LITTERATURE
Le style sec traverse le temps comme une fnonlîè incorruptible^ cependant qtie les autres, gonflés de graisse et subornés d'imageries, pourrissent dans leurs bijoux. On retire pliis tatd quelques diadèmes et quelques bagués, de leurs tombes.
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CËitÉRiUM
Les choses, à rôtcasiofï desquelles fioiis trotivons le plus vite et le plus nettement lés mots les plus justes et k$ plus forts, sont certainement celles que nous Sommes faits pour faire,, ou pour àpprofondiii
Lé soleil, le matin, éclaire en eux-mêmeS les objets <^ui sont, — les idées toutes formées et figurées, etc..
Mais la nuit complète est éclairée par ses idées, — elles illuminent de leur rayonnement les objets possibles, les idées profondément encore engagées ^.
Je ferme les yeux pour laisser rayonner les restes ou des commencements de restes. C'est ici le séjour des mânes des impressions.
Paresse émotive, vergogne de souvenir. Morfeur
I. Le jour jga'éclâîré me« idéee. l^ès idées iii'Scïàîrënt ffîa nuit.
de revivre tel passé. Ces choses existent,, ces bêtises révélatrices.
Avoir honte d'une fausse démarche sans conséquence, il y a vingt ans.
O paresse de Moi ! — ne pouvoir irriter le petit membre du cerveau qui ferait vibrer tel timbre depuis l'enfance inentendu !
Je pressens qu'un ennui bien passé, une honte oubliée, un aiguillon demeuré, reprendraient quelque vigueur. Alors, qu'est-ce, le passé ? — Et, par ailleurs, je décompose cet ennui. Je le prévois et je l'évite. Je le divise en deux moments, en deux états, dont l'un n'est que l'annonce de l'autre et peut en quelque mesure ou bien l'amener, l'introduire dans toute sa vigueur et cruauté première ; ou bien éveiller ma défense, exciter de quoi repousser, réprimer le développement redoutable de mon souvenir, ou de ma pensée. L'ombre de l'idée effarouche l'idée.
Enfer du penseur.
Le ciel étoile — comme si le Tout méditait, et qu'il enfantât ces lois, dans un inextricable mélange de simple et de complexe, et dans un effort qui engendrât masse, temps, lumière et espace, sans les distinguer^ les faisant se courir l'un après
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l'autre dans une relativité sans issue, — l'enfer du penseur.
L'esprit vole de sottise en sottise comme l'oiseau de branche en branche.
Il ne peut faire autre chose.
L'essentiel est de ne point se sentir ferme sur aucune.
Mais toujours inquiet ; et l'aile prête à fuir cette plus haute et dernière proposition où il vient croire qu'il domine...
Tout le problème du rêve est celui-ci : Puis-]e véritablement imiter le rêve dans la veille, — c'està-dire puis- je, au moyen des propriétés de l'instant, composer une durée ?
On ne devrait pas dire : j'ai fait un rêve, mais : je fais un rêve.
La ressource presque unique pour nous définir le rêve est de nous faire un rêve pendant la veille ; comme on imaginerait fortement d'avoir froid pendant qu'on a chaud. Mais plus difficile.
Les récits ou souvenirs de rêve ne servent presque de rien, car les précautions qu'il faudrait
prendre pour les utiliser en vue d'une analyse posent des problèmes qui sont précisément du même ordre que le problème lui-même, (si tout le problème ne consiste pas à les poser).
TÎr
La parole est le gouvernement d'un homme par un autre. On m'appelle. — Je me tourne. On m'insulte, — je m'étonne, je m'irrite, je réponds par un coup... mais j'obéis. C'est obéir : ma réaction a pu être prévue.
Une petite phrase est dite devant un Tel. Elle le frappe. Son attention est créée ; et pourtant cette phrase ne l'intére i raisonnablement pas. Il l'oublie. Elle ne s'oublie pas. Elle se perpétue et se régénère en lui sans qu'il le sache. Elle travaille. La voyez-vous dans la partie non éclairée de cet être, devenue attente et activité inconnue. Un jour, elle sortira son efïet puissant et inattendu, sans plus se montrer. Il ignorera l'origine de sa nouvelle vigueur. Ce travail caché peut engendrer bien des transformations surprenantes qui paraîtront spontanées.
... Mais, de même, peuvent sans doute agir,
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dans cette ombre substantielle, aussi bien quelque maladie — (syphilis, arthritisme, etc.), aussi bien quelque hérédité, — tellement que : impression, maladie ou variation d'une lésion, hérédité, etc., qui sont choses si diverses et incomparables, soient enfin combinées, confondues dans leurs effets. On peut donc concevoir un état hypothétique de ce qui est latent et deviendra pensée, — réponse, etc., comme un état dans lequel quelque action mutuelle se produise entre des choses qui, à notre échelle, sont incommensurables entr'elles.
C'est ainsi qu'il faudrai^border timidement le fameux inconscient. Sans donner dans les chimies et dans les histologies plus obscures encore, ni dans les mystagogies de toute espèce.
