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VIE ET MORT

Vie et mort, à nos yeux, sont choses sans relation. Quoique nous voyions la mort terminer toute vie, nous pouvons penser à la vie sans penser nécessairement à la mort, ce qui démontre combien peu

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nous en savons sur la vie, et combien peu il importe à la vie que nous en sachions davantage.

Au regard de l'individu, la mort s'opoose à la vie ; mais au contraire, dans une vue de l'ensemble des vivants, elle est condition de la vie.

Pourquoi ce qui produit les êtres vivants les produit-il mortels ?

On dirait que ce qui fait la vie ne dispose pour cette œuvre que d'éléments- non indestructibles, non inusables ; on n'a pas même voulu qu'ils le fussent ; le démiurge ne s'est pas occupé de la durée et de la résistance de ses œuvres tant que du plaisir de les faire.

Le plus grand artiste ne peut sculpter que dans un marbre qui est destructible ; et le plus grand mécanicien n'a que des corps périssables, oxydables, corruptibles, à assembler.

Et si les corps n'étaient pas ainsi altérables, ces praticiens ne pourraient : l'un, sculpter, l'autre, profiler et ajuster ; qui ne se peuvent que parce que l'on peut négliger une part des propriétés physiques du marbre, du cuivre ou du fer. Ce qui fait que les œuvres sont possibles fait aussi qu'elles sont périssables.

Nous ne pouvons connaître que ce qui es't impliqué par notre être.

. Même la chose la plus inattendue est et doit être attendue par notre structure. L'inattendu est borné par notre capacité de surprise.

L'inattendu est borné, sous peine de ne pouvoir être. Si donc on suppose qu'il y a une essence des choses, un mot de la charade Univers, — une réponse au Tout, — ce mot, cette réponse à l'apparence de question qui se forme en nous, en présence et comme en regard de l'apparence ou de l'illusion du Tout, — ne sera jamais pour nous qu'un incident particulier de notre fonctionnement.

L'avenir de nos pensées est à l'extérieur, dans un autre « monde » que le leur.

Par le moyen de l'homme, l'impossible presse sur le réel.

Il faudrait, pour nous animer à penser, que toutes nos pensées puissent enfin être rendues vaines par l'une d'entre elles ; mais si ce secret est une de nos pensées, quand il les impliquerait

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toutes, et qu'il fasse, aussitôt apparu, que toutes se dégonflent, se montrent absurdes, vaines, enfantines, pareilles à des rêves surmontés, à des illusions des sens déjouées, — à des détails inutiles, — à des développements superflus, — toutefois il ne peut exclure, épuiser d'autres pensées ultérieures, — car il demeure pensée, passage.

Il n'y a pas de pensée qui soit, par sa nature, la dernière pensée possible. Toujours nous sommes interrompus, jamais nous ne sommes achevés.

Il n'y a d'achèvements que partiels, locaux, transitifs — par rapport à la possibilité pure, qui est conscience — c'est-à-dire attente et rejet sans fin.

Le corps sait des choses que nous ignorons. Et nous en savons qu'il ignore.

Ce qu'il nous communique n'est qu'une traduction très différente de son texte. Il nous fait mal au lieu de nous faire penser en langage civil que telle chose ne lui agrée. — Au lieu de nous faire sentir la faim, il pourrait signaler : j'ai besoin de telle substance. — Il le dit quelque peu par des images de nourriture...

La main dans la flamme pourrait faire penser qu'il ne faut pas qu'elle soit dans la flamme, et sans tourments, prier poliment qu'on l'en retire.

Plaisir et douleur sont des inventions primitives. Il est remarquable que leurs intensités ne dépendent pas de l'importance de leurs causes relativement à notre conservation. Un petit dommage peut engendrer une atroce douleur ; un mal mortel être presque indolore. On peut s'endormir doucement à jamais. Il y a des catastrophes qui se préparent dans l'ombre et dans l'insensible ; et des incidents presque indifférents au régime de la vie qui font un bruit du diable, rendent fou.

Mais n'est-ce pas là ce qui paraît au plus haut degré dans l'univers de Vesprit ? La puissance des images et des mots qui dominent les hommes à chaque instant, altère le réel et la valeur vraie de cet instant, de la sorte la plus inégale et la plus inconstante^

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