‹ Tel quelChapitre 18 sur 82 · LA VIEILLE FEMME · texte numérisé non relu

LA VIEILLE FEMME

Très âgée, je vis dans le monde intermédiaire, déjà presque en équilibre avec chaque moment du temps ou circonstance, comme l'est un corps sans vie.

Je vous touche et je suis bien loin de vous. Ce même instant a des significations bien différentes pour vous et pour moi. Ma mémoire est une maison tout achevée. Cette maison magique peut s'envoler d'un coup ; il en es't ainsi dès qu'on ne peut plus rien y ajouter. Tous les projets possibles sont accomplis ou abandonnés. Je n'ai plus qu'un seul acte nouveau à faire. Tout est fait, et refait, moins le mourir.

Je me fais difficile à l'égard de la lumière, àti bruits, des goûts, de la nourriture. Tout ce qui advient maintenant m'était déjà connu ou m'est inconnaissable.

AUTRES RHUMBS

Sur la figure aux yeux troubles de la vieille, la musique carrée, la mesure, esquisse un intérêt enfantin, un réveil niais, un sourire de bébé comme si ce mouvement, cette danse partielle, virtuelle, raccrochait dans l'écheveau emmêlé, dans le dédale de 80 ans, à travers les choses usées, quelques brins non suivis, — oubliés dès l'enfance, de quoi s'intéresser, apprendre, commencer, suivre encore la marche du monde.

Le nouveau comporte un certain rajeunissement,

'Au Musée.

Je vois la Vénus accroupie tout à coup se lever lentement... (Mais n'est-ce pas précisément ce miracle que le statuaire a dû suggérer ?...) Voir la forte déesse dans ce mouvement de cuisse en rotation sur la rotule, de jambe en rotation sur le pied, l'exhaussement de la masse du corps par l'ouverture de l'angle interne du genou, et de l'angle du ventre avec les cuisses.

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Deux personnes se rencontrent. Sourires comme excités l'un par l'autre et gardés quelque temps. Ces sourires ensuite se reposent pour laisser passer une ou deux phrases plus sérieuses. Ils reprennent, se quittent ; et séparés l'un de l'autre, se dénaturent, se dissolvent. Les visages divisés se remettent au zéro.

Il y a une sorte d'amour distincte à la fois de la passion et du divertissement ; qui les compose ; et qui, de l'énergie de l'une et de la liberté de l'autre, peut, à force d'esprit, de tendresse et de tact, faire une manière d'œuvre, et même de chefd'œuvre... entre deux miroirs.

Le Prudent.

... Allonger une patte, une branche, un tentacule, pédoncule, hasarder un œil, puis tout le regard. Oser un mot, une allusion, puis le tout.

Se mouvoir de sorte que le mouvement soit longtemps niable.

AUTRES RHUMBS

... Celui-ci me parlait, me parlait...

Et moi, je ne voyais, comme sens et fruit de tous CCS discours, qu'une forme d'homme vaguement tambourinant sur des vitres, tandis que la pluie les bat de l'autre côté.

Ce langage avait pour sens, son absence de sens ; et de plus ma réaction-ennui. Et la résultante était image d'ennui.

Le regard étrange sur les choses, ce regard d'un homme qui ne reconnaît pas, qui est hors de ce monde, œil qui se sent frontière entre l'être et le non être, appartient au penseur. Et c'est aussi un regard d'agonisant, d'homme qui perd la reconnaissance. En quoi le penseur est un agonisant, ou un Lazare facultatif. Pas si facultatif.

Et puis... dit la fée en s'en allant. Je suis bien tranquille : l'homme ne peut rien souhaiter que de bête.

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ANALECTA

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