‹ Tel quelChapitre 32 sur 82 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

Un homme n'est qu'un poste d'observation perdu dans l'étrangeté.

Tout à coup, il s'avise d'être plongé dans le non-sens, dans l'incommensurable, dans l'irrationnel ; et toute chose lui apparaît infiniment étrangère, arbitraire, inassimilable. Sa main devant lui lui semble monstrueuse. — On devrait dire : VEtrange, — comme on dit VEspace, le Temps, etc.

ANALECTA

C'est que je considère cet état proche de la stupeur comme un point singulier et initial de la connaissance. Il est le zéro absolu de la Reconnaissance.

La pathologie de l'esprit et celle du système nerveux sont pleines d'exemples des altérations de cette re-connaissance, que les diverses lésions savent parfois disséquer et dont elles isolent les éléments.

La philosophie et les arts, — disons même la pensée en général — vivent des mouvements qui s'effectuent entre connaissance et re-connaissance.

La mystique est... la Musique de ce domaine.

L'homme dit au dieu : Il faut me détruire ou

me satisfaire.

Cette pensée lui semble si juste qu'il la fait dire par le dieu sous cette forme : Il te faut me satisfaire ou être détruit... Plus que détruit !

Un problème n*€St réellement résolu que si la réponse qu'on a trouvée a d'autres propriétés encore que celle de servir de réponse : l'existence de Dieu serait très fortifiée si on pouvait donner à Dieu d'autres emplois, et lui trouver d'autres aspects que ceux attenant à la Création. Mais on ne sait pas ce qu'il fait en dehors de nous, et c'est ce en quoi il ne nous touche en rien, qui établirait son existence.

Mais que peut faire un dieu d'autre chose qu'un « monde «l

Sans les religions, les sciences . n'eussent pas existé, car la tête humaine n'aurait pas été habituée à s'écarter de l'apparence immédiate et constante qui lui définit la réaUté

HN'ALECT^

Que la « vie intérieure » n'est pas ce que l'on croit.

Ineffables.

Les mystiques, ces profonds égoïstes. Ils en perdent la parole — inefïabilité — il ne leur sort que les soupirs et les exclamations de leur jouissance. Les mots puérils d'amoureux.

Peut-être cette « vie intérieure » devrait-elle s'interpréter de plusieurs façons également légitimes et profondément différentes les unes des autres...

C'est en quoi elle serait véritablement digne d'intérêt, — profonde, — et un peu plus qu intérieure — disons : supérieure *•

I. La vie intérîeure ne vaut que par l'inconsfance, la mullîformité, le degré de liberté et le nombre d'inlerprélalions, le nombre d'aspects de chacun de ses états...

La théologie joue avec la « vérité » comme un chat avec une souri

Ce n'est pas réfuter loyalement un système que de ne pas réfuter en même temps tous les systèmes infiniment voisins.

S'il s'en faut d'infiniment peu qu'une doctrine soit solide, si une modification très petite suffisait à la rendre incontestable, la critique qu'on ci'i ferait en exploitant cette petite imperfection, serait abusive, personnelle, mesquine ; mais le beau jeu serait d'attribuer à une pure inadvertance de l'au-

'AN'ALECT'^

teur, ce rien qui peut servir à un petit esprit de prétexte pour abîmer son ouvrage.

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