ACTION DES RAYONS SUR LES TISSUS
Les rayons de Rœntgen sont absorbés en quantités différentes par les tissus qu’ils traversent.
Il faut étudier l’action des rayons X ;
1° Sur la peau;
2° Sur les organes internes.
Réaction sur la peau. — Cette réaction, de caractère inflammatoire, peut présenter tous les degrés ; dépilation érythème,desquamaiion épidermique, etc.,
jusqu’à l’escharre superficielle.
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Ce phénomène est attribué d’une façon indubitable aux rayons de Rœntgen et non aux phénomènes électriques.
Kienbock traita plusieurs malades avec la même ampoule.
Les derniers traités ne présentaient aucune réaclion après un nombre considérable de séances et cependant l’ampoule devenue très dure donnait peu de rayons X, mais les décharges électriques avaient beaucoup augmenté.
Se servant alors d’une ampoule réglable il traitales mêmes malades, ainsi que d’autres qui n'avaient jamais été soumis au traitement. Tous présentèrent, à peu près en même temps, une vive réaction.
Pour faire expérience sous une forme plus saisissante, il exposa le flanc droit d’un lapin à un tube dur fournissant peu de rayons X mais d'importantes décharges électriques ; le flanc gauche reçut pendant le même temps, les radiations émises par un ‘tube mou.
Le flanc droit ne présenta aucune alopécie, tandis qu'on en observa à gauche une alopécie étendue et complète.
Oudin d’abord de l'avis contraire ne tarda pas à confirmer par des expériences personnelles celles si concluantes de Kienbock.
La réaction inflammatoire peut apparaître après
une série d'expositions ou après une seule.
qe
Réaction après une seule exposition. — Cette réaction qui n’est jamais immédiate peut appartenir à l’un des quaire degrés suivants, d’après son intensité :
1* degré. — On observe l'épilation simple sans inflammation.
2° degré. — La chute des poils s'accompagne d’une inflammation intense : rougeur, gonflement, cuisson, démangeaisons. Elle est suivie souvent de desquamation ou d’une pigmentation rarement définitive.
3° degré. — L’inflammation est beaucoup plus intense ; l’épiderme se soulève par places, donnant naissance à des phlyctènes comme il s’en produit à la suite d’un vésicatoire. Les phlyctènes se déchirent, laissant écouler une sérosité louche, l’épiderme se détache aussi dans les intervalles de peau restée saine ; le derme apparaît rouge et suintant. Les démangeaisons sont remplacées par une cuisson très douloureuse qui rend le sommeil impossible.
Dans les cas favorables, la guérison s'opère sans laisser de traces, mais assez souvent il persisté une atrophie spéciale de la peau avec cicatrices.
4 degré.—Il ya mortification des tissus. Le derme, mis à nu, laisse voir à sa surface violacée et suintante des taches dont la coloration varie du jaune au noir, qui se fusionnent et constituent l’escharre. Tantôt les couches superficielles seules sont intéressées, d’autres fois l’épiderme et les plans sous-jacents
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— po — sont pris, l’escharre creuse et en tombant laisse une cavité purulente qui peut persister plusieurs mois et mème plusieurs années. Mais depuis qu'on possède des moyens de mesure, ce degré est rarement atteint et quand on en arrive à l’escharification, la guérison est obtenue au bout de six semaines environ
Kienbock a vérifié les lois suivantes :
1° L’intensité de la réaction est proportionnelle à la quantité de rayons absorbés par la peau;
2° Plus forte est la dose appliquée dans une séance, plus courte est la période de latence, plus vive est la réaction et plus longue est sa durée.
Par conséquent, plus la quantité de rayons absorbés est grande, plus le temps de latence est réduit, c’est-à-dire plus la réaction apparaît vite après l’exposition.
L’épilation simple apparaît après trois semaines de latence. L’érythème s’observe après deux semaines. Vers le vingtième jour il présente son maximum ; sa durée ne dépasse pas deux à trois semaines.
Si la réaction doit être plus intense et suivie de vésication, la latence est d’une dizaine de jours, à peine. Enfin quand il s’agit d’ulcération profonde avec destruction de tissus, les accidents peuvent débuter avant le septième jour.
L’intensité de la réaction varie avec l’état de la
peau ; un état inflammatoire préexistant en augmente la sensibilité.
L’âge est encore un facteur à considérer : l'enfant est plus sensible aux radiations que l’adulte et celuici réagit plus que le vieillard.
