ANALYSE INTERNE
II y a des objections contre l'analyse interne. Ces objections peuvent se résumer ainsi ;
Les choses perçues <( en moi » ne sont pas fonctions continues de mon attention. Il y a une discontinuité, peut-être alternante, et il s'introduit des figures nouvelles à chaque insistance du regard.
Plus je fixe, plus je déforme ; ou plutôt, plus je change d'objet.
Passant du vague au net, je ne me borne pas à changer d'approximation ; je change d'objet.
Préciser une pensée, c'est former une autre pensée qui peut différer de la première, d'une différence indéterminée.
De plus, ce passage n'est pas uniforme. Je ne suis pas certain que, précisant deux fois le même état initial, j'aboutisse à un même état Nme, ou du moins j'emprunte le même chemin passant par cet état Nme.
D'autre part, je ne puis même dire que ces choses soient fonction de mon attention, ou mon attention fonction d'elles. Je ne démêle pas nettement la part des choses de celle des forces et de la durée. Dans les phases de veille, la distinction semble nette, et cette distinction entre dans l'impression de realité. Au contraire dans les phases de mélange, (sommeil naissant, etc.), la réciprocité entre le regard et l'objet, leur équilibre réversible, semble bien s'installer.
'ANALECT'A
A la place de chaque homme, avec les mcmcs matériaux de chair et d'esprit, plusieurs « personnalités » sont possibles, parfois coexktent, plus ou moins égales. — Parfois périodiquement.
Les unes plus grossières que les autres — plus primitives — plus maladroites. Parfois une personne enfantine redevient dans la peau d'un quadragénaire. On se croit le même. Il n'y a pas de même.
Nous croyons que nous aurions pu, à partir de l'enfance, devenir un autre personnage, avoir eu une autre histoire. — On se voit bien différent. Mais cette possibilité de groupements de mêmes éléments de plusieurs manières persiste, — et c'est une critique-du-temps.
Il n'y a pas de temps perdu, réellement écoulé tant que ces autres personnes sont possibles.
Et d'ailleurs ma personnalité, — ma fréquence d'être un tel, avec toute sa variété, est comparable à un souvenir. Elle peut s'abîmer comme un souvenir, et telle autre revenir comme un souvenir.
C'est comme une mémoire de second ordre.