; la lamille joint ses supplications à celles du patient. Le sujet meurt de dilatation aiguë de l'estomac, alors qu'un lavage l'aurait probablement sauvé.

Un sujet atteint de hernie étranglée vomit des matières pendant l anesthésie et meurt sur la table d'opérations ou le lendemain, de congestion pulmonaire. Un lavage d'estomac préalable aurait sauvé l'opéré.

Chez un autre malade, le médecin pratique un lavage d estomac et introduit par erreur le tube dans les voies respiratoires : le sujet meurt asphyxié.

Une opérée ayant subi une simple incision du cul-de-sacde Douglas pour suppuration pelvienne meurt d'hémorragie par section d'une artère vaginale.

Un enfant meurt d'hémorragie après ablation d'une amygdale.

Une femme ayant subi chez elle une gastro-entérostomie fait de l'éviscération douze jours plus tard et meurt de péritonite.

.le pourrais accumuler les exemples.

Quelques chirurgiens ou médecins aux tendances surannées font valoir, en faveur de l'opération à domicile, que des malades sont intransportables. Cette impossibilité du transport du malade est exceptionnelle, grâce à l'auto-ambulance qui les amène rapidement à l'hôpital ou dans une maison chirurgicale. En admettant même que le transport fatigue un peu le patient, ce dommage est largement compensé par les avantages que l'opéré trouve dans un milieu chirurgical. On fait valoir encore que certains malades désirent ne pas quitter leur domicile, mais il s'agit là d'un caprice d'enfant. Pour ma part, je n'ai jamais vu un patient hésiter quand je lui ai montré l'intérêt matériel qu'il trouverait dans l'opération faite à l'hôpital ou dans une clinique privée. Ceux dont la répulsion était la plus accusée ont, après leur guérison, été enchantés d'avoir quitté leur domicile. Sans doute quelques malades ont besoin de rester chez eux pour surveiller leurs atTaires, mais il est facile de les renvoyer vers leur famille très rapidement. Un malade opéré d'appendicite à froid peut se lever au bout de cinq jours ; une opérée de goitre ou du sein peut quitter la clinique après trois jours. Dans les cas de fibrome, de gastro-entérostomie, on peut autorisèr le lever au bout de douze jours.

La convalescence peut donc s'efFecluer au domicile du patient.

Hègle générale : les malades liésilent pour entrer dans une maison de santé ; une fois qu'ils y sont, il n'est pas possible de les faire retourner chez eux. Ils se rendent compte que les soins post-opératoii-es ne peuvent être donnés d'une façon eflicace ailleurs que dans un milieu cliirurgical.

Enfin, la question des frais d'opération n'est point accrue par l'opéi'ation dans une maison chirurgicale. J'ai déjà dit qu'on pouvait hospitaliser le patient très peu de temps. D'ailleurs, l'opération à domicile coûte plus cher. Le malade doit payer les visites du médecin, une convalescence plus longue, l'inliimiore, un matériel qui restera souvent inutile, le déménagement, l'altération des meubles, le coulage qui résulte de la présence d'un malade et les frais pharmaceutiques autrement élevés que ceux d'une maison de santé.

Actuellement, les frais de pansements et de pharmacie doivent être négligeables, puisque tout est stérilisé dans la clinique par l'inlirmière de la salle d'opérations. Ces frais généraux sont, pour l'opérateur, répartis sur plusieurs malades ; les matières premières sont achetées en gros; il en résulte des dépenses insignifiantes pour l'élablissement. Les frais sont donc peu élevés pour le malade opéré dans une clinique privée ou hospitalière.

L'opération à domicile, à l'époque où nous vivons, est donc un pisaller auquel le chirurgien ne devra se résoudre que d'une façon exceptionnelle.

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