A. — INSTALLATION CHIRURGICALE
I. — Difficultés que l'on rencontre dans la pratique pour l'application de l'asepsie, de la clinique et des soins préet post-opératoires.
Ces difficultés peuvent néanmoins se surmonter.
L'asepsie théorique s'enseigne aisément, surtout en la réduisant au strict nécessaire et en l'allégeant des complexités inutiles. Le chirurgien-praticien, toutefois, ne doit pas escompter ces seules précautions pour se croire à l'abri de l'infection qui, neuf fois sur dix, cause la mort des opérés. 11 ne suffit pas d'avoir des instruments, des compresses, des gants stérilisés, des mains et un champ opératoire désinfectés. Le plus difficile est de maintenir cet état d'asepsie pendant l'opération.
Tel opérateur infecte les plaies : soit en touchant les téguments, même désinfectés, du patient; soit parce que l'intervention trop prolongée provoque la macération de l'épiderme des mains ; ou que, en suturant l'intestin, il manque d'adresse pour éviter la contamination du voisinage; ou qu'il manipule trop longtemps les tissus : la voie est ainsi ouverte aux germes de l'air pour cultiver dans un milieu de tissus vivants meurtris par les doigts inhabiles. L'asepsie dépend donc plus de la technique et de la rapidité que de l'instruction du chirurgien. L'asepsie théorique est pourtant indispensable, et chacun doit s'astreindre à la connaître.
L'examen clinique du patient susceptible d'être opéré doit être complet. Le chirurgien doit réduire autant que possible le rôle explorateur du bistouri et commencer l'opération avec le maximum de renseignements.
Les soins pré- et post-opératoires jouent un rùle capital, rôle ignoré par la plupart des médecins et des chirurgiens. Tel malade succombe de congestion pulmonaire parce que ses poumons ont été infectés par une bouche malpropre, garnie de gencives suppurantes ou de dents couvertes de tartre. Tel autre malade présente au cours de l'intervention une tension abdominale formidable, un intestin plein de matières ou de gaz parce que le médecin s'est contenté d'administrer un purgatif ou un lavement la veille de l'opération, sans s'être assuré (lue ces moyens thérapeutiques n'ont pas suffi à mettre à plat le tube intestinal. Tel autre chirurgien opère une hernie étranglée sans avoir lavé l'estomac; le malade succombe pendant ou après l'intervention, à la suite d'un vomissement fécaloïde qui inonde la trachée.
Mêmes difficultés pour les soins post-opératoires : les drainages
doivent être placés au point le plus déclive; le tube doit être à la fois ferme et souple. L'aspiration des liquides est souvent indispensable. La réapplication d'un pansement constitue tout un art que les neuf dixièmes des médecins ignorent en s'installant.
Ces difficultés opératoiies, les obstaclesque le chirurgien rencontre dans Texamen clinique du malade, les soins pié- et post-opératoires peuvent faire compren<lre l'impossibililé presque absolue de bien préparer, de bien opérer et de bien soigner les malades à domicile. Us impliquent au chirurgien-praticien la nécessité de créer auprès de kii un groupement de personnel et de matériel, même rudimentaire, pour réussir.
IL — Installation d'une maison chirurgicale dans un grand
centre.
Une maison chirurgicale destinée à recevoir de 250 à 500 malades |)aran doit réunir plusieurs services de chirurgie générale et spéciale^
Fig. 2. — Laboratoire avoisinanl la salle d'opérations. (Pauchet).
De gauche <'i droite, on voit : un centrifugeur, un microscope Verick, un llacon de substances colorantes, lamelles, tubes à cullures. étuve. elc.
pour les malades de plusieurs conditions, ainsi qu'un laboratoire poui- Jes recherches scientifiques concernant l'histologie, la cliimie, la bactériologie, la radiographie, etc. (fig. 2).
20 V. PAUCHET. — TECHNIQUE OPÉRATOIRE.
Un ascenseurdoit permettre la communication avec tous les étages, à moins que le terrain ne soit bon marciié et que toute la clinique soit organisée au rez-de-chaussée.
Le chaufTage doit être assuré par des chaudières à vapeur à basse pression. A côté d'elles doivent se trouver installés des thermosiphons pour le service de l'eau chaude.
Il doit exister au rez-de-chaussée un service de consultations externes pour la chirurgie générale, la gynécologie, les voies urinaires, l'orthopédie, les affections des yeux, oreilles, nez, larynx.
Fig. li. — Salle d'examen (Pauchel).
A gauche : vitrine d'inslrunienls. Au centre : lable génito-urinaire de Pasteau. Sur le mur : tableau électrique. A droite : lable sur laquelle se trouvent une boite ;i cysloscopes et une éluve à sondes de Gentile.
Une salle annexe sera utilisée pour la confection des appareils plâtrés, l'électrothérapie, le massage et les pansements.