Certaines régions, la face par exemple ; de même la peau des surfaces de flexions demandent à être traitées avec un soin particulier parce qu’elles sont relativement plus sensibles.
Sans vouloir effrayer le praticien, il faut cependant signaler les cas de radiodermites graves, apparues plusieurs mois après la séance d’exposition.
Modifications histologiques des tissus. — A l’observation des phénomènes macroscopiquement visibles, succédèrent les recherches microscopiques sur des coupes de peau préalablement irradiées. Oudin, Barthélemy, Darier publièrent leurs premiers résultats en 1898. Ils avaient opéré sur le cobaye soumis à de fortes irradiations et ayant présenté une réaction assez intense.
Ils constatèrent de la vaso-dilatation, de l’épaississement de l’épiderme et de l’atrophie des formations annexielles : glandes, poils, ongles.
Les recherches de Scholize sont plus intéressantes parce qu'il a opéré sur le porc, animal volumineux, dont la peau se rapproche le plus de celle de l’homme ; et parce qu’il lui a fait absorber des quantités analogues à celles qu'on utilise en théra-
peutique.
Il produisit tous les degrés de la réaction, fit les
examens histologiques correspondants et arriva aux conclusions suivantes : L’action des rayons de Rœntgen porte surtout sur les éléments cellulaires de la peau ; les tissus conjonctifs, élastiques, muscle et cartilage ne sont altérés que secondairement.
L’inflammation se manifeste par la vaso-dilatation, l’imbibition séreuse des tissus, une forte migration leucocytaire.
Scholtze avait déjà montré dans une autre série d'expériences, l’action élective des rayons sur la peau : l'oreille d’un jeune porc fut rabattue et fixée sur son Cou.
Cette partie ainsi préparée reçut une irradiation d'intensité moyenne ; tout le reste du corps étant protégé par du plomb.
Les réaciions débutèrent par la face externe de l'oreille, puis la face interne et enfin la peau du dos dans la partie correspondante; le tissu intermédiaire aux deux faces de l’oreille n’avait subi aucune modification.
Action sur les organes internes. — Les rayons X pouvant atteindre les organes internes, il est tout naturel qu'on ait cherché à savoir l’effet qu’ils peuvent produire sur eux, surtout dans les régions où ils sont facilement accessibles par l'insuffisance de la protection osseuse.
Action sur l'œil. — Les auteurs ne sont pas d’accord sur les effets produits. Scholtze en irradiant
expérimentalement des yeux est arrivé à la nécrose des paupières et n’a pu obtenir qu'une eonjonctivite légère. D'autre part des épithéliomas des paupières ont été traités directement et guéris sans qu'on ait eu à observer de troubles de la vision.
Il semble plutôt que l’action néfaste ne se produise qu'à la longue, lorsque les quantités absorbées en s’accumulant finissent par former un total considérable. C’est ce qui arrive pour les opérateurs, aussi est-il indispensable de protéger la vue par un carreau de cristal qui arrète les rayons de Rœntgen sans gêner l'observation.
Action sur les glandes génitales. — Albers, Schrænberg et Frieben ont fait agir les radiations sur des cobayes mâles. Il en est résulté une stérilité comp'ète et l’autopsie a montré l’atrophie des glandes génitales avec disparition des cellules qui tapissent normalement les conduits séminifères.
J. Bergonié et L. Tribondeau ont répété les mêmes expériences sur le rat blanc : l’un des testicules était enlevé, l’autre exposé à des rayons de pénétration moyenne. Un mois et demi après, le testicule ainsi traité, quoique peu modifié en apparence, présentait des perturbations histologiques considérables. L'épididyme ne contenait qu'un peu de liquide visqueux, les tubes séminipares ne renfermaient ni spermalo. zoïdes, ni états de transformation des cellules évo-
luant vers la formation de ces éléments, Il y a non
de
pas desquamation et expulsion de l’épithélium séminal,mais dégénération et résorption de ses éléments.
Les auteurs ont examiné des testicules de rat trois mois après la séance d'exposition. Ils n’ont constaté aucun phénomène de régénération et considèrent l’ospermatogénèse comme définitive.
Ils ont expérimenté aussi avec M. Récamier et en mème temps que Halberstaedter, sur l'ovaire de lapine. L'animal est exposé par la face ventrale ; un écran de plomb protège la moitié du corps pour qu'un seul ovaire soit atteint.
L'’ovaire examiné un mois après, a subi une perte de poids ; — les vésicules de Graaf ont été complètement détruites ; les follicules primordiaux sont très rares.
