ARBRE
L'arbre chante comme roiseau.
Tout à coup, coup de vent. — Vent brusque. Cela vient, s'apaise, revient comme vagues. Le vent donne au grand arbre une multitude de
AUTRES RHUMBS
pensées, le surprend, le trouble, l'attaque en tous points, l'ébranlé. Le revêt de l'envers de ses milliers de feuilles nombreuses. L'épouse, le change en rumeur qui grandit et s'afïaiblit et le change en ruisseau perdu.
Ceci donne pur rêve du ruisseau.
L'arbre rêve d'être ruisseau ;
L'arbre rêve dans l'air d'être une source vive...
Et de proche en proche, se change en poésie, en un vers pur...
J'analyse et épouse le frissonnement des petites feuilles de l'arbre immense qui vit dans ma fenêtre. Cela commence et finit. L'arbre calmé, je cherche et trouve encore une petite feuille qui oscille.
Reprise maintenant, reprise accélérée. Ce sont sextuples croches, trilles insoutenables. Nous voici à l'extrême de l'aigu. C'est un prurit, un ultra-vif, une fohe de fréquence, un délire d'excitation qui gagne les masses centrales et menace l'énorme vie.
Il y a une combinaison harmonique visible de la vibration affolée de la feuille avec celles de la tigelle, du rameau, puis de la branche mère et de la grosse branche aïeule. La plus grosse lourdement, lentement, se balance et ses parties de plus en plus fines et. frêles oscillent, palpitent, scintillent,
Le mouvement gagne du front vers le sol. Un amortissement délicieux achève la crise et la leçon de poésie.