MATIN
Réveîl.
Au réveil, si douce la lumière et beau ce bleu vivant !
Le mot « Pur » ouvre mes lèvres.
Tel est- le nom que je te donne.
Ici, unies au jour qui jamais ne fut encore, les parfaites pensées qui jamais ne seront. En germe, éternellement germe, le plus haut degré universel d'existence et d'action.
Le Tout est un germe — le Tout ressenti sans parties — le Tout qui s'éveille et s'ébauche dans l'or, et que nulle affection particulière ne corrompt encore.
Je nais de toutes parts, au loin de ce Même, en
AUTRES RHUMBS
tout point où étincelle la lumière, sur ce bord, sur ce pli, sur le fil de ce fil, dans ce bloc d'eau limpide. Tu n'es encore et sans peine qu'un effet délicieux de lumière et de rumeur, merveille de feu, de soie, de vapeur et d'ardoise, ensemble de bruits simples confondus, dorure et murmures, matin.
Que ne puis-je retarder d'être moi, paresser dans l'état universel ?
Pourquoi, ce matin, me choisirais-je ? Qu'est-ce qui m'oblige à reprendre mes biens et mes maux ? Si je laissais mon nom, mes vérités, mes coutumes et mes chaînes comme rêves de la nuit, comme celui qui veut disparaître et faire peau neuve, abandonne soigneusement au bord de la mer, ses vêtements et ses papiers ?
N'est-ce point à présent la leçon des rêves et l'exhortation du réveil ? Et k matin d'été, k matin, n'est-il le moment et k conseil impérieux de ne point ressembler à soi-même ? Le sommeil a brouillé le jeu, battu les cartes ; et les songes ont tout mêlé, tout remis en question...
Au réveil il y a un temps de naissance, une naissance de toutes choses avant que quelqu'une n'ait lieu. II y a une nudité avant que l'on se re-vêtissc.
L'âme boit aux sources une gorgée de liberté et de commencement sans conditions.
Cet azur est une Certitude. Ce Soleil qui paraît et fait sonner pour soi de toutes parts le branlebas et les honneurs, qui fait chanter une feuille et étinceler tout le pont, tous les cuivres de la mer, il s'annonce et monte comme un juge, il évoque les pâles erreurs à son tribunal; il condamne les songes ; il dissipe les croyances de la nuit, il casse les jugements de la terreur ; il rassure ou menace toute chose mentale... Que de pensées se cachent aussitôt, et que de procédures de l'esprit sont sans retard frappées de nullité i