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POESIE PERDUE

Cœur de la nuit.

Nuit coupée, presque trop belle, mêlée de trop de noir et de lumières trop aiguës ; merveille de possession et d'absence, nuit toute en écarts admirables ; pas un instant qui ne soit tout ou rien.

Au sein de la nuit, au centre de la nuit.

Le réveil de l'esprit bien opposé à la substance de la nuit :

Remarquablement seul, distinct, reposé.

Divisé de la nuit, divisant nettement ses puissances !

Alors les ténèbres l'illuminent

Le silence lui parle de près.

Alors, le corps sans poids dans le calme

Se ressentant jusqu'aux extrêmes de ses mains, de ses pieds ;

Et le langage tout présent,

La mémoire toute présente,

Tous les mouvements et opérations d'esprit

Sensibles et visibles ;

TEL QUEB

IJes idoles bien rangées

Sur tous les degrés, à tous les ordres, et classes ou catégories

Sentir la connaissance même, et point d'objets...

L'ouïe.

Entends ce bruit fin qui est continu, et qui est le silence. Ecoute ce qu'on entend lorsque rien ne se fait entendre. *

II couvre tout, ce sable du silence.

Je considère toute mon histoire, mes volontés et mes amours comme une ville d'autrefois, par la cendre ou le désert, ensevelie et effacée.

Mais entends ce sifflement si pur, si seul, si loin, créateur d'espace, comme au plus profond, comme existant solitaire par soi-même.

Plus rien. Ce rien est immense aux oreilles.

Sifflet encore. Sifflet sinistre, simple, éternel, égal à lui-même ; filet éternel du temps, qui se perd dans l'univers de l'ouïe, consubstantiel à l'espace, coulant dans le sens de l'attente infinie, emplissant la sphère croissante du désir d'entendre.

'AUTRES RHUMBS

Les oiseaux.

Oiseaux premiers. Naissent enfin ces petits cris. Vie et pluralité vivante au plus haut des cieux !

Petits cris d'oiseaux, menus coups de ciseaux, petits bruits de ciseaux dans la paix ! Mais quel silence à découdre !

Réversibilité.

Quelle sorte de bonheur se baigne dans la fatigue ! Fatigue du repos, extension infinie, les bornes du monde ou du corps s'y composent.

Je me confonds à la douce chaleur de ma couche. Tout est possible à l'homme qui se tourne et se retourne entre la veille et le sommeil. Il peut prendre à droite ou à gauche. Sa substance de hasards est toute chaude encore ; les songes sont tout prêts à servir. De l'autre côté, il voit ses forces et ses actes.

Reprise.

Roulements des roues premières. Des revenants laborieux toussent et causent dans la rue probable. Il doit y. avoir du soleil frais sur les ordures.

fi9

O vie, ô peinture sur ténèbres !

Belle matinée, tu es peinte sur la nuit.

Matin délicieux, qui te peins sur la nuit.

Ces hirondelles se meuvent comme un son meurt.

Si haut vole l'oiseau que le regard s'élève à la source des larmes.

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