La maison chirurgicale doit non seulement recevoir des malades et' des blessés opérés à jour fixe, mais aussi doit être organisée pour la réception des malades d'urgence ; contrairement au vieux préjugé, les malades dits « d'urgence » ne doivent point être opérés chez eux, mais transportés dans un centre chirurgical, car, plus l'état est grave, plus il requiert de soins rapides, éclairés et prolongés.
Les plus grands soins doivent être apportés à l'alimentation spéciale
des opérés, à l enlrelien de la literie et du linge, à la propreté et à la désinfection des chambres.
Salle d'examen. — La ligure 3 représente la salle d'examen telle que nous la comprenons.
Salle d'anestliésie. — La salle de narcose doit être en face de la salle d'opérations. Elle peut servir de magasin pour les objets de pansement et les vitrines d'instruments. Elle doit contenir deux lits roulants pour le transport des malades et le début de l'anes- Ihésie. Sur une table doivent se trouver les masques, mouchoirs, pinces, etc., et tous les objets utiles à l'anesthésiste. Les malades sont transportés sur les lits roulants, ceux-ci sont facilement désinfectés ; ils peuvent être transformés en brancards démontables. Us doivent pouvoir entrer dans l'ascenseur avec une infirmière et un aide. 11 ne faut pas endormir le patient dans la salle d'opérations, ni dans sa propre chambre. L'anesthésie sera commencée au chlorure d éthyle et continuée au chloroforme ou à l'éther.
Salle d'opérations principale. — C'est dans cette salle que se feront les grandes interventions. Elle doit, d'un côté, présenter une sorte de balustrade élevée sur deux ou trois marches pour permettre aux médecins de voir les opérations sans gêner le chirurgien et ses aides. Toute personne étrangère à l'opération ne doit pas pénétrer dans le voisinage des tables où sont disposés les instruments. La salle d'opérations doit être absolument nue et vide, sauf un récipient pour recevoir l'eau usagée par le lavage des mains et du malade.
Nous avons complètement supprimé l'éclairage latéral, pour le l'emplacer par l'éclairage unique au plafond. Quelques lampes électriques, fixes ou mobiles, peuvent être utilisées en cas d'urgence dans la soirée ou la nuit. Le sol est en mosaïque ; les murs sont couverts de faïence et de peinture au ripolin. Cette peinture est blanche ou d'une couleur claire (fig. 4),
Si l'éclairage du plafond ne peut être obtenu, il sera i-emplacé par une grande baie vitrée exposée au nord.
iMatérîel de la salle d opérations. — Le lit d'opérations doit être à poste fixe, monté sur un support hydraulique, de façon à varie la hauteur suivant la taille du chirurgien ou l'embonpoint du patient. Il doit être très étroit (43 à 50 centimètres).
La présence d'un bassin pour recueillir les liquides est inutile, car le nettoyage du malade doit se faire à sec.
La table d'opérations doit s'incliner tantôt latéralement, tantôt suivant la position de Trendelenburg, ou se plier en son milieu pour les opérations du rein ou du foie. Nous utilisons la table de Guyot (fig. 1 5).
22 V. PAUCHET. — TECHNIQUE OPÉRATOIRE.
Tables pour instruments. — Nous employons des petites tables de verre à deux étages, sur lesquelles sont disposées des serviettes stérilisées. Les instruments, peu nombreux, sont disposés en ordre, toujours le même.
Chariot à pansements. — Le chariot à pansements doit ètrelbiig de 1 mètre environ sur 40 centimètres de large, en tôle peinte et vernie. Il porte un réservoir d'eau chaude et d'eau froide. Il estl)on
Fig. S. — Salle (l'opéralions (Pauchel) .
Table (le Guyot. Radiateur à vapeur sur la paroi droite. Le sol est en mosaïque, l.e jour latéral est très faible. Il existe simplement deu.v fenêtres destinées à l'aération. Tout l'écliiirage vient d'en haut.
d'y ajouter un bock de tôle émaillée. A l'une des extiémités doit se trouver un lavabo avec écoulement d'eau. Quelques tiroirs sont indispensables pour les drains, les rasoirs, ciseaux, pinces, sondes, compresses, épingles, tatTetas, ouate, etc. L'appareil est porté suides roues caoutchoutées.
Tabourets d'opérations. — Ce sont des tabourets en métal émaillédont la hauteurest variable, comme celle des sièges de piano.
Chauffage. — Le chautrage est assuré par un radiateur à vapeur
qui donne de 20 à 25 degrés. Le linge est chauffé par un chauffelinge au gaz ou par un radiateur à vapeur.
Chariot pour transport des malades. — 11 est nécessaire d'avoir un chariot pour transporter les malades de la salle
Fig. 6, -— Chariot pour le transport des malades, construit en tubes d'acier; roues de fonte garnies de caoutchouc. Le tout est verni au four.
«l'aneslhésie à la salle cropérations, de la salle d'opérations à leur chambre (fig. 6}.
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