Livre et regrette
Touche, tombe, baise et gémi
Et rentre à la masse,
Rentre à la mère.
Eternellement se ravise !
Sur le front battu de la mer
Je m'abîme dans l'intervalle de deux lames...
Ce temps à regret
Fini, infini...
Qu'enferme ce temps ?
Quoi se resserre, quoi se rengorge ?
Que mesure, et refuse, et me reprend ce temps ?
Imposante impuissance de franchir, ô Vague !
La suite même de ton acte est se reprendre,
Redescendre pour ne point rompre
L'intégrité du corps de l'eau !
'AUTRES RHUMBS
Demeurer mer et ne point perdre
La puissance du mouvement !
Il faut redescendre
Grinçante, à regret,
Se réduire et se recueillir,
Se refondre au nombre immuable,
Comme l'idée au corps retourne.
Comme retombe la pensée
Du point où sa cause secrète
L'ayant osée et élevée.
Elle ne peut toujours qu'elle ne s*en revienne
A la présence pure et simple,
A toutes choses moins elle-même,
Quoi que ce soit non elle-même.
Elle-même jamais longtemps,
Jamais le temps
Ni d'en finir avec toutes choses.
Ni de commencer d'autres temps...
Ce sera toujours pour une autre fois !
Pour la prochaine et pour l'autre fois,
Une infinité de fois !
Un désordre de fois !
Entends indéfiniment, écoute
Le chant de l'attente et le choc du temps.
Le bercement constant du compte.
L'identité, la quantité,
Et la voix d'ombre vaine et forte,
La voix massive de la mer
Se redire : Je gagne et perds,
Je perds et gagne...
Oh ! Jeter un temps hors du temps I
Tir
Plus que seul au bord de la mer, Je me livre comme une vague A la transmutation monotone De l'eau en eau Et de moi en moi.
if
Pèlerinage.
Chapelle dans l'île C.
... Ce fin fond d'église oh se passe quelque chose de non clair. Mystère, niaiserie ; rien ou miracle.
Je sens un autre m'envahir. On me revêt d'un frisson primitif. Il y a un souffle sur ma chair, et je sens une horreur se feindre sur toute ma surface, hérissant la séparation du froid et du chaud.
Le prêtre tenant le ciboire, portant de bouche en bouche la nourriture qui est énigme, invinciblement me fait songer d'un énorme insecte d'or
qui féconde monotonement des files de femelles toujours renouvelées. Il visite avec une petite lumière vivante et tremblante toutes ces formes obscures disposées, qui s'ouvrent, sans doute, sur le point de son passage, reçoivent et se referment ; et, l'opercule clos, s'écrasent, s'anéantissent, font les mortes, se reprennent et s'en vont toutes changées, fermées, absorbées ; s'en vont silencieuses, resserrées, sans regards, chacune avec son secret qui est le même pour toutes.
Toutes jointes et rentrées en elles-mêmes. Je songe à cet animal marin très simple qui se retourne comme un gant, mettant le dedans dehors.
De quoi donc ceci est-il le réflexe ?
Quel est le dessein de détail, et quelles sont les figures, les durées, les connexions physiques de cette horreur et intimité sacrée ?
Car je perçois moi-même et je constate en moi le passage de quelque onde fraîchissante qui se fait sensible sur mes épaules, comme si j'étais un brisant où la houle se heurte, blanchit, devient sonore, se signale. Je le sens, et l'observe sur ma chair, qui monte, existe, passe; je n'en fais point une idée, ne l'oppose ni ne l'attache à nulle idée. C'est un fait. Pour moi, un fait isolé... Est-ce là refuser la grâce ?
Est-ce la Grâce, l'Esprit, l'intime Étranger ? Est-ce un effet composé du silence, des ombres,
du lieu et d'un moment présent tout pénétre de passé ?
Je sors. Une brusque assemblée de brumes voile tout, hors les premières pointes, têtes de roches.
Tout ce qui est affectif est obtus, pensai-je. Affectif est tout ce qui nous atteint par des voies simples, au moyen d'organes qui n'ont les finesses ni les multiples coordonnées des organes spéciaux des sens.
Mais nous essayons de comparer ces valeurs brutes, puissantes, indistinctes, aux connaissances nettes et aux perceptions organisées. Nous ne savons y parvenir, nous sommes devant elles comme le géomètre devant des grandeurs irrationnelles ou transcendantes quand il s'essaie à traduire en nombre le continu.
LITTÉRATUEUB
Châtiment.