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DURÉE

1. En songeant aux éléments de durée d*un ouvrage, je retrouve cette pensée : les impressions et leurs suites ont pour tendance générale de provoquer quelque acte qui les annule : j'ai faim, — je mange, je n'ai plus faim.

2. Mais pour certaines impressions, l'acte qu'elles provoquent et qui tend à les annuler, les renouvelle et les exaspère. Ainsi : je suis gratté, je me gratte, mais le passage du passif à l'actif n'est que de rien. Et je suis forcé de me substituer à la cause de mon prurit. C'est un cercle. Pour certaines autres impressions, il n'y a pas d'acte qui s'y oppose directement, je n'ai pas de main qui atteigne au fond de ma gorge, qui puisse décharger mon estomac, etc. Alors des efforts désordonnés, violents, surabondants, ou bien la distraction, la multiplicité d'autres impressions me soulagent quand il est possible.

3. Un ouvrage donne une impression. Si elle est définissable et classable, elle est finie. On s'en

'ANALECTA

défera par un acte classificateur. Mais s'il faut pour sa durée, et pour atteindre une certaine intensité et un certain efîet esthétique, qu'il hante la mémoire, qu'il ne soit pas résumable, ni facile à définir ; qu'il n'y ait pas d'acte qui le satisfasse, — trouver les conditions de cet ouvrage et les assembler dans le réel, c'est ce qu'on appelle la magie, la beauté, etc. \

La musique ici est l'exemple typique : obsession '.

4. Il y a un type de durée qui est tel que la durée soit déterminée par le seul temps de l'actedétente ; — un autre qui est de la nature d'un empêchement : un autre qui est diffusion, nombre d'événements en tous sens.

Ni sur la mémoire, ni sur la pesanteur, pas même d'hypothèses. J'entends : d'hypothèses

I. En somme, les dimeinsiorrs d'un ouvrage doivent être déterminées par une analyse des conditions de prolongement, de renforcement et de répétition des impressions.

3. La Musique hante la mémoire, n'est pas résumable, et est indéfînissable.

utiles, c'est-à-dire qui suggèrent quelque mode à' agir sur ces liaisons.

Les impressions ou sensations de l'homme prises telles quelles, n'ont rien d'humain.

Elles sont de l'ordre d'une surprise — d'une insuffisance de l'humain. Nous pouvons — mais non toujours — rechercher cette mise en défaut — rattraper ce qui vient d'être — à l'état informe.

Et ceci est la racine de la mémoire.

Le souvenir est (de ce point de vue primitif)^ un fait élémentaire qui tend à nous donner le temps d'organisation qui nous a manqué d'abord. Ce temps est celui que j'appelle de seconde espèce. La durée (perçue) est l'efîort qu'il faudrait faire pour maintenir à l'état réversible, en état d'équilibre, le système formé de demandes extérieures et de réponses exactes.

Durée d'un phénomène — grandeur qui mesure intensivement et inutilement l'ensemble des modifications quelconques qui conservent un phénomène.

ANALECTA

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