ORDRE, DÉSORDRE ET SOI
J*ai retrouvé ce cahier. Il n'était pas égaré. Bien au contraire ; mais si bien rangé que je ne me reconnaissais plus. Il était sorti de mes voies. J'avais perdu mon fîl conducteur, mon « désordre ». Mais désordre propre, et personnel, et familier.
Pour ne pas les égarer, mets les choses toujours où tu les mettrais spontanément. On n'oublie pas ce qu'on ferait toujours.
Le désordre réel est le dérangement de cette espèce de règle, la dérogation à la fréquence. C'est
ANALECTA
mettre les choses à une place réfléchie laborieusement, — ou trouvée enfin après tâtonnements, combinaisons, déviations ou éloignements successifs de la tendance, comme une découverte, un nouveau Monde, une solution rare...
Alors, pour retrouver l'objet, je suis obligé de retrouver une certaine réflexion où rien, ne me reconduit.
Mais s'il fut placé sans recherche, il me suffit de me retrouver moi-même, en bloc et en gros — c'est-à-dire // me suffit d'être.
Si ta règle est le désordre, tu paieras d'avoir mis de l'ordre.
Suis ta règle.
L'homme angoissé n'ose bouger — ni son corps ni sa pensée, comme l'homme dans un bain sentirait le froid s'il remuait dans l'eau. Celui-là sentirait sa peur.
Le mouvement rend la sensibilité plus vive. Après un choc, on n'ose bouger. C'est un nexus
étrange où les idées, les mouvements, la variation de la sensibilité se brouillent curieusement.