DU CORPS
L'hémostase préventive dans les opérations qui portent sur les membres inférieurs et les organes du bassin peut être obtenue par la méthode de Monburg, c'est-à-dire par la compression élastique circulaire du tronc.
Indications. — Cette méthode préventive est à utiliser comme la bande d'Esmarch pour opérer à blanc, dans les régions où la bande élastique ne peut être appliquée. Cette méthode pourra être utilisée pour les opérations suivantes : extirpation d'un sarcome du bassin, résection de la hanche, désarticulation de la hanche, évidement du bassin pour tuberculose ou ostéomyélite, amputation du rectum, prostatectomie, extirpation des ganglions inguinaux et iliaque, etc.
Technique. — Le chirurgien prend un tube d'Esmarch ou, à son défaut, un tube de caoutchouc de l'épaisseur du doigt. Le lien est tendu à fond et fait trois fois le tour du corps L'application est faite entre le rebord costal et la crête iliaque. Si le sujet présente une déformation rachidienne qui empêche le lien de serrer l'aorte, il faut appliquer sur la ligne médiane du ventre une serviette pliée en forme de tampon allongé qui appuie directement sur l'aorte. Tandis que l'opérateur tend le tube élastique et l'enroule autour de la ceinture, un aide palpe Tarière fémorale et se rend compte de ses pulsations; dès que les battements artériels cessent, le chirurgien doit arrêter la constriction. Le tube est arrêté à l'aide d'une pince. Dès
HÉMOSTASE. — HÉMOSTASE PRÉVENTIVE.
que ropération est terminée, le tube doit être enlevé lentement, graduellement, afin d'éviter un trop brusque changement dans le régime circulatoire. Chez les sujets obèses, âgés, chez tous ceux chez lesquels on craint de surmener le cœur, il faut, avant d'enlever le lien, placer à la racine de chaque cuisse une bande élastique serrée ; le lien est alors enlevé, puis les deux l)andes élastiques sont enlevées à leur* tour. Cette pi'écaution à l'ablation du tube ne doit être appliquée qu'exceptionnellement.
Résultats. — 11 ne faut pas croire que cette constriction circulaire du tronc puisse provoquer des lésions de l'intestin, des uretères ou du système nerveux. Le seul appareil qui soit modifié, c'est l'appareil circulatoire. Cette séparation brusque d'une partie du circuit vasculaire entraîne des variations subites dans la pression sanguine, et provoque parfois des perturbations dans la circulation : la pression s'accroît dans le ventricule gauche et le cœur est obligé de fournir un travail plus considérable. Dès que le garrot est appliqué, le pouls devient plus rapide et plus fréquent, mais au bout d'une minute environ les pulsations redeviennent normales. A l'ablation du tube, le pouls s'affole de nouveau pendant deux minutes, puis redevient normal. Ces ti'oubles momentanés n'offrent un certain danger que chez les cardiaques, les sujets âgés et chez ceux dont le myocarde est sans résistance.
La constriction bien faite donne une hémostase absolue. A peine, dans certains cas, l'opérateur constate-t-il un léger suintement veineux, survenant au début de l'opération par les veines du segment périphérique. Parfois, au bout de quelques instants, de rares arlérioles se mettent à donner par suite des anastomoses des artères lombaires avec les artères du bassin d'une part, les mammaires internes et les épigastriques d'autre part. Ce suintement artériel n'existe que chez certains sujets et dans les opérations longues.
En général, l'hémostase est parfaite, surtout chez les sujets maigres. Le chirurgien opère à blanc et cette ischémie est éminemment favorable pour certaines opérations, telles que la résection de la hanche, l'ablation d'un os du bassin, les opérations sur le rectum, le périnée, etc.