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PREMIÈRE ÉDITION

VAUTEUR A SES AMIS

Ici, puisque le désir de quelques amateurs de tentatives m'y convie, je donnerai dans leur désordre, dans leur sécheresse, dans leur état naissant ou provisoire d'incidents de l'esprit, des remarques et pensées extraites de mes cahiers et registres familiers.

Je tiens depuis trente ans journal de mes essais.

A peine je sors de mon lit, avant le jour, au petit jour, entre la lampe et le soleil, heure pure et profonde, j'ai coutume d'écrire ce qui s'invente de soi-même. L'idée d'un autre, lecteur, est toute absente de ces moments ; et cette pièce essentielle d'un mécanisme littéraire raisonné manque. Le

mot saisi s'inscrit sans débats. Je songe bien vaguement que je destine mon instant perçu à je ne sais quelle composition future de mes vues ; et qu'après un temps incertain, une sorte de Jugement Dernier appellera devant leur auteur l'ensemble de ces petites créatures mentales, pour remettre les unes au néant, et construire au moyen des autres V édifice de ce que j'ai voulu... En somme, je n'ai écrit tout ceci que pour le difiéi:cr,pour que je n'y pense plus jusqu'à... la fois prochaine. Rien ne donne plus de hardiesse à la plume que de rejeter à l'infini l'époque de l'écriture définitive.

Ce ne sont donc ici que notes pour moi : impromptus, surprises de l'attention, germes ; et point de ces productions élaborées, reprises, consolidées, mises dans une forme calculée, qui peuvent se présenter à tout le public avec l'assurance et la grâce des œuvres faites expressément pour lui.

Je n'aurais jamais imaginé que je dusse un jour imprimer tels quels ces fragments. Monsieur le docteur Ludo van Bogaert et Monsieur Alexandre Stols l'ont imaginé pour moi. Ils m'ont tenté par la considération de l'intimité de cette petite entreprise, et par la perfection des spécimens typographiques qu'ils m'ont soumis.

Je ne réponds pas que ces petits textes soient toujours faciles à entendre, et je dois avertir mes lecteurs imprévus qu'ils n'y trouveront guère

'ANALECTA

qu'une matière abstraite traitée aussi directement et simplement que peut l'être une indication pour soi-même. Qu'il leur souvienne en parcourant ces feuillets qu'il y a une différence incalculable, un intervalle indéterminé, entre l'embryon d'une idée et l'entité intellectuelle quelle peut enfin devenir.

Cette différence peut aller jusqu'au maximum de contraste, qui est la contradiction.

Si j'écris promptement, un matin, que A est B, je sais bien que le jugement A est non B, qui annule le précédent, pourrait s'en suivre d'une réflexion prolongée, d'une contemplation plus précise, ou d'un grossissement par la durée un peu plus fort. La note que j'aurai prise ne signifiera donc à mes yeux que ceci : il y a un rapprochement {A, B).

Ce n'est qu'un acte fécondant.

ANTINOUS, ou un monstre, ou l'être le plus vulgaire en peuvent sortir...

De même que la mécanique apprend à composer forces et vitesses, moments et aires — comme fait la géométrie des longueurs, — et à calculei avec des grandeurs composées comme on calcule avec des éléments simples, ainsi faudrait-il arriver à une combinatoire des actes, des états, des certitudes, des complexes psycho-physiologiques. Une attitude prise au hasard est un complexe, et ce complexe, nous le savons, est capable de rappel simplifié dans la mémoire, de représentation par un rien, de composition avec un fait nouveau, etc.. Certainement, dans l'idée que j'ai de ces attitudes et états du vivant, est inclus le symbole, le vecteur à trouver, qui permettrait de réfléchir plus longtemps et plus nettement sur ces sujets.

Ainsi, j'ai bien du sommeil et du rêve une sorte de schéma, et ce schéma encore grossier, peu utilisable, pas utilisable régulièrement, est comme à

la frontière d'une sorte de mimique du dormeur et du rêveur, et d'une image.

Précisons un peu. Je prends l'attitude, je me place dans la figure d'un dormeur. Je fais coïncider mon corps avec cette figure et je réalise un système de contacts sensibles, — je m'assure par divers mouvements partiels que cette position réalise une condition. Par exemple : un certain minimum général de tension musculaire*. Mais je réalise ceci par des forces !... Cette fixation forme une distribution d'efforts isolés, une figure de points perçus, séparés par des étendues vagues ou nulles. Je tends alors à ne permettre à une pensée que les modifications qui n'altéreront pas ce système. Je distingue ainsi quelque chose des relations étonnantes qui existent entre cette mimique générale, et V image plus ou moins intense et projetée.

If

Et cette image est comme mue, provoquée en sens contraire du sens normal. Au lieu d'être cause,

I. C'est conslruire une faiblesse par. des forcée. Je dis ce que je senti

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'AN ALECTA

elle complète, explique comme dans le rêve. Avec cette différence que dans le rêve, on prend le rêve, effet, pour cause, et que dans la musique on ne peut le faire ; sans quoi la musique nous gouvernerait entièrement... L'obstacle qui empêche la musique de nous donner un rêve complet est la veille même, — c'est-à-dire la conservation du présent bien différent et bien séparé, — la coexistence de mondes indépendants, d'un envers et d'un endroit, avec des points de soudure finis, connus.

La Musique fait voir clairement comme une action extérieure de nature simple suffît à produire une sorte de vie complexe dans le sujet. Et cette vie artificielle plus riche que la vie normalement causée, — comme le chimiste connaît plus de corps que la nature ne lui en a donnes ^.

Donc il y a plus de possibilités dans notre être nerveux que les circonstances normales moyennes n'en tirent et n'en utilisent.

Nous ne sommes pas faits exactement *.

L'artificiel en tous genres est possible quand au lieu de procéder par objets , l'esprit procède par fonctiojis.

I. Par le détour des excitations musicalas, j« «uis, «n quelque

manière, combiné à moi-même.

a. D'où l'on tirerait des problèmes sur cette moyenne des circonstances dans lesquelles la vie est possible, ©t le système n«rv«ux«

... C'est là peut-être la clef des similitudes et analogies. Si A ressemble à B, c'est être autre que soi de deux façons et passer de l'une à l'autre par : être soi. Etre autre que moi, (connaître, sentir), c'est aussi un fonctionnement de moi.

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