Action sur les organes hémato-poiétiques. — R. Milchner et M. Mosse ont recherché les modifications que produisent les rayons X dans la moelle osseuse.
Les auteurs ont exposé la moitié du train postérieur d’un lapin, l’autre moitié étant protégée par un écran de plomb. Ils ont fait agir des rayons très pénétrants sur quatre animaux, respectivement pendant 50, 180, 190 et 250 minutes.
Les modifications chez les trois derniers étaient considérables et portaient sur les leucocytes ; mais les éléments à hémoglobine anueléés et nueléés ne
paraissaient pas influencés,
Les auteurs pensèrent que les rayons X pouvaient exercer une influence favorable sur la leucémie, mais qu'ils devaient être inefficaces de l’anémie pernicieuse.
Heinecke avait déjà montré que leur action sur la rate détermine la destruction des corpuscules de Malpighi, mème après une courte séance, et dans les cas d'exposition prolongée à des rayons énergiques, il y a accumulation de pigment et raréfaction des éléments cellulaires de la pulpe splénique. Ainsi les lésions de la pulpe se rapprochent de celles de la peau, elles apparaissent plus tard que les précédentes.
Quand on sacrifie un animal quelques heures après une courte séance, on constate dans les corpuscules de Malpighi, dans les ganglions lymphatiques et les follicules de l’intestin, la disparition des lymphocytes, et l’absorption de grains de chrooatine provenant de leurs noyaux se trouve réalisée peu de temps après par d'énormes phagocytes.
Les organes placés dans les mêmes conditions et examinés douze ou quinze heures après, montrent la régénération du tissu lymphoïde.
Heinecke a observé le même phénomène dans le thymus et dans la moelle osseuse.
La destruction des noyaux dans les organes lym-
phoïdes commencerait bien avant la réaction des
épithéliums.
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D'ailleurs, cette influence des rayons X sur les organes lymphoïdes est surabondamment prouvée par les observations cliniques de leucémie, Iymphadénome, lymphosarcôme, mycosis fongoïde qu'ils ont heureusement modifiés.
Action sur les microbes. — Rieder et Scholtze ont exposé aux radiations des cultures sur boîtes de Pétri, recouvertes d’une lame de plomb percée en son centre d’un orifice circulaire. [ls pouvaient ainsi comparer la vitalité des bactéries qui avaient été irradiées à celle des bactéries qui avaient protégées contre l’action des rayons.
Rieder a constaté chaque fois une diminution considérable de la vitalité des cultures et même la mort.
Scholtze qui a répété ses expériences sur des cultures d'âge différent n’a constaté aucun pouvoir microbicide.
IL est vrai qu’il employait des doses thérapeutiques et que Rieder avait recours à des expositions de plusieurs heures.
Il faut en conclure avec Scholtze, Kienbock et Holzknecht que le pouvoir microbicide des rayons X sur les bactéries de l'organisme est nul, dans les limites où on peui faire agir et que cette action ne prend aucune part aux guérisons réalisées.
Action des rayons X sur l’homme malade. —
Quelques-uns des effets observés sur Les tissus sains
= SJ
ont permis de prévoir le résultat thérapeutique qu'on pourrait attendre des rayons X :
1° La dépilation rapide et complète obtenue par ce moyen fut utilisée dans les affections de la peau où on épilait à la pince ; dans la teigne faveuse, la teigne tondante, le sycosis de la barbe, la folliculite ;
2° La réaction inflammatoire devrait ètre recherchée dans le traitement d’affections inflammatoires pour lesque'les on employait d'habitude des agents irritants : telles que psoriasis, eczéma ;
3° L'action élective des rayons sur les épithéliums devait les faire utiliser dans le traitement des néo plasmes ;
4° Enfin les expériences de Heinecke en ce qui con cerne les organes hémato-poïétiques confirmaient les résultats déjà obtenus par la clinique dans le traitement d2 la leucémie, lymphadénome, etc. ;
5° Au cours des traitements, plusieurs observateurs remarquèrent l’action analgésiante des radiations de Rœntgen. Dès la première séance, la cuisson, les démangeaisons occasionnées par les affections de la peau se trouvent calmées ; il en est de même de la douleur dans les cas de néoplasmes ; aussi conseillet-on dans les cas inopérables et incurables par les rayons, de faire agir quand même ceux-ci, dans le
but d'obtenir l’analgésie seule,
— Je