Mais essayer prudemment si, en altérant nos échelles, on ne pourrait établir une région, un état des choses qui satisfasse à tant de conditions *.
Tout se réduit à la conscience. Mais la conscience ne répond pas de son contenu, et on croit remarquer que tout se passe comme si la conscience, qui est tout, n'était qu'un accident par rapport à la génération, au développement, à la combinaison des « choses ». Et ces choses resupposen't quelque conscience...
I. Le travail de l'inconscient serait donc une combinaison où composition de circonstances et de conditions tjui dans la conscience sont représentées par des notions ou des images qui 6'excluent. Ainsi, une durée, et une idée... Etc.
, La photographie d'une conscience ne suffit pas...
D'ailleurs elle contient toujours de quoi se raccorder nécessairement à ce qu'elle représente ou semble représenter. En d'autres termes, il n'y a pas d'image de la conscience, pas de figure semblable...
(En quoi, par quoi... elle pourrait bien se nommer aussi Uiîit/ers !)
Pour les nerveux, tout est exceptionnel. L'imprévu est une espèce de loi. Les extrêmes se prolongent, formant une quasi-permanence de l'excessif.
L'homme se fait une voix capable de ses différences émotives. Son registre le peint.
Certains n'ont pas de médium. Ils n'ont que le grave et l'aigu. Ce ne sont jamais des gens simples.
Dans la société polie, tout se devait passer comme si les corps existaient le moins possible. — On permettait le visage, l'alimentation, les mouvements des membres, mais réglés.
Les femmes à demi découvertes, seulement à
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l'heure où la lumière artificielle, le nombre des personnes (et la supposition qu'elles sont choisies) font que les gorges et les bras nus sont parures plutôt que chairs ; convention, plutôt que nature ; signes d'apparat, et non de familiarité.
Chaque famille sécrète un ennui intérieur et spécifique qui fait fuir chacun de ses membres (quand il lui reste un peu de vie).
Mais elle a aussi une antique et puissante vertu, qui réside dans la communion autour de la soupe du soir, dans le sentiment d'être entre soi, et sans manières, tels que l'on est — groupe de gens qui sont entre eux tels qu'ils sont.
On pourrait donc conclure que la famille est un milieu où le minimum de plaisir avec le minimum de gêne, font ménage ensemble.
Les Solitaires sont des spécialistes. — Mais qui ne l'a pas été ou qui ne sait plus l'être, qui n'a plus la vertu de dresser cet autel isolé à l'Orgueil et à la Patience, celui-là est aussi incapable des richesses du monde. Qui n'a pu s'en passer ne sait pas en jouir.
Le nombre de nos ennemis croît en proportion de l'accroissement de notre importance.
— Il en est de même du nombre de nos amis.
Le seul fait de s'occuper des autres en tant que personnes déterminées, de les viser et d'invectiver contr'elles ; soi étant seul avec soi, me semble le comble de la faiblesse et de l'inanité.
On mesure la valeur de son temps par les objets auxquels on le donne, — ou plus précisément par les résultats que l'on montre ainsi espérer d'atteindre.
Te déchirer ou te railler en esprit, c'est m'occuper de toi avec moi, dépenser moi pour toi — mon temps pour te figurer — mes talents pour te réduire. Par quoi je te préfère à moi, je te prise plus que moi, moi qui te méprise.
Le généreux-, le « noble », l'héreïque, reposent toujours sur une obscurité, et même une maison noble est celle qui se perd dans ses origines, touche à la légende, descend authentiqucment de grands
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êtres qui n'ont pas existé. On n'en voit pas distinctement les ancêtres.
Tout ce qui est beau, généreux, héroïque, est obscur par essence, incompréhensible. Tout ce qui est grand doit être incommensurable.
Ceci entre dans la définition même de ces effets.
Si le héros était limpide, et à soi-même, .il ne serait pas. Qui jure fidélité à la clarté, renonce donc à être héros.
Il y a un fau:^ « génie » qui se connaît à ceci qu'il ne donne qu'excitation, et non éducation ; excitant, et non aliment.
Il y a des moments de cette espèce dans chaque esprit, et des esprits de cette espèce dans chaque domaine de l'esprit.
Plaisirs abstraits et concrets.
Plaisir abstrait, celui du propriétaire : c'est une idée qui se plaît à soi-même.
Plaisir concret, celui du possesseur : c'est son acte et sa sensation qui le font jouir.
Cette chose est à moi. Je puis en user et en abuser.
Cette chose est pour moi. Je sens, j'use, j'abuse.
Les uns jouissent de la puissance, et les autres en
acte. Les premiers aux seconds paraissent se priver ; les seconds aux premiers paraissent dilapider. L'avare plus poète que le prodigue.
Le même objet est péril, profit, condition de mon mouvement, but, indice, détail de mon enfance et son signe, ingrédient de bonheur, — commencement de rêve, éclair de génie, obstacle, et rien du tout, selon le moment !
Le hasard est un efïet de cette multiplicité de valeurs ou de fonctions du même objet sur un certain individu. On attache une décision, un gain, à telle face du dé ; mais toutes les faces sont égales quant à la mécanique de la chute.